Drame d’Echi­rolles : des ré­qui­si­tions qui ne sa­tis­font per­sonne

Les peines de dix à vingt ans de pri­son de­man­dées hier aux as­sises contre les 12 jeunes ac­cu­sés du meurtre de Ke­vin et So­fiane en 2012 ont été cri­ti­quées par la dé­fense et les fa­milles des vic­times.

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - Gre­noble (Isère) De notre cor­res­pon­dant SERGE PUEYO

AU TERME d’un ré­qui­si­toire de presque cinq heures, les deux avo­cats gé­né­raux de la cour d’as­sises de l’Isère, qui siège à huis clos de­puis le 2 no­vembre, ont re­quis des peines de dix à vingt ans de pri­son contre les 12 jeunes de 19 à 24 ans ac­cu­sés des meurtres de Ke­vin et So­fiane, 21 ans, tués lors d’une ex­pé­di­tion pu­ni­tive le 28 sep­tembre 2012 à Echi­rolles (Isère). Les peines les plus lourdes (vingt ans) ont été ré­cla­mées contre Ilyès Ta­fer, 21 ans, et Cons­tant Mu­ka­la We­tu, 23 ans, qui au­raient don­né les coups de cou­teau mor­tels. Quatre peines de dix-huit ans ont été re­quises. Treize et qua­torze ans de pri­son ont été de­man­dés pour les deux ac­cu­sés mi­neurs à l’époque des faits.

Quant à Mo­ha­med El­hadj, 23 ans, le jeune mi­li­taire à l’ori­gine de la rixe qui a pré­cé­dé le lyn­chage de Ke­vin et So­fiane, dix ans de pri­son ont été re­quis à son en­contre. Ce qui a pro­vo­qué la co­lère des fa­milles des vic­times par la voix de leur avo­cat, Me Fran­cis Sz­pi­ner : « Nous sommes un peu scan­da­li­sés que ce­lui qui est à l’ori­gine de tout, ce­lui sans qui rien ne se­rait ar­ri­vé, ce­lui qui est ma­ture, ce­lui qui est sol­dat, se voit être par­mi les moins sé­vè­re­ment sanc­tion­nés au ni­veau de l’ac­cu­sa­tion. » Du­rant les dé­bats, seuls Mo­ha­med El­hadj et Ibra­him Ca­ma­ra (dix ans de pri­son éga­le­ment re­quis) ont li­vré quelques dé­tails sur les res­pon­sa­bi­li­tés des uns et des autres. Du cô­té de la dé­fense, Me Ro­nald Gal­lo, l’avo­cat de Bé­rat Ka­ra­bork­lu, 22 ans, a trou­vé « pro­pre­ment scan­da­leuse » la peine de dix ans re­quise contre son client, ac­cu­sé seule­ment d’avoir ten­té de don­ner un coup de poing. Les autres avo­cats de la dé­fense ont aus­si cri­ti­qué une échelle des peines pre­nant trop peu en compte les res­pon­sa­bi­li­tés et le par­cours de cha­cun.

L’ac­cu­sa­tion a re­te­nu le prin­cipe de « la coac­tion », cha­cun des ac­cu­sés ayant contri­bué se­lon elle à la mort des vic­times, par des coups ou sim­ple­ment en les em­pê­chant de fuir et de re­ce­voir de l’aide. Pen­dant tout le pro­cès, au­cun ac­cu­sé n’a re­con­nu avoir por­té les coups de cou­teau (31 pour So­fiane, 8 pour Ke­vin).

Dans le box de verre spé­cia­le­ment construit pour ce pro­cès à haute ten­sion, les ac­cu­sés n’ont pas fait preuve de re­mords. Un des meur­triers pré­su­més, mi­neur au mo­ment des faits, a même lan­cé à des proches de Ke­vin et So­fiane, lors d’une sus­pen­sion d’au­dience : « Vos fils sont morts comme des co­chons, ils ont sai­gné comme des co­chons. » Au­ré­lie Mon­kam-Nou­bis­si, la mère de Ke­vin, a été écoeu­rée par le com­por­te­ment des ac­cu­sés : « Ils ne semblent pas prendre la me­sure de la gra­vi­té des faits. On se de­mande même s’ils ne se­raient pas ca­pables de re­com­men­cer. J’ai en­vie de vo­mir. Je suis écoeu­rée. Ça me fait mal de voir que des jeunes éle­vés dans cette so­cié­té en ar­rivent à un tel vide. » Le ver­dict est at­ten­du soit en fin de se­maine, soit en dé­but de se­maine pro­chaine, en fonc­tion de la lon­gueur des plai­doi­ries des avo­cats des 12 ac­cu­sés.

(DR.)

Ke­vin et So­fiane, 21 ans, ont été tués lors d’une ex­pé­di­tion pu­ni­tive par­ti­cu­liè­re­ment vio­lente sur­ve­nue à Echi­rolles (Isère), le 28 sep­tembre 2012.

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