Ma­nuel Valls sur la corde raide

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - SMS de Ma­nuel Valls à Jean-Pierre Masseret ÉRIC HACQUEMAND ET PHI­LIPPE MARTINAT

« DANS CES MO­MENTS où l’es­sen­tiel est en jeu, il faut être au clair. » In­vi­té hier soir du JT de TF 1, Ma­nuel Valls n’a pas tour­né au­tour du pot en ap­pe­lant à vo­ter pour… les can­di­dats es­tam­pillés les Ré­pu­bli­cains : Ch­ris­tian Es­tro­si (Paca), Xa­vier Ber­trand (Nord-Pas-de-Ca­lais - Pi­car­die) et Phi­lippe Ri­chert (Al­sace - Lor­raine - Cham­pagne-Ar­denne). Du ja­mais-vu pour un Pre­mier mi­nistre de gauche même si, dans les dix autres ré­gions mé­tro­po­li­taines, Valls dé­fend les cou­leurs de son camp, « qui peut l’em­por­ter ».

Di­manche soir, pour le deuxième tour, ça passe ou ça casse pour le Pre­mier mi­nistre. Le pre­mier ob­jec­tif, le ras­sem­ble­ment de la gauche et des éco­lo­gistes, est pra­ti­que­ment at­teint. « Le ras­sem­ble­ment est bou­clé pra­ti­que­ment par­tout », af­fir­mait hier soir Ch­ris­tophe Bor­gel, le Mon­sieur Elec­tions du PS. Seules pe­tites in­cer­ti­tudes, la Bre­tagne et les Pays de la Loire où le fu­tur aé­ro­port de Notre-Dame-des-Landes em­poi­sonne tou­jours les re­la­tions entre éco­los et so­cia­listes. Même s’il suit de près la fu­sion des listes, Valls, pas tou­jours ap­pré­cié du Front de gauche et des éco­los, n’en est pas di­rec­te­ment l’ar­chi­tecte. « Ce n’est pas son job, les mé­ca­nos c’est nous », pré­cise Bor­gel. Gros pé­pin mé­ca­nique tou­te­fois, le cas Jean-Pierre Masseret (lire ci-des­sous). Face au dan­ger FN dans le Grand Est, la tête de liste PS, qui n’a au­cune chance de l’em­por­ter di­manche, a dé­ci­dé de se main­te­nir coûte que coûte. « Il est dans l’avion et re­fuse d’ou­vrir la porte du cock­pit à Ma­nuel Valls », ful­mine un conseiller mi­nis­té­riel.

Tout est pour­tant fait ces der­nières heures pour ra­me­ner Masseret à la rai­son. Pre­mière tech­nique, la prise en étau : les deux se­cré­taires d’Etat lor­rains Ch­ris­tian Eckert (Bud­get) et sur­tout l’ami de longue date et autre ba­ron lo­cal Jean-Marc To­des­chi­ni ont été en­voyés en né­go­cia­teurs. Echec. Deuxième tech­nique, celle du goutte-à-goutte chi­nois. Un à un, les grands élus lo­caux se dé­so­li­da­risent. « Au nom des prin­cipes et des va­leurs ré­pu­bli­caines, je de­mande le re­trait de la liste », af­firme ain­si Sa­muel Ha­zard, le maire PS de Ver­dun. Pas vrai­ment de quoi im­pres­sion­ner Masseret qui a dé­po­sé hier après-mi­di sa liste en pré­fec­ture. Du coup, troi­sième tech­nique, celle de l’« étouf­feur ot­to­man ». De­puis, les coups de té­lé­phone s’en­chaînent pour faire flé­chir les co­lis­tiers. Si au moins la moi­tié d’entre eux jettent l’éponge, la liste Masseret tombe. Trop com­pli­qué. Du coup, le Pre­mier mi­nistre y va de son SMS. « Tu ne peux pas avoir rai­son contre tous, c’est une er­reur », lui écrit Valls qui es­saye déses­pé­ré­ment de joindre le ré­cal­ci­trant. Mais Masseret ne le prend même pas en ligne.

En réa­li­té, la stra­té­gie du re­trait face au FN du Pre­mier mi­nistre, choi­sie de concert avec Fran­çois Hol­lande et Jean-Ch­ris­tophe Cam­ba­dé­lis, est loin de pas­ser comme une lettre à la poste, beau­coup pré­fé­rant le main­tien. Hier soir en Paca flot­tait même un par­fum de ré­volte pour évi­ter, comme le dit élé­gam­ment le dé­pu­té Pa­trick Men­nuc­ci, d’être « co­cus deux fois ». Se re­ti­rer,

« Tu ne peux pas avoir rai­son contre tous, c’est une er­reur »

c’est en ef­fet perdre tous les élus en n’étant même pas cer­tain de battre le FN di­manche. Du coup, Valls est à cran, n’hé­si­tant pas à ré­pri­man­der les mi­nistres qui, dans les mé­dias, parlent trop à ses yeux du vote fron­tiste… Le ré­sul­tat de di­manche soir condi­tion­ne­ra, il est vrai, lar­ge­ment l’ave­nir po­li­tique im­mé­diat du chef de la ma­jo­ri­té. Si les so­cia­listes gardent 4 ou 5 ré­gions, les cri­tiques por­te­ront moins. Mais un re­pli sur trois ré­gions ou moins, as­sor­ti d’une vic­toire his­to­rique du FN, écor­ne­ra l’image qu’il se plai­sait, hier soir sur TF 1, à en­tre­te­nir, celle de « rem­part ré­pu­bli­cain ».

Boulogne-Billan­court (Hauts-de-Seine), hier soir. Sur TF 1, le Pre­mier mi­nistre s’est pré­sen­té comme le « rem­part ré­pu­bli­cain » face au FN. Mais si au se­cond tour la gauche ne garde que trois ré­gions, son ave­nir de chef de la ma­jo­ri­té se­ra re­mis en cause.

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