Au­teuil et Bon­ne­ton, un couple qui pense tout haut

Nous avons as­sis­té aux ré­pé­ti­tions de « l’En­vers du dé­cor », pièce dans la­quelle le spec­ta­teur entre dans les pen­sées se­crètes des per­son­nages. Dé­ca­pant.

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS ET SPECTACLES - THIER­RY DAGUE

DOU­DOUNE sans manches, un poil ébou­rif­fé, Da­niel Au­teuil est en train de ti­rer un fau­teuil blanc vers un ca­na­pé an­glais lors­qu’on ar­rive dans le stu­dio de ré­pé­ti­tion où se mi­jote l’une des pièces les plus at­ten­dues de la ren­trée de jan­vier. « Re­gar­dez, là, c’est la scène, le pre­mier rang se­ra là où vous êtes », dé­crit l’ac­teur, en­thou­siaste, en poin­tant un mor­ceau de scotch au sol fi­gu­rant les di­men­sions du Théâtre de Pa­ris. Dans cinq se­maines, il y joue­ra et met­tra en scène « l’En­vers du dé­cor », une co­mé­die in­édite de Florian Zel­ler, en com­pa­gnie de Va­lé­rie Bon­ne­ton, Fran­çoisE­ric Gen­dron et Pau­line Le­fèvre. En at­ten­dant, c’est dans une pe­tite rue des Li­las (Seine-Saint-De­nis) que le qua­tuor ré­pète sans re­lâche. af­fiches de la pièce dans le mé­tro. Va­lé­rie Bon­ne­ton, élé­gante, claque une bise à tout le monde. Da­niel Au­teuil bouillonne : « Je me suis ré­veillé à 5 heures et j’ai bu trop de ca­fé, avoue-t-il. Ré­pé­ter, c’est ob­sé­dant, on y pense tout le temps, y com­pris la nuit. Mais j’adore ça ! » Sa der­nière mise en scène re­mon­tait à… 1982, et « T’em­pêches tout le monde de dor­mir ». Il y a re­pris goût grâce au ci­né­ma, en réa­li­sant coup sur coup « la Fille du pui­sa­tier », « Ma­rius » et « Fan­ny » entre 2011 et 2013. « J’ai tra­vaillé avec de très grands noms, Jean-Pierre Vincent au théâtre, Claude Sau­tet au ci­né­ma, et c’est ma fa­çon de trans­mettre ce qu’ils m’ont ap­pris », confie l’ac­teur de 65 ans. nPen­ser à haute voix. On a tous rê­vé de pou­voir lire dans les pen­sées des autres. Florian Zel­ler, l’au­teur du « Père », triplement mo­lié­ri­sé, et du « Men­songe », ac­tuel­le­ment au Théâtre Edouard-VII, va réa­li­ser ce mi­racle. Dans « l’En­vers du dé­cor », le pu­blic en­ten­dra les per­son­nages pen­ser à haute voix. « J’ai été frap­pé par l’ori­gi­na­li­té de la forme », ad­mire Da­niel Au­teuil, pour qui la pièce a été écrite. « Seuls les spec­ta­teurs sau­ront ce qui se passe réel­le­ment dans la tête des héros. » A sa­voir un couple — Da­niel Au­teuil et Va­lé­rie Bon­ne­ton — qui re­çoit à dî­ner un ami et sa nou- velle fian­cée. « La soi­rée va par­tir en vrille », ré­sume Au­teuil. Va­lé­rie Bon­ne­ton a éga­le­ment eu « un vrai coup de coeur » pour ce texte. « Mon per­son­nage va se mettre à dou­ter, à se de­man­der si son ma­ri se­rait ca­pable de la quit­ter pour cette fille, et ça va prendre des pro­por­tions dingues », s’amuse l’hé­roïne de la sé­rie « Fais pas ci, fais pas ça ». n « Je dé­teste quand il reste plan­té là. » Chaque ac­teur va donc dou­bler ses ré­pliques : celle qu’il dit, et celle qu’il pense. « Il y a deux ni­veaux de lan­gage à jouer, sou­ligne Da­niel Au­teuil. On ne vou­lait pas faire des apar­tés comme chez Mo­lière, mais que le temps soit sus­pen­du pen­dant qu’on en­tend les pen­sées de cha­cun. »

