Cin­quante

L’une pioche à l’ex­trême gauche, l’autre dans les thèses iden­ti­taires et li­bé­rales. La tante et la nièce se par­tagent les idées pour ra­tis­ser très large.

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - OLI­VIER BEAUMONT ET VA­LÉ­RIE HACOT

UN PAR­TI, deux lignes, pour ra­tis­ser large et cap­ter tous les élec­teurs ? Comme dans la fable de Jean de La Fon­taine, il existe un FN des villes et un FN des champs. Un FN iden­ti­taire, tra­di­tio­na­liste et li­bé­ral, et un FN ou­vrier, laï­card et so­cial. Un FN du Sud, por­té par Ma­rion Maréchal-Le Pen, et un FN du Nord, in­car­né par Ma­rine Le Pen. Sé­pa­rées par un mil­lier de ki­lo­mètres dans cette cam­pagne ré­gio­nale, elles ont sciem­ment adop­té deux lignes, deux stra­té­gies.

Ain­si la tante se pose-t-elle en pro­tec­trice des « pe­tits », des « ou­vriers » et « re­trai­tés » qui peinent à bou­cler les fins de mois et sont frap­pés de plein fouet par le chô­mage. Un éta­tisme éco­no­mique, ins­pi­ré de la gauche, qui lui a va­lu d’être taxée par Ni­co­las Sar­ko­zy de pâle co­pie de Jean-Luc Mé­len­chon ! La nièce, elle, drague les pe­tits pa­trons et les ar­ti­sans, dans un po­si­tion­ne­ment li­bé­ral et pro-en­tre­prises que ne re­nie­rait pas un Alain Ma­de­lin ! A se de­man­der si deux orien­ta­tions ne se­raient pas en train de se des­si­ner…

Les cadres as­sument. « C’est lo­gique. Ma­rine Le Pen fait cam­pagne dans le Nord où les ques­tions d’emploi, de dés­in­dus­tria­li­sa­tion sont prio­ri­taires. Dans le Sud, les thèmes sé­cu­ri­taires oc­cupent le de­vant de la scène », re­lève Sé­bas­tien Che­nu, tête de liste dans la Somme. Et d’en­fon­cer le clou : « Le Front n’a qu’une ligne, celle fixée par sa pré­si­dente. En re­vanche, elle laisse aux can­di­dats la to­tale li­ber­té sur les su­jets qu’ils jugent prio­ri­taires. » Il est vrai que, sur les fon­da­men­taux — is­lam, im­mi­gra­tion et sécurité —, le par­ti le­pé­niste parle d’une même voix. On sent pour­tant per­cer des di­ver­gences. No­tam­ment sur le su­jet re­li­gieux. Dix jours après les at­ten­tats, Ma­rine Le Pen, en mee­ting à Amiens (Somme), ap­pe­lait à l’uni­té des Fran­çais « de toutes ori­gines, de toutes confes­sions ». Une se­maine plus tard, Ma­rion Maréchal-Le Pen, ca­tho­lique tra­di­tio­na­liste re­ven­di­quée, se mon­trait plus vi­ru­lente : « Chez nous, on ne vit pas en djel­la­ba. » Elles se sont aus­si contre­dites sur l’avor­te­ment et de la con­tra­cep­tion. La nièce veut cou­per les sub­ven­tions au Plan­ning fa­mi­lial dans la ré­gion Paca. « Ce n’est pas au pro­gramme du FN », ré­torque son aî­née. La pe­tite-fille de Jean-Ma­rie Le Pen a été de toutes les ma­ni­fes­ta­tions an­ti-ma­riage gay, tan­dis que Ma­rine Le Pen ne s’est pas jointe aux cortèges de « la Ma­nif pour tous ».

Des dif­fé­rences pro­fi­tables au par­ti

Loin de brouiller le mes­sage du par­ti d’ex­trême droite, ces dif­fé­rences de po­si­tion­ne­ment lui pro­fitent pour l’ins­tant. Car cette stra­té­gie lui per­met d’élar­gir la base de son élec­to­rat, des ou­vriers aux ca­tho­liques en pas­sant par les pe­tits pa­trons. De quoi ins­tal­ler pour de bon le tri­par­tisme ? « La gauche et la droite sont deux concepts dé­pas­sés », nous confiait ré­cem­ment Ma­rion Maréchal-Le Pen. Si le FN marche sur les plates-bandes du PS et des Ré­pu­bli­cains, il pa­rie pour l’ave­nir sur l’émer­gence de deux grands blocs : pa­triote et sou­ve­rai­niste d’un cô­té, eu­ro­péen et te­nant de la mon­dia­li­sa­tion de l’autre.

@oli­vier­beau­mont et @vha­cot1

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