18 ans de pri­son ré­cla­més contre Ben­gha­lem

Le Parisien (Paris) - - TERRORISME - TI­MO­THÉE BOU­TRY

IL Y A TROIS SE­MAINES seule­ment, le sang cou­lait dans les rues de Pa­ris. Le pro­cu­reur Ar­naud Fau­gère ne fait pas mine de l’igno­rer : « Les faits datent, certes, de 2013, mais ils re­vêtent une ac­tua­li­té brû­lante », in­dique-t-il d’em­blée hier à l’heure de prendre ses ré­qui­si­tions dans le dos­sier de fi­lière ji­ha­diste sy­rienne ju­gé de­puis la se­maine der­nière à Pa­ris.

Mais si le contexte pèse, le ma­gis­trat sait bien qu’il faut s’en ex­traire. Et se re­plon­ger dans la Syrie de 2013 avant d’éva­luer les charges à re­te­nir contre les sept pré­ve­nus, dont six ont fou­lé le sol sy­rien. Même s’il ad­met que la si­tua­tion mi­li­taire de l’époque était « confuse », le re­pré­sen­tant du par­quet re­fuse de croire qu’elle l’était pour les pré­ve­nus. « Existe-t-il un doute dans leur es­prit sur le groupe qu’ils ont re­joint ? Evi­dem­ment non », mar­tèle-t-il en fai­sant ré­fé­rence à ce que l’on ap­pelle alors l’Etat is­la­mique en Irak et au Le­vant. Face à « la gra­vi­té des faits » et au « trouble à l’ordre pu­blic », le pro­cu­reur a ré­cla­mé des peines « for­cé­ment lourdes », de six à dix-huit ans de pri­son.

Un re­cru­teur à la « dan­ge­ro­si­té maxi­male »

Sans sur­prise, l’ad­di­tion la plus lourde est ré­ser­vée à Sa­lim Ben­gha­lem (pho­to), cet « ab­sent très pré­sent ». Ju­gé par dé­faut pour son rôle de re­cru­teur, le Fran­çais de 35 ans est tou­jours en Syrie, où il est de­ve­nu un cadre de l’or­ga­ni­sa­tion de l’EI. Le ma­gis­trat a sou­li­gné la « dan­ge­ro­si­té maxi­male » de ce­lui qui pré­sente « le même pro­fil que les au­teurs des ré­cents at­ten­tats ». Dix­huit ans, c’est presque la peine maxi­male en­cou­rue (en ré­ci­dive, la sanc­tion peut être mul­ti­pliée par deux).

« Le maxi­mum » — dix ans de pri­son —, c’est ce qu’Ar­naud Fau­gère a ré­cla­mé contre Ab­del­ma­lek Ta­nem, le co­re­cru­teur de la fi­lière. Sou­li­gnant la peur que cet homme au re­gard sombre ins­pire en­core à ses com­parses, le pro­cu­reur es­time que son at­ti­tude hos­tile à l’au­dience prouve qu’« il n’est re­ve­nu de rien ». Le pro­cu­reur a éga­le­ment ré­ser­vé ses flèches à Ka­rim Had­jidj, le plus âgé des pré­ve­nus ayant fait l’al­ler-re­tour en Syrie. Contre cet « homme aux mul­tiples fa­cettes, au dis­cours faux et à la dan­ge­ro­si­té ma­ni­feste », il a de­man­dé huit ans de pri­son.

Le ma­gis­trat s’est mon­tré plus clé­ment en­vers les quatre der­niers pré­ve­nus — dont trois sont al­lés en Syrie —, en re­qué­rant une peine de six ans. « Sont-ils ren­trés pour com­mettre un at­ten­tat ? Je ne le crois pas », a-t-il consi­dé­ré.

(lire ci-des­sus).

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