D’un vil­lage d’Al­sace au

Foued Mo­ha­med-Ag­gad a été iden­ti­fié comme le troi­sième as­saillant du Ba­ta­clan. C’est sa com­pagne qui a an­non­cé sa mort à la mère du jeune homme.

Le Parisien (Paris) - - TERRORISME - L’avo­cate de la mère de Foued Mo­ha­med-Ag­gad STÉ­PHANE SEL­LA­MI ET ERIC PEL­LE­TIER

« TON FILS est mort en mar­tyr avec ses frères le 13 no­vembre. » Par ces mots gla­çants, en­voyés le 28 no­vembre par SMS quelque part en Syrie, Fa­ti­ma, 48 ans, la mère de Foued Mo­ha­med-Ag­gad, a ap­pris la mort de son fils ca­det de 23 ans. Il est le troi­sième et der­nier ter­ro­riste iden­ti­fié du Ba­ta­clan, après Sa­my Ami­mour, 28 ans, et Is­maël Omar Mos­te­faï, 29 ans.

C’est l’épouse du ka­mi­kaze, qui était par­tie le re­joindre en zone de com­bat où elle a don­né nais­sance à une pe­tite fille, qui a adres­sé ce fu­nèbre tex­to qu’elle conclut de ma­nière la­co­nique : « On m’a rap­por­té les af­faires per­son­nelles de ton fils. »

De­puis, les en­quê­teurs de la sec­tion an­ti­ter­ro­riste (SAT) de la bri­gade cri­mi­nelle de Pa­ris tentent de re­tra­cer le « che­min » em­prun­té par Foued Mo­ha­medAg­gad, fi­ché S, pour ren­trer en France en toute dis­cré­tion com­mettre la tue­rie du 13 no­vembre. Afin de vé­ri­fier qu’il était bien l’homme sur le­quel ils cher­chaient à mettre un nom, les po­li­ciers ont pro­cé­dé pour com­pa­rai­son au pré­lè­ve­ment de l’em­preinte gé­né­tique de sa mère. Fa­ti­ma, née à Ou­j­da au Ma­roc et do­mi­ci­liée à Wis­sem­bourg (Bas-Rhin), a alors su en fin de se­maine que le tex­to di­sait vrai et qu’elle ne re­ver­rait plus son fils ca­det. Son aî­né, Ka­rim, 25 ans, lui aus­si hap­pé par le ji­had, est ac­tuel­le­ment in­car­cé­ré à Fresnes (Val-de-Marne).

Ce der­nier — par­ti en Syrie en dé­cembre 2013 avec Foued et huit autres amis d’en­fance ori­gi­naires de Stras­bourg — s’en­qué­rait, de­puis son re­tour et son in­ter­pel­la­tion, de son pe­tit frère res­té là-bas dans les rangs de l’Etat is­la­mique. Aux ques­tions in­sis­tantes de Ka­rim, Fa­ti­ma ré­pon­dait : « Foued ne me ra­conte rien. » Une fois, avait-il confié à sa mère, il avait « sé­jour­né chez un Sy­rien dans une grande mai­son avec pis­cine ». « Il ne me dit pas ce qu’il fait de ses jour­nées », ré­pé­tait in­las­sa­ble­ment cette mère de quatre en­fants, di­vor­cée de­puis 2007 du père de ses deux gar­çons. En mai pour­tant, Fa­ti­ma avait pré­ci­sé à Ka­rim que Foued se connec­tait avec elle « tous les jours, dès son ré­veil ». Mère, fils et soeurs es­pé­raient le re­tour de Foued en France, alors que ce der­nier avait pour­tant ex­pri­mé sa vo­lon­té de mou­rir en « ka­mi­kaze en Irak »…

Fa­ti­ma s’était mo­bi­li­sée pour le re­tour de son fils en lui adres­sant de l’ar­gent, pour « payer quel­qu’un qui l’aide à se bar­rer ». « Peu im­porte qu’il aille en taule en France », es­ti­mait-elle, es­pé­rant le re­voir vi­vant. Mais le temps pas­sait, sans re­tour. « Il ne peut tou­jours pas sor­tir du pays, avait in­di­qué Fa­ti­ma à l’une de ses filles. Je ne lui pose plus de ques­tions. »

Sol­li­ci­tée hier, l’avo­cate de Fa­ti­ma, Me Fran­çoise Cot­ta, a es­ti­mé que Foued « a lar­gué sa famille d’ici et de là-bas. Son pro­ces­sus de ra­di­ca­li­sa­tion a été ra­pide, quelques mois ». No­tam­ment sur In­ter­net mais aus­si au cours de week-ends de « ré­flexion », du cô­té de Lyon, or­ga­ni­sés par Mou­rad Fa­rès (lire ci-contre). Ce der­nier, ori­gi­naire de Haute-Sa­voie et in­car­cé­ré en France de­puis sep­tembre 2014 après son re­tour de Syrie, est pré­sen­té comme l’un des prin­ci­paux re­cru­teurs de ji­ha­distes fran­çais.

« Son pro­ces­sus de ra­di­ca­li­sa­tion a été ra­pide, quelques mois »

Foued Mo­ha­medAg­gad, (ci-des­sus en Syrie et à droite plus jeune), 23 ans, était par­ti faire le ji­had avec son grand frère et huit amis d’en­fance en 2013. Il a gran­di à Wis­sem­bourg où il vi­vait dans cette mai­son (à gauche) avec sa mère.

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