« Les pe­tits peuvent dé­po­ser leurs pis­to­lets »

La Fa­brique à neuf, une res­sour­ce­rie, pro­pose aux en­fants de ve­nir dé­po­ser leurs armes en plas­tique pour les dé­truire et les échan­ger contre d’autres jouets.

Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ - JU­LIEN HEYLIGEN

D’HA­BI­TUDE, ils re­mettent en état et vendent les ob­jets jus­qu’à leur der­nier souffle. « Là, nous al­lons les ré­duire en bouillie ! » lance Pierre Gar­nier, di­rec­teur gé­né­ral de la Fa­brique à neuf, qui gère trois res­sour­ce­ries dans l’Es­sonne. Ces ar­ticles pri­vés d’une se­conde vie, ce sont les armes fac­tices pour en­fants que l’as­so­cia­tion va ré­col­ter tout ce mois de dé­cembre dans le cadre de son opé­ra­tion Faites la paix, pas la guerre ! « Nous de­man­dons aux pe­tits de dé­po­ser leurs pis­to­lets et, à la place, ils choi­sissent le jouet qu’ils veulent dans nos ma­ga­sins », ex­plique Eric Mo­rice, char­gé de dé­ve­lop­pe­ment à la Fa­brique.

Les mères de famille ap­prouvent

L’idée de cette opé­ra­tion est née après les at­ten­tats de Pa­ris. « Des en­fants qui dé­posent les armes, c’est sym­bo­lique pour contre­ba­lan­cer l’am­biance de guerre qui règne », es­time Laë­ti­tia Do­ger, la res­pon­sable de la res­sour­ce­rie de Ris-Oran­gis. De­puis le lan­ce­ment de l’as­so­cia­tion il y a deux ans, la jeune femme n’avait d’ailleurs ja­mais re­mis en ser­vice d’armes fac­tices, arcs y com­pris, et tant pis pour les ap­pren­tis Ro­bin des bois.

« L’idée de vou­loir faire mal, ce n’est pas ano­din. Beau­coup d’en­fants dans le monde sont en­rô­lés dans des guerres. Et les tueries dans les écoles aux Etats-Unis m’ont mar­quée », jus­ti­fie-t-elle. Quelques cou­teaux et re­vol­vers en plas­tique s’en­tassent dé­jà dans les bacs ce sa­me­di à l’en­trée des res­sour­ce­ries. Cer­taines armes, loin du pis­to­let à eau vert fluo, imitent de vraies. C’est d’ailleurs pour cette rai­son que le dis­tri­bu­teur de jouets Toys’R’Us les a re­ti­rées de ses rayons pour « évi­ter la confu­sion » et « fa­ci­li­ter le tra­vail des forces de l’ordre ». Les mères ren­con­trées ce sa­me­di à la res­sour­ce­rie trouvent ce­la « très bien ».

« Ce sont ra­re­ment les mères qui achètent les armes, c’est sou­vent un ton­ton au­quel il est dé­li­cat de dire non », constate Laë­ti­tia. Un jeune père de 32 ans n’est pas de cet avis. Il scrute une mi­traillette dans le bac pour l’of­frir à son fils de deux ans. « C’est com­bien ? » de­mande-t-il. Laë­ti­tia lui ex­plique le pro­jet. « C’est dom­mage de je­ter ça. Moi, pe­tit, j’avais des pis­to­lets et je suis nor­mal au­jourd’hui, as­sure-t-il. Après, je com­prends le sym­bole. Ce qui a vrai­ment chan­gé avec la nou­velle gé­né­ra­tion, c’est ce qu’ils voient sur In­ter­net. Les en­fants, il faut leur par­ler. » Ré­duites en miettes, les armes col­lec­tées ser­vi­ront à éla­bo­rer une oeuvre d’art avec des écoles. En at­ten­dant, As­sia, 10 ans, est ra­vie. Elle re­part avec un Ru­bik’s cube. « Les armes, ça ne sert à rien, ex­plique-t-elle. C’est mieux d’avoir des vrais jouets. »

(LP/Ju­lien Heyligen.)

La Fa­brique à neuf, Ris-Oran­gis (Es­sonne), sa­me­di. Ve­nue avec sa mère (au mi­lieu), As­sia, 10 ans, a échan­gé son arme contre un Ru­bik’s cube.

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