« Di­manche, cette fois, j’irai aux urnes »

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - Epi­nay-sur-Seine (Seine-Saint-De­nis) Ke­vin, 23 ans, qui n’a pas vo­té di­manche NA­THA­LIE RE­VE­NU

AVEC UN SCORE de 69,5 %, le taux d’abs­ten­tion at­teint des som­mets à Epi­nay. Dans cette ville où le Par­ti so­cia­liste a été fon­dé en 1971 par Fran­çois Mit­ter­rand, on a bou­dé les urnes, comme dans de très nom­breuses villes de Seine-Saint-De­nis. Mal­gré la pluie bat­tante, et des rues qua­si dé­sertes, il ne faut pas long­temps pour dé­bus­quer ceux qui ont sno­bé l’iso­loir. A l’ar­rêt de bus, Syl­vie, 40 ans, ignore su­per­be­ment les af­fiches élec­to­rales plan­tées de l’autre cô­té du trot­toir : « Je ne vois pas l’uti­li­té de vo­ter. Les pro­messes ne sont ja­mais res­pec­tées. »

Dans le quar­tier po­pu­laire des Presles, les ha­bi­tants se sont en­core moins bous­cu­lés dans les bu­reaux de vote. An­na, 40 ans, ne s’en cache pas : « Moi et mes amis de la com­mu­nau­té ivoi­rienne, nous sommes res­tés as­sis. Ça sert à quoi de vo­ter ? Nous autres, ceux de la classe moyenne, nous n’avons au­cune aide », as­sène-t-elle. A l’hô­tel de ville, Her­vé Che­vreau, maire DVD, constate amè­re­ment : « Di­manche der­nier, le centre com­mer­cial était plein. Pour­quoi les gens n’ont-ils pas tra- ver­sé l’es­pla­nade pour ve­nir vo­ter en mai­rie ? Peut-être fau­drait-il ins­tal­ler des iso­loirs dans la ga­le­rie mar­chande », iro­nise l’élu, qui sou­tient Va­lé­rie Pé­cresse.

Cette se­maine, les militants d’Epi­nay de tous bords pour­suivent le porte-à-porte et le trac­tage pour re­mo­bi­li­ser l’élec­to­rat. Yan­nick Trigance, son op­po­sant PS, troi­sième sur la liste de Claude Bar­to­lone dans le dé­par­te­ment, est pas­sé à une stra­té­gie plus of­fen­sive.

Dès lun­di, il a en­voyé une quin­zaine de militants en pré­fec­ture pour éplu­cher les re­gistres d’élec­teurs : « Dans les bu­reaux qui nous sont fa­vo­rables et où l’on a peu vo­té, nous re­le­vons les noms des abs­ten­tion­nistes et nous les re­con­tac­tons sys­té­ma­ti­que­ment. » Un tra­vail de ti­tan car, sur vingt-six bu­reaux, vingt ont pla­cé le PS en tête… mais avec peu d’élec­teurs à la clé, vu la faible par­ti­ci­pa­tion. La tac­tique, dé­jà tes­tée dans le pas­sé, est « por­teuse », af­firme-t-il, mais se­ra-t-elle suf­fi­sante dans cette ville jeune ? « L’abs­ten­tion est plus forte chez les jeunes, au­to­ma­ti­que­ment nous sommes da­van­tage per­cu­tés », in­dique Trigance.

Ke­vin, 23 ans, cas­quette de base-

« Le ma­tin, j’ai joué au foot et, l’après-mi­di,

j’étais fa­ti­gué »

ball en­fon­cée sur la tête, lui donne rai­son. Il avoue avoir zap­pé le scru­tin : « Je l’ai dé­cou­vert di­manche en al­lu­mant la té­lé », dit-il avant de se jus­ti­fier : « Le ma­tin, j’ai joué au foot et, l’après-mi­di, j’étais fa­ti­gué. »

Le désa­mour des jeunes pour la po­li­tique n’ex­plique pas à lui seul l’abs­ten­tion­nisme d’Epi­nay. « His­to­ri­que­ment, on vote peu ici », sou­ligne le maire. Y au­ra-t-il un sur­saut ci­toyen dans quatre jours ? Abs­ten- tion­niste du pre­mier tour, An­na, qui a peur de « voir pas­ser le Front na­tio­nal », glisse : « Di­manche, cette fois, j’irai aux urnes. Et je vais mo­ti­ver tout le monde ! »

(LP/Oli­vier Cor­san)

Epi­nay-sur-Seine (Seine-Saint-De­nis), hier. An­na, abs­ten­tion­niste du pre­mier tour, se dé­pla­ce­ra pour le se­cond.

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