Les Fran­çais stres­sés par la pol­lu­tion so­nore

De la cir­cu­la­tion au­to­mo­bile à la bande-son du su­per­mar­ché, les bruits sont par­tout et nous pour­rissent l’exis­tence. Se­lon une étude que nous ré­vé­lons, la France est par­ti­cu­liè­re­ment ex­po­sée.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - Ch­ris­tian Hu­gon­net, acous­ti­cien CLAU­DINE PROUST

PA­RIS, VILLE LU­MIERE ? Peut-être, mais sur­tout ville as­sour­dis­sante, où la pol­lu­tion so­nore fi­nit par gri­gno­ter les neu­rones. C’est ce qui res­sort de l’étude in­ter­na­tio­nale réa­li­sée par GfK Eu­ris­ko pour Am­pli­fon. Réa­li­sée au­près de 8 800 adultes ha­bi­tant 47 grandes villes de 11 pays dif­fé­rents, elle ré­vèle à quel point les « maux du bruit » sont de plus en plus en­va­his­sants pour les ci­ta­dins du XXIe siècle. Pas for­cé­ment stri­dent, le son est om­ni­pré­sent, comme le sou­ligne la liste que les son­dés ont co­chée, pas­sant tous les bruits d’un jour de se­maine pos­sibles en re­vue : de la cir­cu­la­tion rou­tière aux an­nonces par haut-par­leur, en pas­sant par les conver­sa­tions — dans le bus, au bu­reau en open space, à la can­tine —, les ap­pa­reils mé­na­gers, son­ne­ries de té­lé­phone, mu­siques d’am­biance, té­lé­vi­seurs — le sien ou ce­lui des voi­sins —, si­rènes de pom­piers…

Des quatre villes fran­çaises étu­diées, avec Mar­seille, Lyon et Tou­louse, la ca­pi­tale est celle où l’on se consi­dère le plus ex­po­sé. Pa­ris ar­rive ain­si en tête, de­vant Mar­seille, pour les trois pre­mières sources de nui­sances les plus ci­tées : cir­cu­la­tion rou­tière (42 % des per­sonnes in­ter­ro­gées), conver­sa­tions trop so­nores (40 %), et trans­ports pu­blics (35 %), quand, à Tou­louse, ces sons n’in­com­modent qu’un quart des son­dés. In­quié­tant ? Oui, car les ef­fets né­fastes sur la san­té ne sont plus à prou­ver. En mars, le rap­port quin­quen­nal de l’agence eu­ro­péenne de l’en­vi­ron­ne­ment es­ti­mait que la pol­lu­tion so­nore pro­vo­que­rait 10 000 morts par an en Eu­rope — crai­gnant ce chiffre « lar­ge­ment sous-es­ti­mé ».

Sans qu’on le voie, le bruit pro­voque un stress phy­sique qui met notre san­té car­dio­vas­cu­laire en pé­ril à long terme. 33 % des Fran­çais in­ter­ro­gés, qui se disent le plus ex­po­sés à la pol­lu­tion so­nore, dé­clarent en souf­frir par des troubles de l’hu­meur. Un tiers si­gnale, au-de­là, des troubles du som­meil, dif­fi­cul­tés de concen­tra­tion et maux de tête. Sauf à vivre en plein dé­sert ru­ral, où se ressourcer dans le si­lence, dif­fi­cile de se pro­té­ger in­di­vi­duel­le­ment. « Contrai­re­ment aux yeux que l’on peut re­po­ser, les oreilles n’ont pas de pau­pière », ex­plique Ch­ris­tian Hu­gon­net, acous­ti­cien que cette étude ne sur­prend guère. Pré­sident fon­da­teur de la se­maine du son, qui alerte chaque an­née en jan­vier sur l’im­por­tance d’une meilleure connais­sance et prise en compte du son, il s’in­digne au pas­sage qu’il n’en soit ab­so­lu­ment pas ques­tion à l’oc­ca­sion de la COP21.

« La pol­lu­tion so­nore, c’est… une noyade », lance som­bre­ment Ch­ris­tian Hu­gon­net. Du casque sous le­quel on s’abs­trait des voi­sins de bus, mais « en écou­tant une mu­sique com­pres­sée de mau­vaise qua­li­té, aux films dont les bandes-son sont tou­jours bour­rées à cra­quer » jusque dans nos loi­sirs, « nous bai­gnons en conti­nu, comme si l’on avait la tête sous l’eau, dans une en­ve­loppe so­nore, sans temps ni es­pace de pause ». Le manque de prise en compte col­lec­tive est un «pro­blème gra­vis­sime», s’alarme l’acous­ti­cien. «A s’as­phyxier len­te­ment dans la pol­lu­tion so­nore», pré­vient-il en ef­fet, « l’être hu­main fi­nit aus­si par y perdre sa ca­pa­ci­té à pen­ser ». Le re­mède ? « Il ne peut pas­ser que par une prise de conscience col­lec­tive » : avec des ar­chi­tectes et des ur­ba­nistes qui se­raient for­més à l’acous­tique ou en­core des es­paces de calme dans les villes.

« Contrai­re­ment aux yeux que l’on peut re­po­ser,

les oreilles n’ont pas de pau­pière »

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