Les pharmaciens s’at­taquent à la pé­nu­rie de mé­di­ca­ments

Un lo­gi­ciel, en cours d’ins­tal­la­tion dans les of­fi­cines, re­cense tous les pro­duits in­dis­po­nibles : 170 par mois, en moyenne.

Le Parisien (Paris) - - ÉCONOMIE - DA­NIEL ROSENWEG

VOUS EST-IL DÉ­JÀ AR­RI­VÉ de res­sor­tir d’une phar­ma­cie sans le vac­cin ou le mé­di­ca­ment qui vous avait été pres­crit, et ce pour cause de rup­ture de stock ? Ras­su­rez-vous, les pa­tients ne courent au­cun risque sa­ni­taire ma­jeur en France. Mais, il y a cinq mois, comme nous le ré­vé­lions dans nos édi­tions du 10 août 2015, l’Agence na­tio­nale de sécurité du mé­di­ca­ment (ANSM) a tout de même ti­ré la son­nette d’alarme : en l’es­pace de sept ans, les rup­tures d’ap­pro­vi­sion­ne­ment de mé­di­ca­ments ont été mul­ti­pliées par dix. Mais voi­là, l’ANSM ne ré­per­to­rie que les pé­nu­ries de mé­di­ca­ments dits « d’in­té­rêt thé­ra­peu­tique ma­jeur », les MITM. En 2014, ces épi­sodes de manque de cer­tains mé­di­ca­ments ont été au nombre de 438.

Une in­dis­po­ni­bi­li­té moyenne de cin­quante-trois jours

De­puis 2014, l’Ordre des pharmaciens s’est éga­le­ment sai­si du pro­blème. Avec une dif­fé­rence no­toire : il en­tend ob­ser­ver les pé­nu­ries de tous les mé­di­ca­ments, ceux d’in­té­rêt thé­ra­peu­tique ma­jeur et les autres, di­rec­te­ment sur le ter­rain grâce à un lo­gi­ciel im­plan­té chez tous les pharmaciens. Cette plate-forme d’alerte bap­ti­sée DP-rup­ture (DP pour dos­sier phar­ma­ceu­tique) a été mise en place pour in­for­mer au­to­ma­ti­que­ment par mails toute la chaîne, de l’ANSM jus­qu’à l’in­dus­triel, de l’in­dis­po­ni­bi­li­té d’un mé­di­ca­ment de­puis au moins trois jours. « Ce dis­po­si­tif est en phase de gé­né­ra­li­sa­tion », ex­plique la pré­si­dente de l’Ordre, Isa­belle Ade­not, qui dresse le bi­lan des dix pre­miers mois d’ex­pé­ri­men­ta­tion. Un bi­lan pour le moins in­quié­tant.

Se­lon nos in­for­ma­tions, sur les 14 361 pré­sen­ta­tions sur­veillées (un mé­di­ca­ment peut être ven­du sous plu­sieurs « pré­sen­ta­tions ») entre fé­vrier et no­vembre, chaque mois, une moyenne de 170 pré­sen­ta­tions étaient in­dis­po­nibles à la com­mande au­près des la­bo­ra­toires. C’était par exemple le cas en no­vembre de 15 des 151 vac­cins dis­po­nibles sur le mar­ché. Se­lon ce bi­lan, la du­rée moyenne d’in­dis­po­ni­bi­li­té des mé­di­ca­ments est de cin­quante-trois jours. En sep­tembre 2015, par exemple, 3 %des mé­di­ca­ments der­ma­to­lo­giques exis­tant sur le mar­ché man­quaient à l’ap­pel (voir in­fo­gra­phie ci-contre).

Là où l’ANSM se nour­rit d’in­for­ma­tions four­nies par les la­bos, la plate-forme DP-rup­ture, elle, fait re­mon­ter l’in­for­ma­tion du ter­rain. Ce­la se­ra-t-il suf­fi­sant pour ré­soudre le pro­blème ? « Pas sûr, car la de­mande mon­diale de mé­di­ca­ments ne cesse d’aug­men­ter et ag­grave la pé­nu­rie en France, es­time Isa­belle Ade­not. On n’évite pas la pé­nu­rie mais on fait cir­cu­ler l’in­for­ma­tion plus vite. Ce­la sim­pli­fie la tâche des pharmaciens et, nous l’es­pé­rons, ce­la ré­dui­ra les dé­lais de pé­nu­rie. »

Dans cette pers­pec­tive, le mi­nis­tère de la San­té a pré­vu dans la loi de san­té qui vient d’être vo­tée un dis­po­si­tif de sur­veillance pour les mé­di­ca­ments d’in­té­rêt ma­jeur. Il contraint les la­bo­ra­toires à mettre en place, à froid, un plan de ges­tion de la pé­nu­rie. Les gros­sistes ré­par­ti­teurs, eux, n’au­ront plus le droit d’ex­por­ter cer­tains pro­duits sans avoir un stock suf­fi­sant.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.