Les élus PS entre car­tons et broyeuse

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - Mar­seille (Bouches-du-Rhône) De notre cor­res­pon­dant Gaëlle Len­fant, vice-pré­si­dente dé­lé­guée à la jeunesse MARC LERAS

ILS NE RE­VER­RONT PAS le bâ­ti­ment pen­dant six ans. Et cer­tains d’entre eux, pour tou­jours… De­puis le dé­but de la se­maine, les 41 conseillers ré­gio­naux so­cia­listes de Paca font leurs adieux à l’im­meuble des élus qui jouxte la gare SaintC­harles, dans le centre de Mar­seille. Le re­trait de la liste conduite par Ch­ris­tophe Cas­ta­ner, ar­ri­vé 3e di­manche soir, a une consé­quence bru­tale : plus un seul élu PS ne sié­ge­ra dans l’hé­mi­cycle où leur pa­tron, Mi­chel Vau­zelle, a ré­gné pen­dant dix-huit ans.

De­puis lun­di ma­tin, les lieux ont l’al­lure d’un vais­seau fan­tôme. Dans les cou­loirs dé­ser­tés (y com­pris par la droite et l’ex­trême droite oc­cu­pées à me­ner la cam­pagne), les portes des bu­reaux sont ou­vertes à tout vent. Quelques conseillers, la mine un peu basse, passent faire leurs car­tons ou sim­ple­ment dire au re­voir.

« Je laisse mes dos­siers en sa­chant que je ne se­rai même pas dans l’op­po­si­tion pour les dé­fendre », se déso- le l’Aixoise Gaëlle Len­fant, vice-pré­si­dente dé­lé­guée à la jeunesse pour en­core quelques jours. « Des di­rec­teurs de centres so­ciaux m’ap­pellent dé­jà pour me de­man­der ce qui va se pas­ser et quoi faire. On a construit des choses de­puis 1998 et là, tout s’ar­rête. »

Si Gaëlle Len­fant sou­tient la dé­ci­sion de Cas­ta­ner de sou­te­nir le LR Ch­ris­tian Es­tro­si (pour qui elle vo­te­ra), Charles Lau­gier, lui, est plus ré­ti­cent. Il pren­dra sa dé­ci­sion « dans le se­cret de l’iso­loir ». « Nous nous sommes re­ti­rés, on au­rait pu es­pé­rer la même chose de la part du par­ti de Ni­co­las Sar­ko­zy en Mi­di-Py­ré­nées - Lan­gue­doc-Rous­sillon », ex­plique en vi­dant son bu­reau cet élu des Al­pesMa­ri­times qui était en charge de la fo­rêt au con­seil ré­gio­nal. Il re­gret­te­ra cer­taines choses, et par­ti­cu­liè­re­ment sa col­la­bo­ra­tion avec les pom­piers sur la ges­tion des feux de fo­rêts. « Je me suis consa­cré à 100 % à la ré­gion, mais les élec­teurs ont tran­ché, c’est la dé­mo­cra­tie. Je leur de­mande quand même de faire at­ten­tion à leur vote : ils risquent de mettre au pou­voir l’obs­cu­ran­tisme et l’in­com­pé­tence. »

Pen­dant que les broyeuses tournent — « uni­que­ment des doubles de do­cu­ments pu­blics », pré­cise un conseiller ré­gio­nal — les fu­turs an­ciens élus ras­semblent leurs sou­ve­nirs de man­dat : pho­tos, re­vues de presse… Et rendent leurs té­lé­phones et or­di­na­teurs por­tables de fonc­tion. « On n’em­porte rien de com­pro­met­tant, mais c’est cor­rect de res­ti­tuer des bu­reaux vides et propres à nos suc­ces­seurs », ex­plique dans un cou­loir Joël Ca­na­pa qui achève là son troi­sième man­dat. « On n’a ja­mais pu faire cam­pagne sur notre bi­lan, j’en veux beau­coup à ceux qui ont na­tio­na­li­sé le dé­bat », lâche-t-il, dé­pi­té.

Avec la dé­faite, le PS a per­du une en­ve­loppe an­nuelle de 410 000 € de frais de fonc­tion­ne­ment de groupe, es­sen­tiel­le­ment pour payer les col­la­bo­ra­teurs. Les contrac­tuels se­ront sans emploi lun­di. Quant aux fonc­tion­naires, ils craignent pour les plus éti­que­tés à gauche d’être mis au pla­card, sur­tout si la liste FN l’em­porte. « L’am­biance est ten­due, ils sont dans l’at­tente du ré­sul­tat de di­manche », té­moigne Sé­bas­tien Ji­brayel, élu des Bouches-du-Rhône.

« Je laisse mes dos­siers

en sa­chant que je ne se­rai même pas dans l’op­po­si­tion pour les dé­fendre »

(AFP/Bo­ris Hor­vat.)

Mar­seille (Bouches-du-Rhône), le 16 oc­tobre. Ce jour-là, le so­cia­liste Mi­chel Vau­zelle pré­si­dait sa der­nière séance plé­nière après dix-huit ans à la tête du con­seil ré­gio­nal de Pro­vence-Alpes-Côte d’Azur.

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