Nou­velle ar­naque au paie­ment en ligne

Des édi­teurs uti­lisent un ser­vice de paie­ment sans carte bleue pour es­cro­quer des abon­nésd’opé­ra­teurs­té­lé­pho­niques.

Le Parisien (Paris) - - ÉCONOMIE - L’As­so­cia­tion fran­çaise mul­ti­mé­dia mo­bile (AFMM) ER­WAN BE­NE­ZET ET VINCENT VÉRIER JU­LIE MAJERCZAK

DES SUR­FAC­TU­RA­TIONS de plu­sieurs di­zaines, voire plu­sieurs cen­taines d’eu­ros ! C’est la mau­vaise sur­prise dé­cou­verte ces der­niers mois par des abon­nés In­ter­net ou té­lé­phone mo­bile. La faute à qui ? A cer­tains édi­teurs peu scru­pu­leux, pré­sents sur les plates-formes des opé­ra­teurs de té­lé­pho­nie pour pro­po­ser leurs pro­duits — le plus sou­vent des mi­ni­jeux, des son­ne­ries, des sites de ren­contre —, et qui n’hé­sitent pas à user de sub­ter­fuges tech­niques pour trom­per les clients. L’af­faire a été ré­vé­lée hier par France In­fo.

Com­ment s’y prennent-ils ? En pas­sant par In­ter­net +, une so­lu­tion de mi­cro­paie­ment en ligne plus ou moins im­po­sée par les opé­ra­teurs, qui per­met de se pas­ser de la carte bleue. Les mon­tants sont di­rec­te­ment ajou­tés sur l’abon­ne­ment. Sauf que de nom­breux usa­gers ont été dé­bi­tés pour des pro­duits qu’ils n’avaient pas ache­tés. Un clic mal­en­con­treux sur une ban­nière pu­bli­ci­taire suf­fi­rait à dé­clen­cher une opé­ra­tion de pré­lè­ve­ment. Tom­ber dans le piège est donc très fa­cile. En sor­tir, c’est une autre paire de manches. Et se faire rem­bour­ser aus­si.

Les opé­ra­teurs ont pour­tant leur part de res­pon­sa­bi­li­té. Chez Orange et SFR, la fonc­tion In­ter­net + est ac­ti­vée par dé­faut. Idem chez Bouygues Te­le­com, mais uni­que­ment sur le mo­bile. Seul Free de­mande de cli­quer sur une op­tion pour l’uti­li­ser. « Le ser­vice est peut-être vic­time de quelques mar­gou­lins, re­con­naît-on chez Orange. Mais c’est seule­ment après consta­ta­tion des faits que l’on peut ré­gu­ler. » De son cô­té, Bouygues es­time que la fraude est tech­ni­que­ment im­pos­sible. « Le client doit cli­quer pour va­li­der un achat, jus­ti­fie la di­rec­tion. Et il re­çoit en­suite une confir­ma­tion. » Joint à plu­sieurs re­prises, SFR n’a pas ré­pon­du à nos sol­li­ci­ta­tions.

L’As­so­cia­tion fran­çaise mul­ti­mé­dia mo­bile (AFMM), au­près de la­quelle les édi­teurs ont si­gné une charte dé­on­to­lo­gique, re­con­naît en tout cas un pro­blème : « Les dif­fi­cul­tés avec l’op­tion In­ter­net + ont com­men­cé à ap­pa­raître au dé­but de l’an­née. Cer­tains édi­teurs sont ef­fec­ti­ve­ment mal­hon­nêtes. » Mais elle avoue ne pas avoir suf­fi­sam­ment de moyens pour les contrer. « La plu­part du temps, l’es­cro­que­rie est dif­fi­cile à dé- tec­ter. Nous ef­fec­tuons des contrôles aléa­toires, mais ce­la re­pré­sente un tra­vail ti­ta­nesque. Et nous n’avons qu’une per­sonne à temps plein pour réa­li­ser ces contrôles. »

