La gauche pousse Ber­trand de­vant Le Pen

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - PHI­LIPPE MARTINAT

LE RE­TRAIT de la liste de gauche a tout chan­gé. Don­né net­te­ment bat­tu dans les in­ten­tions de vote en cas de tri­an­gu­laire, Xa­vier Ber­trand (les Ré­pu­bli­cains) l’em­por­te­rait par 52 % contre 48 % face à Ma­rine Le Pen, se­lon notre son­dage Odoxa. Comme Ch­ris­tian Es­tro­si, pla­cé dans une si­tua­tion iden­tique dans le Sud, le can­di­dat LR dans la ré­gion Nord-Pas-deCa­lais - Pi­car­die bé­né­fi­cie­rait à plein du dé­sis­te­ment et de l’ap­pel de la gauche à vo­ter pour lui, afin de faire bar­rage au Front na­tio­nal. En re­vanche si 24 % des abs­ten­tion­nistes du 1er tour viennent à la res­cousse d’Es­tro­si (contre 14 % seule­ment à Ma­rion Maréchal-Le Pen), ce ré­ser­voir de voix sup­plé­men­taires se ré­par­tit de ma­nière qua­si égale dans le nord entre Ber­trand (21 %) et Ma­rine Le Pen (18 %).

nL’écart reste ul­tra mince

Xa­vier Ber­trand au­rait ce­pen­dant tort de s’en­dor­mir sur ses lau­riers vir­tuels. Il ne bé­né­fi­cie que d’une courte avance de deux points au-des­sus de la barre des 50 %. Ce qui cor­res­pond exac­te­ment… à la marge de 2 % d’er­reur ad­mise des son­dages. Une vic­toire de Ma­rine Le Pen reste donc tout à fait pos­sible. Si le can­di­dat de la droite dis­pose na­tu­rel­le­ment de 93 % de re­ports de ses propres élec­teurs du pre­mier tour (92 % pour Ma­rine Le Pen), ce sont ceux de gauche qui lui per­met­traient de rat­tra­per son re­tard de 15 points en­re­gis­tré di­manche der­nier. Ber­trand bé­né­fi­cie du re­port de 50 % des élec­teurs PS, de 51 % d’EELV et de 47 % du Front de gauche. Les deux ad­ver­saires font jeu égal au­près des abs­ten­tion­nistes du pre­mier tour.

nDé­mo­bi­li­sa­tion

Dans une pers­pec­tive aus­si ser­rée, les son­dages pour­raient avoir un ef­fet per­vers : ce­lui de dé­mo­bi­li­ser une par­tie des élec­teurs de la droite et sur­tout de gauche qui, après avoir tant re­dou­té une vic­toire du FN, pour­raient croire le dan­ger écar­té et res­ter chez eux di­manche. Chaque camp doit se rap­pe­ler qu’un son­dage, simple pho­to­gra­phie du rap­port de force au­jourd’hui, ne pré­dit pas le ré­sul­tat de l’élec­tion. A l’in­verse, la suc­ces­sion de mau­vais son­dages pour le FN (le troi­sième après Paca, le Nord et le Grand Est) pour­rait avoir pour ef­fet de pro­vo­quer un sur­saut dans l’élec­to­rat fron­tiste. Pour ne pas frois­ser ses nou­veaux élec­teurs de gauche, Ber­trand a de­man­dé à Ni­co­las Sar­ko­zy de re­non­cer à ve­nir le sou­te­nir. Il sait que si ces sym­pa­thi­sants de gauche se pré­parent à vo­ter pour lui, c’est par re­jet de son ad­ver- saire. Ain­si les élec­teurs PS dé­clarent que la rai­son prin­ci­pale de leur vote au se­cond tour se­ra à 62 % la ré­pul­sion pour le FN. Hier, le cen­triste JeanLouis Bor­loo, an­cien maire de Va­len­ciennes, est ve­nu lui ap­por­ter son sou­tien. Un ap­pui qui rentre par­fai­te­ment dans la stra­té­gie de Ber­trand. Ma­rine Le Pen, qui avait dé­cla­ré au soir du 1er tour ne rien vou­loir chan­ger à sa cam­pagne, a com­pris le dan­ger. Hier, elle a dur­ci le ton sur BFM en dé­non­çant à nou­veau « le sys­tème » et en pro­met­tant de « pour­rir la vie du gou­ver­ne­ment ». Ob­jec­tif : re­mo­bi­li­ser les abs­ten­tion­nistes.

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