Mon ren­dez-vous avec les gen­darmes

Le Parisien (Paris) - - TRANSPORTS - O.D.

ÇA SUR­PREND au dé­but, et puis c’est comme tout on s’ha­bi­tue. De­puis les at­ten­tats de Pa­ris, des gen­darmes ar­més jus­qu’aux dents, fu­sil à pompe de thril­ler amé­ri­cain en main, écharpe re­mon­tée sur le vi­sage pour com­battre le froid qui tombe avec la nuit, me dé­vi­sagent dès que je sors de l’au­to­route A1 à Sen­lis (Oise) en ren­trant chez moi. Ils ont même amé­na­gé une sorte de chi­cane mo­bile avec des plots orange de chan­tier qui oblige les au­to­mo­bi­listes à zig­za­guer après le péage, au ra­len­ti, oeil ri­vé vers les mi­li­taires au cas où ils leur vien­draient l’idée de vou­loir me contrô­ler. Sans vrai­ment ré­flé­chir, à la vue des uni­formes, on se de­mande ce qui pour­rait at­ti­rer leur at­ten­tion, on vé­ri­fie qu’on a bien les pa­piers de la voi­ture, on es­saye de se sou­ve­nir si on n’a pas rou­lé un peu trop vite avant le péage. Bref, si on est un bon ci­toyen à leurs yeux. Pour eux, le quo­ti­dien a l’air bien long. Quel­que­fois, ils ne m’ac­cordent même au­cun re­gard, las­sés sans doute de cette garde sta­tique un peu éton­nante, même dans le contexte ac­tuel et même si l’A1 est la voie pré­fé­rée des ter­ro­ristes entre la Bel­gique et Pa­ris. J’ai bien as­sis­té à quelques contrôles : des jeunes, pour la plu­part dans des vé­hi­cules de pe­tit ga­ba­rit dé­jà bien usés. Comme d’ha­bi­tude quoi… On ne sait pas trop ce qu’ils cherchent mais leur simple pré­sence me rap­pelle, tous les soirs, que la France vit en état d’ur­gence.

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