On va tout de suite com­prendre. Dé­but du pre­mier acte : alors que Va­lé­rie Bon­ne­ton cor­rige des co­pies (elle est prof d’his­toire), Da­niel Au­teuil fait les cent pas et se sert un whis­ky. Elle : « Je dé­teste quand il reste plan­té là à me tour­ner au- tour. » Lui : « C’est le bon mo­ment, elle a l’air de bonne hu­meur. » Il n’ose pas lui an­non­cer qu’il a ca­lé un dî­ner avec Fran­çois-Eric Gen­dron, qui vient de pla­quer… la meilleure amie de Bon­ne­ton. « Aïe, elle fronce les sour­cils », s’in­quiète Au­teuil. « Il a pas l’in­ten­tion de me lais­ser tran­quille… » sou­pire Bon­ne­ton. n Schi­zo­phré­nie. La scène est fran­che­ment drôle. Le texte n’est pas en­core su à 100 %, les deux ac­teurs se tournent vers l’as­sis­tante qui leur souffle les ré­pliques. Lo­gique, ils ne ré­pètent que de­puis deux se­maines. « On a pla­cé les quatre actes, il faut sta­bi­li­ser tout ça, concède Au­teuil. Il y a en­core du tra­vail. » Et d’avouer sa schi­zo­phré­nie : « Une moi­tié de mon cer­veau joue, l’autre moi­tié sur­veille la mise en scène ! » Pau­line Le­fèvre confirme : « Il est ha­bi­té, pos­sé­dé. » Va­lé­rie Bon­ne­ton s’y re­trouve : « Comme c’est un ac­teur in­tel­li­gent, il sait d’ins­tinct ce qu’il faut faire. » Mais leur dit-il vrai­ment tout ce qu’il pense ? « C’est im­pos­sible, sou­rit l’ac­teur. Ceux qui le font sont des ma­lades ! »

à par­tir du 16 jan­vier 2016 au Théâtre de Pa­ris (IXe). De 28 à 73 €. Tél. 01.48.74.25.37. C’est plus que de la nos­tal­gie, c’est un raz de ma­rée ! Plus de 200 000 billets se sont ven­dus en trois jours — la plu­part dans les huit pre­mières heures — pour as­sis­ter à la tour­née des In­sus, soit la re­for­ma­tion de Té­lé­phone sans sa bas­siste Co­rine Ma­rien­neau. Les vingt et un concerts de la tour­née des Zé­nith, qui dé­mar­re­ra le 27 avril à Amiens, sont com­plets. Pas la peine non plus d’es­pé­rer trou­ver une place pour les arènes de Nîmes et la Foire au vin de Col­mar. Seuls les billets sur les douze fes­ti­vals d’été, où ils par­ta­ge­ront l’af­fiche, sont en­core dis­po­nibles.

« Il y a deux ni­veaux de lan­gage à jouer, on ne vou­lait pas faire des apar­tés comme

chez Mo­lière »

Ce fut le grand mo­ment d’émo­tion du pre­mier des deux concerts de U2, hier soir, à Ber­cy : les noms de toutes les vic­times des at­ten­tats du 13 no­vembre ont dé­fi­lé sur l’im­mense écran, au mi­lieu de la salle, sur un fond bleub­lanc-rouge, alors que Bo­no, le lea­deur des Ir­lan­dais, re­pre­nait « Ne me quitte pas » en fran­çais. « Nous sommes tous pa­ri­siens, si vous ai­mez la li­ber­té, Pa­ris est votre ville », a no­tam­ment lan­cé le chan­teur au mi­lieu du show. Le groupe Eagles of Death Me­tal, qui se pro­dui­sait au Ba­ta­clan le soir des at­taques, de­vrait chan­ter avec U2 ce soir.

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