Trump af­fole son camp

Le milliar­daire, qui pro­pose de fer­mer les fron­tières amé­ri­caines aux mu­sul­mans, écrase ses ri­vaux dans les son­dages.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - New York (Etats-Unis) De notre cor­res­pon­dante GÉ­RAL­DINE WOESSNER

OÙ CETTE « FO­LIE » s’ar­rê­te­ra-telle ? À la lec­ture du der­nier son­dage pu­blié hier (« New York Times »-CBS), l’Amé­rique « rai­son­nable » se frappe le front. Le tru­blion Do­nald Trump y est cré­di­té de 35 % des in­ten­tions de vote par­mi les sym­pa­thi­sants ré­pu­bli­cains, au plus haut de­puis le lan­ce­ment de sa cam­pagne, et loin de­vant son plus proche ad­ver­saire, le sé­na­teur Ted Cruz, qui pla­fonne à 16 %. A deux mois du lan­ce­ment de la course à l’in­ves­ti­ture pour l’élec­tion pré­si­den­tielle, un vent de pa­nique tra­verse le camp ré­pu­bli­cain et la so­cié­té amé­ri­caine, en­core son­née par les der­nières ou­trances du milliar­daire.

En pro­po­sant de fer­mer les fron­tières amé­ri­caines à tous les mu­sul­mans, qu’il avait dé­jà sug­gé­ré de fi­cher se­lon leur confes­sion, il a sou­le­vé une tem­pête qui pour­rait le pro­pul­ser vers de nou­veaux som­mets. Car, en dé­pit d’une condam­na­tion una­nime des prin­ci­paux mé­dias et de ses ad­ver­saires, Trump at­tise une crainte qui s’est ré­veillée de­puis les at­ten­tats de Pa­ris et l’at­taque ter­ro­riste de San Ber­nar­di­no le 2 dé­cembre, en Ca­li­for­nie. Se­lon une étude de l’Ins­ti­tut pu­blic de re­cherche sur les re­li­gions, 76 % des sym­pa­thi­sants ré­pu­bli­cains es­timent que l’is­lam est in­com­pa­tible avec le mode de vie amé­ri­cain, un sen­ti­ment aus­si par­ta­gé par 43 % des dé­mo­crates. Et Do­nald Trump, pour at­ti­ser les peurs, n’hé­site pas à en faire des tonnes : « Il y a des en­droits à Pa­ris qui sont si ra­di­ca­li­sés que la po­lice n’ose plus y al­ler… Ils n’y vont plus ! Vous vou­lez que ça nous ar­rive ? »

Risque de scis­sion du par­ti

Le camp ré­pu­bli­cain, em­bar­ras­sé, peine à trou­ver la bonne ré­ac­tion. Si ses ri­vaux mo­dé­rés ont clai­re­ment condam­né des pro­pos « in­sen­sés », se­lon Jeb Bush, la plu­part re­fusent la rup­ture, crai­gnant par-des­sus tout une scis­sion du par­ti qui leur fe­rait, à coup sûr, perdre les élec­tions. « Cette ten­sion va s’in­ten­si­fier, c’est in­évi­table », es­time le po­li­to­logue de l’Uni- ver­si­té de Vir­gi­nie Lar­ry Sa­ba­to. « A un mo­ment, le par­ti va de­voir prendre po­si­tion. » Pour l’ins­tant, les ré­pu­bli­cains se rassurent en sou­li­gnant que les son­dages ne font pas l’élec­tion, et en poin­tant les fai­blesses du par­ti dé­mo­crate… Lui aus­si ébran­lé par l’ef­fet Do­nald Trump. « Ba­rack Oba­ma s’est com­plè­te­ment dé­con­nec­té de l’opi­nion sur l’ur­gence de la me­nace po­sée par le groupe Etat Is­la­mique », es­time Josh Krau­shaar, édi­to­ria­liste au « Na­tio­nal Jour­nal ». En prê­chant la to­lé­rance sans pro­po­ser de me­sures pour ren­for­cer la sécurité na­tio­nale, « il a ren­for­cé le sen­ti­ment d’in­sé­cu­ri­té des Amé­ri­cains ». Hilla­ry Clin­ton pour­rait aus­si souf­frir, dans les mois qui viennent, de cette course à la sur­en­chère sé­cu­ri­taire… Qui est de­ve­nue, au re­gret de tous, le pre­mier su­jet de la cam­pagne.

Le milliar­daire Do­nald Trump, can­di­dat à l’in­ves­ti­ture ré­pu­bli­caine, at­tise les peurs des Amé­ri­cains : «Il y a des en­droits à Pa­ris qui sont si ra­di­ca­li­sés que la po­lice n’ose plus y al­ler… Vous vou­lez que ça nous ar­rive ? »

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