Ju­ri­di­que­ment, l’af­faire est dé­li­cate. « Si la loi in­ter­dit aux opé­ra­teurs de co­cher les op­tions payantes, ex­plique-t-on au ca­bi­net du se­cré­taire d’Etat au Com­merce, il s’agit dans ce cas pré­cis d’une op­tion qui ne fait que sim­pli­fier le paie­ment. » En l’état, ce­la ne tombe donc pas sous le coup de la loi. « La DGCCRF (NDLR : Di­rec­tion gé­né­rale de la concur­rence, de la consom­ma­tion et de la ré­pres­sion des fraudes) va re­gar­der s’il n’y a pas un pro­blème de loyau­té de l’in­for­ma­tion don­née à l’usa­ger », pré­cise-t-on en­core du cô­té du mi­nis­tère.

les abon­nés de Net­flix, Ca­nalP­lay, Dee­zer ou de tout autre ser­vice au­dio­vi­suel en ligne : il se­ra bien­tôt pos­sible de re­gar­der des films ou des matchs de foot, d’écou­ter de la mu­sique même en voyage d’af­faires ou en va­cances dans un autre pays de l’Union eu­ro­péenne. La Com­mis­sion eu­ro­péenne a mis hier sur la table une ré­forme lé­gis­la­tive pour faire sau­ter le ver­rou ter­ri­to­rial qui li­mite l’ac­cès aux ser­vices en ligne quand l’abon­né est tem­po­rai­re­ment à l’étran­ger.

Cette « por­ta­bi­li­té » des abon­ne­ments nu­mé­riques se­ra obli­ga­toire et vise tous les ser­vices de conte­nus sur In­ter­net. L’ob­jec­tif est qu’elle soit ef­fec­tive en 2017. Pour ce­la, la ré­forme doit être adop­tée par le Par­le­ment eu­ro­péen et le Con­seil (re­pré­sen­tant les Etats membres). Même si rien ne le pré­cise dans le texte, l’im­pact sur le prix des abon­ne­ments de­vrait être li­mi­té car les coûts se­ront « mar­gi­naux » pour les four­nis­seurs de ser­vices, se­lon la Com­mis­sion. Pour li­mi­ter les abus, le texte en­cadre la por­ta­bi­li­té. L’abon­ne­ment doit être pris dans le pays de ré­si­dence ha­bi­tuel, et le four­nis­seur de ser­vice de­vra au­then­ti­fier ses uti­li­sa­teurs (fac­ture d’élec­tri­ci­té…). Quant au ca­rac­tère tem­po­raire du sé­jour à l’étran­ger, la du­rée est lais­sée à l’ap­pré­cia­tion des four­nis­seurs.

Un mar­ché en plein es­sor

Ces contraintes visent sur­tout à ne pas dé­sta­bi­li­ser le mo­dèle éco­no­mique de la créa­tion au­dio­vi­suelle et mu­si­cale. Re­po­sant sur un sys­tème d’ex­clu­si­vi­té des droits d’ex­ploi­ta­tion pays par pays, il se­rait mis à mal avec la sup­pres­sion des fron­tières.

La ré­forme s’adresse à un pu­blic en­core as­sez li­mi­té d’Eu­ro­péens qui voyagent (en moyenne, 35 % des Eu­ro­péens passent au moins dix jours par an dans un autre pays de l’UE). Mais le mar­ché est en pleine crois­sance. En 2013, les abon­ne­ments à des ser­vices de vi­déo en ligne ont aug­men­té de 147 % dans l’UE.

« La plu­part du temps, l’es­cro­que­rie est dif­fi­cile

à dé­tec­ter »

(LP.)

L’op­tion In­ter­net+ peut être à l’ori­gine d’es­cro­que­ries. Les opé­ra­teurs tra­di­tion­nels ont leur part de res­pon­sa­bi­li­té.

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