Et Ma­rine Le Pen ci­ta Marx et Jau­rès…

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - Ma­rine Le Pen O.B.

QUAND ELLE MONTE sur la scène du pa­lais des congrès de Tours, Ma­rine Le Pen es­quisse un sou­rire, puis se re­tourne face au pu­blic pour une longue ova­tion. Dans la salle, les dra­peaux bleu-blanc-rouge vi­re­voltent. C’est son heure de gloire. En ce 16 jan­vier 2011, après trente-huit ans de règne sans par­tage, Jean-Ma­rie Le Pen cède le pou­voir à sa fille. Pour son pre­mier dis­cours, la nou­velle pa­tronne a peau­fi­né son texte jus­qu’à la der­nière mi­nute. La veille, elle a fait la fête « jus­qu’à une heure rai­son­nable, ra­conte un in­time. Car elle était dé­jà très concen­trée sur ce qu’elle al­lait dire ». A la tri­bune, la ben­ja­mine du clan Le Pen veut mar­quer les es- prits et, sur­tout, im­pri­mer le dé­but d’un sé­rieux tour­nant idéo­lo­gique au FN. Fi­ni le Front li­bé­ral de pa­pa. Avec elle, ce se­ra le Front so­cial.

« En 2011, je dis ce que je pense. Je suis élue à la tête du par­ti. Mes convic­tions, c’est ça », se sou­vient celle qui convoite la ré­gion Grand Nord, mais sur­tout l’Ely­sée. Très tôt, elle a été per­sua­dée que cette am­bi­tion pas­se­rait par la conquête des classes po­pu­laires et des « ou­bliés », se­lon sa for­mule fé­tiche. Quelques an­nées plus tôt, en 2007, elle a choi­si de s’im­plan­ter dans l’an­cien bas­sin mi­nier d’Hé­ninBeau­mont (Pas-de-Ca­lais). Un bas­tion so­cia­liste. « A Tours, c’était un dis­cours d’in­ves­ti­ture. Chaque mot avait son im­por­tance », confie-t-elle. Ce 16 jan­vier 2011, elle sa­lue les « hus­sards noirs de la IIIe Ré­pu­blique », les « ré­sis­tants de 1940 » et — sur­prise ! — s’en­flamme en ci­tant sou­dain Jean Jau­rès, fi­gure de la gauche : « A ce­lui qui n’a plus rien, la pa­trie est son seul bien, di­sait-il en son temps. » Un vé­ri­table hold-up idéo­lo­gique. Dans le jar­gon po­li­tique, on ap­pelle ce­la de la tri­an­gu­la­tion. As­sis der­rière elle, Jean-Ma­rie Le Pen fait sa moue des mau­vais jours. « Mon père, je m’en moque com­plè­te­ment. Si je me suis pré­sen­tée à la tête du Front na­tio­nal, c’est pour dé­fendre mes idées », as­sume-t-elle au­jourd’hui.

Un vi­rage à gauche ? Elle pré­fère le terme « so­cial ». « Mon constat, c’est qu’il n’y a pas de po­li­tique so­ciale sans pa­trio­tisme. L’UMP et le PS sont les dé­fen­seurs des nan­tis, des gros. Le so­cial dans le so­cia­lisme, c’est juste une vé­ri­table es­cro­que­rie ! » charge-telle, ré­fu­tant tout choix tac­tique ou op­por­tu­niste. Et, non, pré­cise-t-elle, ce n’est pas l’in­fluence de Florian Philippot, l’énarque is­su des rangs che­vé­ne­men­tistes. « Ça re­monte à plus loin. A sa­voir en 2005, avec mon pre­mier bou­quin (NDLR : “A contre-flots”). Tout y est dé­jà. Et je n’ai pas chan­gé d’avis de­puis. » En 2012, dans son livre-pro­gramme « Pour que vive la France », elle rend aus­si hom­mage « à la gauche qui de­puis sa nais­sance a me­né constam­ment d’im­menses com­bats de libération », puis cite pêle-mêle Georges Mar­chais, Pierre Men­dès France… et même Karl Marx ! « Ça m’amuse quand j’en­tends cer­taines per­sonnes m’ac­cu­ser d’avoir le même dis­cours que Mé­len­chon, iro­nise celle qui pa­rie sur l’écla­te­ment du cli­vage gauche-droite. Ils fe­raient mieux de re­lire Marx, qui a théo­ri­sé le fait que la dis­pa­ri­tion des fron­tières et l’ul­tra­li­bé­ra­lisme étaient le meilleur moyen de tuer les na­tions. » Marx et Jau­rès, nou­velles icônes du FN ? Même Steeve Briois, le maire d’Hé­nin-Beaumont, use jus­qu’à la corde ces ré­fé­rences por­teuses dans les co­rons. A peine élu en juin 2014, ce fils d’ou­vrier et pe­tit-fils de mi­neur fai­sait dé­mé­na­ger dans son bu­reau le buste de Jau­rès. De­puis 1926, il trô­nait dans le hall de la mai­rie. Tout un sym­bole.

« Le so­cial dans le so­cia­lisme, c’est juste une vé­ri­table es­cro­que­rie »

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