Ap­pa­rus il y a tout juste deux siècles

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - Claude Lelièvre, his­to­rien de l’édu­ca­tion V.MD

SI LES PU­NI­TIONS sont vieilles comme l’école, les récompenses, elles, sont plus ré­centes. Sous la forme es­sen­tiel­le­ment de bons points, elles ne sont ap­pa­rues qu’en 1815, à la fin du Pre­mier Em­pire et au dé­but de la Res­tau­ra­tion. « C’est une idée por­tée alors par les li­bé­raux », dé­crypte Claude Lelièvre, his­to­rien de l’édu­ca­tion. Cette po­li­tique d’en­cou­ra­ge­ments s’ins­crit dans le cadre de l’école dite « mu­tuelle ». Cette méthode d’ins­truc­tion, im­por­tée de Gran­deB­re­tagne, est or­ches­trée par un seul maître par éta­blis­se­ment qui, ju­ché sur son pu­pitre, fait cours de­vant quelque 150 en­fants. Il s’ap­puie sur des mo­ni­teurs, les élèves les plus âgés et les plus ins­truits qui épaulent leurs ca­ma­rades plus jeunes.

« Les bons points servent de mon­naie d’échange, in­dexés sur des biens ma­té­riels et peuvent se trans­for­mer en ar­doises, pe­tits cou­teaux… » pré­cise le spé­cia­liste. Ils sont aus­si par­fois uti­li­sés pour « payer » une pu­ni­tion. A la fin du XIXe siècle, l’école ré­pu­bli­caine de Jules Fer­ry glo­ri­fie les dis­tinc­tions en tous genres. Les fa­meux pe­tits cou­pons sur fond vert ras­sem­blés dans une « boîte à bons points » per­mettent de ré­com­pen­ser les élèves mé­ri­tants. Dix bons points valent une image re­pré­sen- tant un ani­mal ou un pay­sage, dix images gé­né­ra­le­ment un livre ou un pe­tit ca­deau.

Mais le maître n’hé­site pas à pio­cher dans les ré­serves du ga­min dis­si­pé ou cancre d’un jour. Dans cer­taines écoles, il peut dis­tri­buer des « mau­vais points » qui, quand ceux-ci de­viennent trop nom­breux, conduisent à une pri­va­tion de « ré­cré », une mise au pi­quet voire au port du bon­net d’âne. C’est aus­si l’époque de la croix d’hon­neur ou croix de mé­rite épin­glée chaque se­maine sur la blouse du meilleur élé- ment de la classe comme du ta­bleau d’hon­neur pla­cé dans le hall d’en­trée de l’éta­blis­se­ment sur le­quel fi­gurent celles et ceux ayant ob­te­nu les meilleures notes.

En 1969, ces dis­tinc­tions sont aban­don­nées, le mi­nis­tère de l’Edu­ca­tion ayant dé­ci­dé de sup­pri­mer tout sys­tème de com­pa­rai­son entre les élèves. Dans ce contexte, les bons points, cri­ti­qués par les pé­da­gogues, perdent du ter­rain. « Ils ont tou­jours eu des dé­trac­teurs. Cer­tains consi­dèrent que c’est l’ins­ti­tu­tion elle-même qui doit être va­lo­ri­sée, qui est va­lo­ri­sante et qu’on n’a pas be­soin d’ar­ti­fices. Se­lon eux, la vraie ré­com­pense, c’est d’être ins­truit », re­trans­crit Claude Lelièvre.

« Ils ont tou­jours eu leurs dé­trac­teurs. Cer­tains consi­dèrent que c’est l’ins­ti­tu­tion qui doit être

va­lo­ri­sée. »

Ce type de bon point était dis­tri­bué dans les écoles de Lyon dans les an­nées 1900.

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