« Ils votent FN parce que l’as­cen­seur so­cial est blo­qué »

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos recueillis par JAN­NICK ALIMI

CET UNI­VER­SI­TAIRE est l’au­teur du « Pa­ri du FN », chez Au­tre­ment. Qui sont les élec­teurs du FN ? HER­VÉ LE BRAS. Il n’y a pas de ty­po­lo­gie unique. Mais il y a un dé­no­mi­na­teur com­mun aux élec­teurs du FN, qui est de ne plus se voir d’ave­nir dans le sys­tème ac­tuel. Ils vivent dans des zones qui vont mal, mais eux-mêmes ne sont pas tou­jours ceux qui vont le plus mal. Ce ne sont pas sys­té­ma­ti­que­ment les plus pauvres ou les chô­meurs, des ou­vriers ou des em­ployés. Le FN re­crute beau­coup au sein des ar­ti­sans ou des cadres moyens, au sein d’une classe moyenne in­fé­rieure ou d’une classe po­pu­laire su­pé­rieure pour qui l’as­cen­seur so­cial est blo­qué. Ce sont le plus sou­vent des per­sonnes de 25 à 50 ans qui sont dans la vie ac­tive, qui sont de plus en plus sou­vent di­plô­mées, mais qui sont blo­quées dans leur mé­tier, dans leur pa­villon de la pé­ri­phé­rie ur­baine. Les at­ten­tats de no­vembre ont-ils do­pé l’au­dience du FN ? Ils n’ont pas été dé­ter­mi­nants. Ces at­ten­tats ren­voient au be­soin de sécurité — un des fac­teurs ma­jeurs du vote FN — ain­si qu’à une re­pré­sen­ta­tion du monde des élec­teurs FN fon­dée sur ce que j’ap­pelle un « ef­fet d’en­ton­noir », le re­jet de l’im­mi­gra­tion qui se trans­forme en re­jet de l’im­mi­gré arabe puis des mu­sul­mans, et en­fin des ter­ro­ristes. Ce qui, en re­vanche, est frap­pant au len­de­main de ce pre­mier tour, c’est que le FN pros­père le plus sur des terres qui lui étaient dé­jà lar­ge­ment ac­quises, comme le Nord ou Paca, une im­plan­ta­tion liée à bien d’autres fac­teurs que les évé­ne­ments ré­cents. Les par­tis ré­pu­bli­cains ont-ils une part de res­pon­sa­bi­li­té ? Bien sûr. Tant à droite qu’à gauche, les par­tis n’ont pas réus­si à pro­cé­der à une ana­lyse fouillée des pro­po­si­tions éco­no­miques et so­ciales du FN. Ils ont été in­ca­pables de le com­battre avec per­ti­nence. Mais l’échec des par­tis ré­pu­bli­cains a été aus­si d’avoir adop­té des me­sures clés du FN, d’avoir co­pié l’ori­gi­nal, ce qui est sou­vent contre-pro­duc­tif au plan élec­to­ral. Vous leur re­pro­chez de s’être « le­pé­ni­sés » ? Oui, en quelque sorte. Quand Fran­çois Hol­lande veut, dans le cadre de l’état d’ur­gence, au­to­ri­ser les po­li­ciers à por­ter leur arme quand ils sont hors ser­vice, les élec­teurs du FN et ceux qui sont ten­tés de l’être ont le sen­ti­ment que le PS re­prend l’agen­da du FN. En 2007, le dis­cours de Ni­co­las Sar­ko­zy a aus­si beau­coup em­prun­té au FN, ce qui lui a per­mis de cap­ter un bon tiers de l’élec­to­rat FN. Or, une fois pré­sident, il s’est ren­du compte que c’était ir­réa­li­sable, ce qui lui a fait perdre ces voix à l’élec­tion de 2012, l’an­cien élec­to­rat FN pré­fé­rant se ral­lier à la can­di­da­ture de Ma­rine Le Pen. En­fin, ni Hol­lande ni Sar­ko­zy n’ont eu le cou­rage de me­ner les ré­formes ra­di­cales, celle des re­traites par exemple, ce qui a contri­bué à ali­men­ter le sen­ti­ment de blo­cage, donc le vote FN. Pen­sez-vous que le FN puisse ar­ri­ver à l’Ely­sée en 2017 ? Pour ar­ri­ver à l’Ely­sée, il faut au moins 50 % des voix, et le FN en est en­core loin. Pour y ac­cé­der dès 2017, il fau­drait une alliance entre lui et une par­tie de la droite. Ce­la a été le scé­na­rio de l’Al­le­magne dans les an­nées 1930, avec Hit­ler qui, avec 33 % des voix, n’a pu ac­cé­der au pou­voir que grâce aux al­liances avec cer­tains par­tis de droite.

« L’échec des par­tis ré­pu­bli­cains a été aus­si

d’avoir adop­té des me­sures clés du FN »

@Jan­ni­cka­li­mi1

Les élec­teurs du FN « sont le plus sou­vent des per­sonnes de 25 à 50 ans qui sont dans la vie ac­tive, qui sont de plus en plus sou­vent di­plô­mées, mais qui sont blo­quées dans leur mé­tier, dans leur pa­villon de la pé­ri­phé­rie ur­baine », ana­lyse Her­vé Le Bras.

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