Le coup de fo­lie du co­railleur

En fuite après avoir tué un po­li­cier mu­ni­ci­pal lun­di près de Saint-Tropez, un ex-pê­cheur de co­rail de 65 ans s’est sui­ci­dé hier soir, cer­né par les gen­darmes.

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - Cavalaire-sur-Mer (Var) De notre cor­res­pon­dant DIANE AN­DRÉ­SY

LA VÉ­RI­TABLE chasse à l’homme en­ga­gée de­puis lun­di soir à Cavalaire-sur-Mer (Var) pour re­trou­ver le meur­trier d’un po­li­cier mu­ni­ci­pal s’est ache­vée hier en fin d’après-mi­di. Lo­ca­li­sé dans la fo­rêt de RayolCanadel, Elie Verbasco, 65 ans, s’est sui­ci­dé en se ti­rant une balle dans la tête. Des di­zaines de gen­darmes étaient à ses trousses après qu’il avait ou­vert le feu sans som­ma­tion sur deux po­li­ciers de la com­mune, mo­bi­li­sés à la suite d’une dis­pute conju­gale à son do­mi­cile de Cavalaire. Griè­ve­ment tou­ché à l’ab­do­men, l’un d’eux, Ch­ris­tophe Bouis­sou, 43 ans, a suc­com­bé hier ma­tin à ses bles­sures (lire ci-des­sous).

Un im­por­tant dis­po­si­tif de re­cherches, ap­puyé par des équipes cy­no­philes et un hé­li­co­ptère, avait été mis en place pour re­trou­ver la trace d’Elie Verbasco, dé­crit comme « ex­trê­me­ment dan­ge­reux ». Il avait dis­pa­ru dans la nuit sur son quad vert ka­ki équi­pé « d’armes lourdes ». Au le­ver du jour, les re­cherches s’étaient in­ten­si­fiées dans une zone de ma­quis à la vé­gé­ta­tion abon­dante dont le fu­gi­tif, chas­seur émé­rite, maî­tri­sait par­fai­te­ment le re­lief pour l’avoir sillon­né pen­dant des an­nées.

Sur la côte, Elie Verbasco était ce qu’on ap­pelle une fi­gure lo­cale. Au­then­tique en­fant de Pro­vence, né à Mar­seille, il était très connu des chas­seurs, des pê­cheurs et des ha­bi­tants de cette com­mune du lit­to­ral du golfe de Saint-Tropez. « Il est d’un abord fa­cile, simple, di­rect. On est sous le choc de la nou­velle. On ne com­prend rien à ce qui a pu se pas­ser dans sa tête », té­moi­gnait hierJean, un ha­bi­tant de Cavalaire.

Sa cé­lé­bri­té, Elie Verbasco la de­vait sur­tout à son an­cienne pro­fes­sion : il avait été co­railleur pro­fes­sion­nel et s’adon­nait tou­jours à sa pas­sion de la pêche et de la mer. A tel point que le quo­ti­dien lo­cal « Var Ma­tin » lui avait consa­cré un por­trait en fé­vrier. De­vi­sant gaie­ment à cô­té de son chien, Verbasco y ra­con­tait ses plon­gées près des îles du Frioul, quand pê­cher le co­rail était en­core au­to­ri­sé il y a qua­rante ans.

Ma­rié de­puis plu­sieurs an­nées à « Vé­ro », il cou­lait une re­traite tran­quille dans cette com­mune de 8 000 âmes. « Ja­mais on ne se se­rait dou­té de ça de sa part ! C’était un bon vi­vant, qui pou­vait avoir des coups de sang. Mais de là à en ar­ri­ver à de telles ex­tré­mi­tés ? Main­te­nant, j’es­père sur­tout qu’il va se rendre… », confiait avant son sui­cide une ri­ve­raine du quar­tier de la Col­lière où se sont dé­rou­lés les faits. « Elie pas­sait beau­coup de temps sur le port. C’est un fou de Mé­di­ter­ra­née », ajou­tait un com­mer­çant. « Ici, tout le monde a eu à se frot­ter à Elie et son ca­rac­tère bien trem­pé », rap­pe­lait le maire de Cavalaire, Phi­lippe Leo­nel­li en s’in- ter­ro­geant : « Com­ment au­rait-on pu pen­ser qu’il en ar­rive là… Les deux po­li­ciers sont aus­si très connus dans la com­mune et ils ont fait preuve d’un grand cou­rage. »

Comme l’a in­di­qué le pro­cu­reur de Dra­gui­gnan, Ivan Au­riel, Verbasco, aux «an­té­cé­dents psy­chia­triques», était connu pour ses actes de vio­lence, et avait fait l’ob­jet de trois condam­na­tions, dont la der­nière en 2010 à 24 mois de pri­son, dont 23 avec sur­sis-mise à l’épreuve, pour vio­lences avec arme. Son per­mis de chasse lui avait été re­ti­ré après cette sen­tence. Cette fa­cette de sa per­son­na­li­té ne l’a ja­mais em­pê­ché de nouer des re­la­tions dans tous les mi­lieux. Ain­si, il connais­sait bien l’ani­ma­teur de té­lé­vi­sion Vincent La­gaf’, qui vient chaque an­née à Cavalaire.

A court d’es­sence, cer­né par les gen­darmes, le fu­gi­tif a mis fin à ses jours avec une arme de gros ca­libre après avoir fait feu à deux re­prises sur les forces de l’ordre. Lun­di soir, au cours de sa ca­vale, Elie Verbasco s’était ar­rê­té chez des voi­sins pour leur de­man­der du car­bu­rant et pas­ser un coup de fil. A son in­ter­lo­cu­teur qui lui de­man­dait de se rendre, il avait ré­tor­qué : « Non, je ne me ren­drai pas et je n’ai au­cune in­ten­tion de me lais­ser faire. »

(MaxPPP/«Var Ma­tin»/J.-M. de Pe­ret­ti.)

Elie Verbasco était une fi­gure lo­cale, un pas­sion­né de la mer dont «Var Ma­tin» avait fait le por­trait.

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