Elle masse les stars NBA

L’an­cienne gym­naste Do­ris Mar­tel, ori­gi­naire de Thiais, est de­ve­nue la « ki­né » des Clip­pers, les bas­ket­teurs de Los An­geles.

Le Parisien (Paris) - - SPORTS ILE-DE-FRANCE - Do­ris Mar­tel, mas­seuse thé­ra­peu­tique des Los An­geles Clip­pers Do­ris Mar­tel à pro­pos des joueurs ÉRIC MI­CHEL

SON HIS­TOIRE res­semble à un conte de fées qui ne dé­pa­re­rait pas avec les su­per­pro­duc­tions du quar­tier proche de là où elle ré­side à Los An­geles. Do­ris Mar­tel est née à Thiais (Val-de-Marne), il y a trente-quatre ans. An­cienne gym­naste ryth­mique de haut ni­veau dans sa ville na­tale, elle est au­jourd’hui la « ki­né » — « mas­seuse thé­ra­peu­tique » aux Etats-Unis — des Los An­geles Clip­pers, la fran­chise NBA, le cham­pion­nat nord-amé­ri­cain de basket. Dans ses mains ex­pertes passent chaque jour des géants comme Ch­ris Paul, Paul Pierce, Ja­mal Craw­ford, DeAndre Jor­dan ou Blake Grif­fin.

La nuit der­nière, elle était à Mil­wau­kee. Ce soir, elle est à Chi­ca­go où les Clip­pers af­frontent les Bulls du Fran­çais Joa­kim Noah. Les su­per­stars de la NBA n’ont au­cun se­cret pour elle. « Ce sont tous de grands bé­bés. Ils ont 20-25 ans, sont mil­lion­naires, ont toutes les filles à leurs pieds. Ils me consi­dèrent comme leur grande soeur, leur ma­man ou leur nou­nou. Dans l’in­ti­mi­té du ca­bi­net, ils me confient leurs joies, leurs peines per­son­nelles ou pro­fes­sion­nelles. Je suis leur psy. Je ne les vois pas comme des su­per­stars : ce sont des hommes que je cô­toie tous les jours. Blake Grif­fin, je le connais de­puis qu’il est roo­kie ( NDLR : dé­bu­tant). Ça casse toutes les bar­rières », confie la thé­ra­peute, qui a aus­si mon­té avec son ami d’en­fance Ma­ryam Ka­baA­froVives*, un concept de danse afro et de fit­ness ins­tal­lé à Pa­ris, LA et Rio.

Do­ris Mar­tel n’est pas une ki­né comme on l’en­tend de ce cô­té-ci de l’At­lan­tique. « Les fran­chises NBA n’en ont pas. Je suis une mas­seu­se­thé­ra­peute-ki­né, Soft Tissue The­ra­pist (NDLR : thé­ra­peute du tis­su mou). Je suis la seule femme à ma connais­sance à faire ça en NBA. » Une par­ti­cu­la­ri­té dans un pays où la pu­deur est un su­jet épi­neux. « Je suis très fran­çaise de men­ta­li­té. Je peux me ba­la­der au mi­lieu du ves­tiaire sans que ce­la pose le moindre pro­blème. Une Amé­ri­caine ne pour­rait pas. » Celle qui a aus­si mas­sé lors de leur pas­sage en Ca­li­for­nie Gad El­ma­leh ou Omar Sy est de­ve­nue in­dis­pen­sable. Les Clip­pers est la fran­chise NBA qui a le moins de joueurs bles­sés de­puis un an. « Je soigne et pré­viens tous leurs pe­tits bo­bos : contrac­tures, en­torses, dou­leurs ch­ro­niques. Je suis là aus­si pour amé­lio­rer leurs per­for­mances. Avant chaque match, Ja­mal Craw­ford et Blake ( Grif­fin) ont be­soin que je m’oc­cupe sys­té­ma­ti­que­ment d’eux. Ils sont comme des voi­tures de luxe qu’il faut ré­vi­ser et ré­gler avant une course. Blake en a be­soin pour son shoot : si je ne le fais pas, il rate son match. »

Pour avoir cette chance, Do­ris n’a pas fait d’études dans de grandes écoles pa­ri­siennes. Quand elle est ar­ri­vée aux Etats-Unis, il y a neuf ans, elle ne par­lait pas an­glais et n’avait ja­mais tor­du un corps dans tous les sens. Si­non, le sien sur les poutres de la gym. « J’ai pas­sé des va­cances il y a dix ans en Ca­li­for­nie. Je me suis dit : Je reste ici. » Elle l’a fait, mais ça n’a pas été simple. Pour vivre, la Pa­ri­sienne a mul­ti­plié les pe­tits bou­lots : ba­by-sitting, cours de fran­çais, de danse. « Mais j’ai vé­cu le vrai rêve amé­ri­cain. Un jour, je me suis bles­sée sé­rieu­se­ment à un ge­nou. J’ai ren­con­tré un mas­seur qui m’a soi­gnée en trois séances. J’ai dit : Je veux faire ça. » Elle a pris des cours et ça a pris du temps jus­qu’à sa ren­contre avec deux hommes qui ont chan­gé sa vie : Mar­ko Yr­jo­vuo­ri, le ki­né fin­lan­dais des La­kers (l’autre club de Los An­geles), et Ron­ny Tu­riaf, le pi­vot fran­çais de LA à l’époque. Les deux l’ont pré­sen­té au staff des Clip­pers. C’était en 2013. Mais elle n’ou­blie pas ses ori­gines « Je suis fière d’être fran­çaise. Les joueurs le savent. Au mo­ment des at­ten­tats, ils m’ont de­man­dé si mes proches étaient en sécurité. Ils étaient sin­cè­re­ment tou­chés. » 10 000 km la sé­parent de sa famille res­tée en ré­gion pa­ri­sienne. Elle n’ex­clut pas de les re­joindre un jour. No­tam­ment si le PSG lui passe un coup de fil pour re­mettre ses stars d’aplomb comme elle le fait chaque jour à Hol­ly­wood.

« Je suis leur grande soeur, leur ma­man, leur nou­nou »

« Ils sont comme des voi­tures de luxe qu’il faut ré­gler avant une course »

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Do­ris Mar­tel vit son rêve

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