L’oc­to­gé­naire avait été mo­mi­fié

Trois hommes sont ju­gés en ap­pel à Nan­cy pour le meurtre de Ro­ger Ta­rall en 2012. Ce sur­vi­vant de Da­chau était mort étouf­fé après avoir été em­maillo­té par les cam­brio­leurs.

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - PAS­CALE ÉGRÉ

LES IMAGES, in­sou­te­nables, mon­traient un vieil homme li­go­té par les pieds à son lit. Avec des cein­tures, des câbles élec­triques, un pan­ta­lon de py­ja­ma. Les mains at­ta­chées dans le dos, le cou ser­ré par du ru­ban adhé­sif, la bouche bâillon­née de tor­chons et de bandes mé­di­cales… « Je me sou­viens de son vi­sage, qua­si­ment mo­mi­fié », avait té­moi­gné un en­quê­teur de la PJ de­vant la cour d’as­sises de Metz (Mo­selle). Au pre­mier pro­cès de ses agres­seurs, il y a un an et de­mi, trente cli­chés du corps de Ro­ger Ta­rall, 89 ans, avaient été pré­sen­tés aux ju­rés. Le 17 avril 2012, à Mon­ti­gny-lès-Metz (Mo­selle), cet ex-che­mi­not, ré­sis­tant et sur­vi­vant du camp d’ex­ter­mi­na­tion de Da­chau, était mort as­phyxié après avoir été sé­ques­tré, em­maillo­té et frap­pé par trois jeunes, ar­més, ve­nus le vo­ler. « Ils ont ter­mi­né le tra­vail des Al­le­mands », avait lâ­ché son fils Alain à la barre.

Agés de 19, 20 et 25 ans à l’époque des faits, Franck Sta­nis­laws­ki, Mi­chaël Chio­lo et Jor­dan Set­ze­fand avaient éco­pé de dix-huit ans de ré­clu­sion cri­mi­nelle pour le pre­mier, et de vingt-huit ans as­sor­tis de dix-huit ans de sû­re­té pour les deux autres. Chio­lo ayant for­mé ap­pel, et après ap­pel gé­né­ral du par­quet, le trio est re­ju­gé à par­tir d’au­jourd’hui et jus­qu’à lun­di de­vant les as­sises de Meurthe-et-Mo­selle à Nan­cy. « Le seul es­poir de la famille, dans cette nou­velle épreuve, est que les ac­cu­sés soient moins tai­seux, et que ce se­cond pro­cès per­mette d’éta­blir plus clai­re­ment les res­pon­sa­bi­li­tés », in­dique Me Tho­mas Hel­len­brand, avo­cat des des­cen­dants de la vic­time.

L’idée de cam­brio­ler ce vieil homme, qui vi­vait seul dans un ap­par­te­ment iso­lé du 5e étage d’un im­meuble, était la sienne, avait re­con­nu Set­ze­fand, qui avait été hé­ber­gé chez une voi­sine de Ro­ger Ta­rall peu au­pa­ra­vant. A Chio­lo, co­pain d’er­rance et de casses, Set­ze­fand avait as­su­ré que leur cible avait « pas mal d’ar­gent chez lui ». Sta­nis­laws­ki, même pro­fil de jeune en rup­ture, le ca­sier ju­di­ciaire en moins, les a sui­vis. « Il a été pris dans un en­gre­nage qui l’a dé­pas­sé », dé­fend son avo­cate, Me Alexan­dra Vau­trin. Mais c’est lui — ce qu’il conteste — que les deux autres ont jus­qu’ici dé­si­gné comme l’au­teur du bâillon­nage fa­tal.

« Ils se re­jettent tous la faute de la mo­mi­fi­ca­tion », re­lève Me Pau­line Brion, l’avo­cate de Chio­lo. Ce­lui-ci, sou­ligne-t-elle, par ailleurs condam­né il y a peu à un an de pri­son pour apo­lo­gie du ter­ro­risme après un in­ci­dent en dé­ten­tion, a « la vo­lon­té d’as­su­mer et de s’ex­pli­quer. Il sait que sa place est en pri­son », dit son con­seil.

Des mé­dailles pour seul bu­tin

Set­ze­fand, que le mi­nis­tère pu­blic avait qua­li­fié de « lea­deur » du trio, avait ad­mis avoir de­man­dé à Sta­nis­laws­ki de mettre « un truc » sur la bouche de Ro­ger Ta­rall « pour qu’il ne crie pas » avant qu’ils s’en­fuient. « Le der­nier dans la chambre, c’était pas moi », s’était-il dé­fen­du. « Je n’ose pas de­man­der par­don, parce que ce n’est pas par­don­nable », consi­dère-t-il au­jourd’hui, rap­porte son avo­cate, Me Mar­lène Schott.

Le cal­vaire de l’an­cien ré­sis­tant au­rait du­ré plus de deux heures, a éta­bli l’ins­truc­tion, qui n’a tou­te­fois pas pu dé­ter­mi­ner s’il était dé­jà mort au dé­part de ses meur­triers pré­su­més. Eux ont tou­jours af­fir­mé avoir ap­pris son décès par les mé­dias. Faute d’avoir pu ou­vrir son coffre-fort, ils avaient ven­du les mé­dailles mi­li­taires dé­ro­bées au vieil homme.

La vic­time avait en­du­ré un cal­vaire de deux heures dans son ap­par­te­ment de Mon­ti­gny-lès-Metz, le 17 avril 2012.

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