« Ce­lui qui m’a fait ça a agi pour m’hu­mi­lier »

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - Pas­cal* STÉ­PHANE SEL­LA­MI

C’EST UNE AF­FAIRE par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible que tentent de dé­mê­ler les en­quê­teurs de la po­lice ju­di­ciaire de Seine-SaintDe­nis. Une en­quête pré­li­mi­naire a été ou­verte, à la fin du mois d’oc­tobre, par le par­quet de Bo­bi­gny après une plainte pour des faits de viol dé­non­cés par un ha­bi­tant de Dran­cy (Seine-Saint-De­nis). Pas­cal*, 27 ans, cou­vreur de pro­fes­sion, est à l’ori­gine de cette dé­non­cia­tion.

Le 28 oc­tobre, vers 22 heures, ce jeune père de famille se trouve avec des amis au pied de sa ci­té quand une pa­trouille de la po­lice mu­ni­ci­pale in­ter­vient. « Nous avions consom­mé de l’al­cool, mais nous ne fai­sions rien de mal, re­con­naît Pas­cal. Quand les po­li­ciers sont ar­ri­vés, je n’ai pas vou­lu me lais­ser fouiller. Ils m’ont em­bar­qué en pré­tex­tant que je les avais ou­tra­gés et que je m’étais re­bel­lé. »

Pas­cal est conduit au com­mis­sa­riat de Dran­cy. « Tout a dé­gé­né­ré lors­qu’ils ont vou­lu me faire re­mon­ter dans leur voi­ture pour re­par­tir du com­mis­sa­riat, ajoute la vic­time. Les sièges à l’ar­rière avaient été al­lon­gés. Je leur ai de­man­dé de les re­mon­ter. A l’al­ler, les sièges étaient dans la bonne po­si­tion. Là, les po­li­ciers m’ont fait tom­ber au sol avant de ten­ter de me faire mon­ter de force dans leur voi­ture. J’avais les mains me­not­tées dans le dos et, comme je n’avais plus de cein­ture à mon pan­ta­lon, il était en train de glis­ser. C’est à ce mo­ment-là que j’ai été vio­lé. »

Se­lon les dé­cla­ra­tions de la vic­time, un des po­li­ciers s’est alors ser­vi de sa ma­traque pour com­mettre les faits. « En­suite, j’ai été conduit à l’hô­pi­tal Jean-Ver­dier, à Bon­dy, où un mé­de­cin a consta­té une lé­sion de 1,5 cm au ni­veau de mon ana­to­mie, pour­suit Pas­cal. Je me suis vu pres­crire dix jours d’in­ter­rup­tion to­tale de tra­vail (ITT). Le po­li­cier qui m’a fait ça a agi pour m’hu­mi­lier… »

Dans la fou­lée, les trois po­li­ciers mis en cause ont été pla­cés en garde à vue. « Ce­lui qui était en pos­ses­sion de la ma­traque a ex­pli­qué que les faits sont sur­ve­nus alors que l’in­ter­pel­lé se dé­bat­tait et que la ma- traque se trou­vait entre ses cuisses, re­late un proche de l’af­faire. Cette arme a été sai­sie tout comme les vê­te­ments de la vic­time. Les consta­ta­tions mé­di­cales sont com­pa­tibles avec les faits dé­non­cés. Les in­ves­ti­ga­tions sont tou­jours en cours. »

Après deux jours d’au­di­tion, les trois po­li­ciers ont été re­mis en li­ber­té, sans autre forme de pour­suite. Tou­jours sous le choc, Pas­cal in­dique qu’il consulte dé­sor­mais un psy­cho­logue. « Ce que ce po­li­cier m’a fait est trop grave, dé­nonce-t-il. Même si ce n’est pas évident de ré­vé­ler ce que j’ai su­bi, j’ai quand même dé­ci­dé de le faire, je n’ai pas honte. »

« Nos po­li­ciers qui ont pro­cé­dé à cette in­ter­pel­la­tion com­pli­quée ont été ébran­lés par cette me­sure de garde à vue, sou­ligne un proche de Jean-Ch­ris­tophe La­garde, le dé­pu­té-maire UDI de Dran­cy. Deux d’entre eux ont pris quelques jours de re­pos avant de re­prendre leur ser­vice. » Du cô­té de Me Cé­li­na Gri­si, l’avo­cate du plai­gnant, on at­tend le ré­sul­tat des dif­fé­rentes ana­lyses tech­niques, no­tam­ment ADN.

« Ce n’est pas évident de ré­vé­ler ce que j’ai su­bi »

* Le pré­nom a été mo­di­fié.

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