Les mé­téo­rites en­flamment Drouot

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS ET SPECTACLES - Louis Ca­rion, mar­chand de mi­né­raux CH­RIS­TOPHE LEVENT

Pa­ris (IXe), hier.

« JE L’AI EUE. » Tout sou­rire, le tren­te­naire bar­bu en tee-shirt ne cache pas sa joie. Pour un peu moins de 1 500 €, il vient d’ar­ra­cher de haute lutte un « pe­tit bout de ciel », une des quelque 250 mé­téo­rites mises en vente à Drouot (Pa­ris IXe) hier après-mi­di, lors d’une vente ex­cep­tion­nelle.

Dans la salle 4, la foule est dense dès 14 heures pour as­sis­ter à la dis­per­sion de cette col­lec­tion par­ti­cu­lière. Celle d’un pas­sion­né, Pierre Del­puech, au­jourd’hui dé­cé­dé, qui a amas­sé des cen­taines de pierres cé­lestes au cours de sa vie. Elles sont là, dans les vi­trines, en­cer­clées par la masse com­pacte des ache­teurs et cu­rieux. Des mé­téo­rites de toutes les formes et de toutes tailles : blocs noirs, plus ou moins sculp­tés par leur pas­sage dans l’at­mo­sphère, mais aus­si, comme les bi­joux et les mi­né­raux, taillés en tranche, sculp­tés en sphère, en cube ou en étoile.

« C’est as­sez rare et ma­gique de pou­voir les contem­pler de si près, es­time Ma­rie, 74 ans, amou­reuse de mi­né­raux. Les sphères, no­tam­ment, avec à l’in­té­rieur des mo­tifs géo­mé­triques de toute beau­té. J’en ai re­pé­ré quelques-unes qui me plaisent. Mais je pense qu’elles se­ront trop chères pour moi. »

Les prix, jus­te­ment, par­lons-en : les es­ti­ma­tions vont de 40 € à… 60 000 €. Mais les en­chères ont vite ten­dance à s’en­flam­mer. Une belle pièce de 490 g, trou­vée dans le dé­sert du Sa­ha­ra, s’en­vole à 18 200 €, soit près de sept fois son prix es­ti­mé. En moins d’une heure, un ache­teur chi­nois vient de s’oc­troyer quelque six ou sept lots d’im­por­tance et n’a pas l’air d’avoir ter­mi­né son mar­ché. Il se mur­mure aus­si que des ache­teurs du Va­ti­can se­raient dans la salle pour ali­men­ter la col­lec­tion de leur ob­ser­va­toire as­tro­no­mique… Un voi­sin par­vient à s’ad­ju­ger la pièce qu’il convoi­tait, no­tée d’un « co­ol » dans son ca­ta­logue. « En fait, je suis de­si­gneur, ex­plique Er­wan, 42 ans. J’ai com­men­cé à ache­ter quelques mé­téo­rites sur In­ter­net pour les in­té­grer à mon tra­vail. Je trouve cet ob­jet fas­ci­nant, ve­nu de quelque part entre Mars et Ju­pi­ter. Ce­la in­cite au ques­tion­ne­ment, sur la vie, la mort… »

Il n’est pas le seul à par­ta­ger cette fas­ci­na­tion. Sous le mar­teau du com­mis­saire-pri­seur Ch­ris­tophe Lu­cien, une des pièces phares de la vente, 110 kg is­sus de la mé­téo­rite de Gi­beon, une des plus grosses connues, vient de par­tir à 130 000 €. Au to­tal, frais com­pris, la vente au­ra rap­por­té quelque 811 000 €. « De­puis une quin­zaine d’an­nées, il y a une vraie fas­ci­na­tion dans le pu­blic pour les mé­téo­rites, constate Louis Ca­rion, spé­cia­liste et lui-même mar­chand à Pa­ris. Du coup, les prix aug­mentent. Mais je crois sur­tout que c’est une fa­çon pour les gens de s’of­frir un mor­ceau d’es­pace. Et même si la mé­téo­rite n’est pas tou­jours très belle, elle est belle dans votre tête. »

« C’est une fa­çon pour les gens de s’of­frir un mor­ceau d’es­pace »

(LP/Au­ré­lie La­det.)

Quelque 250 pièces étaient pro­po­sées à la vente.

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