« Ces deux lignes sont com­plé­men­taires »

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos recueillis par V.H.

LE PO­LI­TO­LOGUE, co­au­teur de l’ou­vrage « les Faux-sem­blants du Front na­tio­nal » (Ed. Presses de Sciences-po), es­time que, mal­gré leurs di­ver­gences, les deux can­di­dates par­tagent des axes com­muns. Ma­rion Maréchal-Le Pen est conser­va­trice. Ma­rine Le Pen, plus so­ciale. Y a-t-il deux lignes au FN ? SYL­VAIN CRÉ­PON. Dans une cer­taine me­sure, oui. Si leurs dis­cours dif­fèrent, ce­la tient bien sûr aux par­ti­cu­la­rismes des ré­gions où elles sont can­di­dates : le Nord et son pas­sé de gauche ou­vrier et le Sud en par­tie plus ai­sé. Mais pas seule­ment. Car, si elles ne sont pas tou­jours sur la même ligne, c’est avant tout parce que leurs che­mi­ne­ments sont dif­fé­rents. C’est-à-dire ? Ma­rine Le Pen est ar­ri­vée au FN dans les an­nées 1990, au mo­ment où le « ni droite ni gauche » prô­né par Sa­muel Maréchal — le père adop­tif de Ma­rion Maréchal-Le Pen —, alors à la tête du FNJ, s’est im­po­sé. C’est aus­si à cette époque que le Front a com­men­cé à sé­duire les ou­vriers, ceux qui jusque-là vo­taient à droite. Le mur de Ber­lin était tom­bé, l’an­ti­com­mu­nisme — qui per­met­tait au FN de se po­ser comme l’in­car­na­tion par­faite de la droite — n’était plus d’ac­tua­li­té. Les Etats-Unis, sym­boles de la mon­dia­li­sa­tion, sont de­ve­nus la nou­velle me­nace pour les iden­ti­tés. Ma­rine Le Pen cite par ailleurs vo­lon­tiers Georges Mar­chais comme ré­fé­rence, le Mar­chais qui dé­fen­dait le made in France ou les em­plois fran­çais. Mais at­ten­tion, son dis­cours so­cial à elle est na­tio­nal. Les aides doivent être ré­ser­vées aux seuls Fran­çais. Et Ma­rion Maréchal-Le Pen ? Son dis­cours est plus droi­tier, plus iden­ti­taire. L’in­té­gra­tion des mu­sul­mans, par exemple, est qua­si im­pos­sible à ses yeux car ils ne par­tagent pas une culture com­mune. Ca­tho­lique tra­di­tio­na­liste as­su­mée, elle est conser­va­trice sur les ques­tions so­cié­tales et li­bé­rale sur les su­jets éco­no­miques. Deux lignes, ce n’est pas un han­di­cap pour le Front na­tio­nal ? Non, bien au contraire, car ces lignes sont com­plé­men­taires. C’est même tout bé­né­fice pour le FN puisque ce­la lui per­met de ra­tis­ser plus large. Par exemple, en ci­blant le Plan­ning fa­mi­lial, Ma­rion Maréchal-Le Pen vise les ca­tho­liques conser­va­teurs dé­pi­tés par la droite. La crois­sance ex­po­nen­tielle des votes FN at­teste que cette stra­té­gie fonc­tionne. Et il ne faut pas perdre de vue que, mal­gré ces dif­fé­rences, elles se re­trouvent au­tour de nom­breux axes : l’op­po­si­tion à l’im­mi­gra­tion, la po­li­tique sé­cu­ri­taire…

« Le dis­cours de Ma­rion Maréchal-Le Pen est plus droi­tier, plus iden­ti­taire »

« La ques­tion de leur confron­ta­tion

ne se po­se­ra pas avant de longues an­nées »

A terme, Ma­rine Le Pen et sa nièce vont-elles s’af­fron­ter ? Tant qu’il n’y au­ra pas de conflit pour le lea­der­ship, il n’y au­ra pas de confron­ta­tion. La dif­fé­rence d’âge entre elles est telle (NDLR : 47 ans pour la pa­tronne du FN, 26 ans de­main pour sa nièce) que cette ques­tion ne se po­se­ra pas avant de longues an­nées. On n’en est ab­so­lu­ment pas là au­jourd’hui. Je pense d’ailleurs que nous as­sis­te­rons plu­tôt à un af­fron­te­ment Florian Phi­lip­potMa­rion Maréchal-Le Pen, s’ils sont en­core là, le jour où la ques­tion de la suc­ces­sion se po­se­ra.

(DR.)

Se­lon Syl­vain Cré­pon, le dis­cours so­cial de Ma­rine Le Pen est aus­si na­tio­na­liste.

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