Rien n’est joué !

Son­nées par la per­cée du FN, gauche et droite ont re­vu leurs stra­té­gies pour le se­cond tour. Et peuvent en­core contra­rier les pro­jets de Ma­rine Le Pen.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - CHARLES DE SAINT-SAUVEUR ET HEN­RI VER­NET @cde­saint­sau­veur @Hen­riVernet

LE PLUS SOU­VENT, dire que rien n’est joué dans une élec­tion n’est qu’une for­mule. Une fa­çon de gal­va­ni­ser le camp qui a dé­jà per­du ou presque, d’ap­pe­ler ce­lui qui a le vent en poupe à ne pas se dé­mo­bi­li­ser. Mais cette fois... c’est vrai ! Et au moins pour une rai­son : trois forces à peu près égales se dis­putent la France des ré­gions, et non plus deux comme au temps du bi­par­tisme qui semble dé­jà bien loin. C’était dé­jà le cas aux dé­par­te­men­tales, mais il y avait le ver­rou ma­jo­ri­taire à 50 %. Alors qu’une ma­jo­ri­té re­la­tive suf­fit aux ré­gio­nales. Si le score du FN — bien qu’an­non­cé par les mul­tiples son­dages — a créé di­manche la sen­sa­tion, le par­ti d’ex­trême droite n’a pas plié le match. Avec 27,8 % des voix au ni­veau na­tio­nal, il ne de­vance que d’une courte tête les Ré­pu­bli­cains de Sar­ko­zy, à 27,3 %. Le PS, son­né mais pas hors course, suit avec 23,2 % des suf­frages ex­pri­més di­manche.

Ré­sul­tat de cette tri­po­la­ri­té, des matchs à trois très in­cer­tains di­manche pro­chain, sauf dans le Grand Nord et en PACA, les deux ré­gions où le PS, la­mi­né, s’est ef­fa­cé au pro­fit de la droite pour faire bar­rage au FN.

Tout va se jouer sur les re­ports de voix, et sur la mo­bi­li­sa­tion des abs- ten­tion­nistes. La droite, qui n’a vi­ré en tête que dans quatre ré­gions alors qu’elle rê­vait d’une vague bleue, doit mi­ser sur les élec­teurs de gauche pour pou­voir es­pé­rer dé­cro­cher le Nord, PACA et la grande ré­gion Est. Ma­nuel Valls, Pre­mier mi­nistre et chef de la ma­jo­ri­té, fi­dèle à sa ligne du Front ré­pu­bli­cain, a certes en­joint ces élec­teurs de vo­ter pour ces can­di­dats de droite qu’ils com­bat­taient hier. « Qu’on leur foute la paix aux élec­teurs, ils sont libres de choi­sir », ba­laie Xa­vier Ber­trand (LR) en duel contre Ma­rine Le Pen. A l’autre bout de la France, Ch­ris­tian Es­tro­si, en mau­vaise pos­ture face à la nièce de la pa­tronne du FN, Ma­rion Maréchal-Le Pen, mul­ti­plie, lui, les ap­pels du pied pour sé­duire un élec­to­rat de gauche qui lui est plus qu’hos­tile ! Outre, ces deux ré­gions, le FN peut es­pé­rer l’em­por­ter en Al­sace-Lor­raine/Cham­pagne-Ar­dennes, où Philippot, n°2 du par­ti, a une bonne lon­gueur d’avance.

Le FN joue les cham­boule-tout

En Nor­man­die, Bour­gogne, Rhô­neAlpes, Centre et même en Ile-deF­rance, cinq ré­gions qui sem­blaient pro­mises à la droite, le FN joue les cham­boule-tout. Avec à la clé un pos­sible — et in­es­pé­ré — main­tien à gauche. Cette der­nière, tran­quille en Bre­tagne, de­vra tout comp­ter sur la re­com­po­si­tion de la « famille » écla­tée, Verts, Front de gauche et PS réunis, pour pou­voir conser­ver l’Aqui­taine et Mi­di-Py­ré­nées. Dans ce nou­veau pay­sage po­li­tique fran­çais, les per­dants et les sanc­tion­nés de di­manche pour­raient bien pour cer­tains être les ga­gnants du se­cond tour.

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