An­cien de l’ar­mée, Alex est pas­sé des fu­sils aux four­neaux

Le Parisien (Paris) - - PARIS - PHI­LIPPE BAVEREL

« IL Y A une grande si­mi­li­tude entre la bri­gade lo­gis­tique de l’ar­mée et la bri­gade de cui­sine. Par exemple, quand le chef aboie les com­mandes, il faut que tout le monde ré­ponde : Oui, chef ! », ob­serve Alex. De­puis le 12 oc­tobre, ce mi­li­taire en re­con­ver­sion pro­fes­sion­nelle a la chance de faire son ap­pren­tis­sage dans une ins­ti­tu­tion de la gas­tro­no­mie fran­çaise, le Grand Véfour (Ier), deux étoiles au Mi­che­lin.

A 26 ans, ce jeune homme dont le sou­rire ne laisse rien pa­raître, a vé­cu des drames si épou­van­tables qu’il pré­fère n’en rien dire. En­ga­gé dans l’ar­mée de terre fin 2009 comme conduc­teur de poids lourds, Alex évoque sim­ple­ment les deux « évé­ne­ments mar­quants » qu’il a connus, l’un au Li­ban en oc­tobre 2011, l’autre au Ma­li. mi­li­taire et le monde ci­vil », fait va­loir le co­lo­nel Thier­ry Ma­loux, res­pon­sable de la Ca­bat, qui s’est ins­pi­ré no­tam­ment des tra­vaux du psy­chiatre Bo­ris Cy­rul­nik sur la ré­si­lience ou l’art de trans­cen­der sa souf­france pour re­naître.

« Ré­in­sé­rer un mi­li­taire bles­sé en en­tre­prise est un acte de ci­toyen­ne­té qui per­met de ne pas le lais­ser en déshé­rence so­ciale », mar­tèle le co­lo­nel Ma­loux. A l’aune de cette dé­cla­ra­tion, Guy Mar­tin, le pa­tron du Grand Véfour, est un chef ci­toyen. « Prendre dans son équipe un an­cien mi­li­taire est un acte ci­vique vrai­ment ga­gnant. En cui­sine, ça met du peps ! Bien sûr, nous lui don­nons les codes, la ri­gueur et la dis­ci­pline de notre mé­tier… Un peu comme à l’ar­mée ! » constate le chef sa­voyard qui pré­pare son ap­pren­ti à en­trer à l’école de la gas­tro­no­mie Fer­ran­di.

Au-de­là de l’opé­ra­tion Omé­ga, la Ca­bat a aus­si lan­cé il y un an, avec Re­nault Trucks De­fense, le dis­po­si­tif « Un par­rain », des­ti­né à par­rai­ner des or­phe­lins dont le père est mort sous les dra­peaux. Douze pu­pilles de la Na­tion, âgés de 2 à 17 ans, bé­né­fi­cient ac­tuel­le­ment de cette ini­tia­tive, sou­ligne Jean-Jacques Cho­vet, di­rec­teur des res­sources hu­maines de Re­nault Trucks De­fense et pré­sident de l’opé­ra­tion : « Le par­rain peut ap­por­ter du sou­tien sco­laire, se dé­brouiller pour trou­ver un psy­cho­logue si be­soin, ac­cueillir la famille en week-end à Pa­ris… »

« Ce dis­po­si­tif unique doit don­ner aux bles­sés psy­chiques les ou­tils pour se re­cons­truire »

17, rue de Beau­jo­lais (Ier). Guy Mar­tin, chef du res­tau­rant étoi­lé Le Grand Véfour, avec Alex (à g,), de­ve­nu son ap­pren­ti grâce à un dis­po­si­tif d’aide aux bles­sés de l’ar­mée : « Prendre dans son équipe un an­cien mi­li­taire est un acte ci­vique vrai­ment ga­gnant ! »

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