Man­ge­ra-t-on du foie

C’est l’un de nos mets pré­fé­rés des fêtes. Mais l’épi­dé­mie, qui conti­nue de s’étendre dans les éle­vages de ca­nards, in­quiète les producteurs. Pas trop les consom­ma­teurs.

Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ - Ma­rie-Pierre Pé, dé­lé­guée du Ci­fog, le co­mi­té in­ter­pro­fes­sion­nel des pal­mi­pèdes à foie gras VÉ­RO­NIQUE MARIBON-FER­RET ET ALINE GÉ­RARD

LES VO­LA­TILES MA­LADES de la grippe vont-ils gâ­cher notre Noël ? Alors que les Fran­çais s’ap­prêtent à souf­fler un peu, pour les fêtes de fin d’an­née, l’In­fluen­za aviaire, ce vi­rus — non trans­mis­sible à l’homme — s’at­taque à nos vo­lailles et en par­ti­cu­lier à nos pal­mi­pèdes en­grais­sés, rois des tables de ré­veillon. De­puis le pre­mier foyer de conta­mi­na­tion dé­cou­vert dans un pou­lailler de Bi­ras, en Dor­dogne, le 24 no­vembre, la liste d’éle­vages tou­chés et dé­ci­més par pré­cau­tion ne cesse de s’al­lon­ger. On en comp­tait 12 au to­tal hier soir (voir l’in­fo­gra­phie ci-contre). Tous dans ce Sud-Ouest qui four­nit à lui seul près des trois quarts du foie gras fran­çais (72 % de la production).

Vien­dra-t-il à man­quer ? Se­ra-t-il bou­dé alors que 79 % des Fran­çais consi­dèrent que ce met fin et luxueux est un « in­con­tour­nable » des fêtes* ? « Ce­la re­ti­re­ra très peu de pro­duits frais », a cal­cu­lé le mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture, qu’il s’agisse des pou­lets, des cha­pons es­sen­tiel­le­ment éle­vés en hi­ver, ou des ca­nards et des oies pour­tant dé­jà abat­tus par mil­liers. Quelque 40 000 bêtes ont été éli­mi­nées.

« Pour l’ins­tant, ça va, les Fran­çais ne se­ront pas pri­vés de foie gras », ras­sure aus­si d’un sou­rire Ma­rie-Pierre Pé, dé­lé­guée du Ci­fog, le Co­mi­té in­ter­pro­fes­sion­nel des pal­mi­pèdes à foie gras… Tout en rap­pe­lant que ce vi­rus « ne pré­sente au­cun risque ali­men­taire » pour les consom­ma­teurs, que les pro­duits soient en conserve ou frais. Les producteurs « ne sont pas alar­més », ajoute-t-elle, mais toute la fi­lière épie les ré­ac­tions des consom­ma­teurs en cette pé­riode (no­vembre et dé­cembre) où s’écoule 60 % de la production. L’exemple du Ja­pon, pre­mier im­por­ta­teur de foie gras fran­çais cette an­née, qui a dé­ci­dé de pros­crire ce met, « peut trou­bler » les ache­teurs fran­çais, re­mar­quet-on au mi­nis­tère.

A Pé­ri­gueux, près de la pre­mière zone tou­chée en Dor­dogne, les clients ren­con­trés ne ma­ni­festent pour­tant pas d’in­quié­tude. Et à Pa­ris, « les achats ont dé­jà bien com­men­cé, les gens prennent leurs dis­po­si­tions pour évi­ter la co­hue des der- niers jours. Les bou­tiques spé­cia­li­sées comme la Com­tesse du Bar­ry, La­fitte ou les Ducs de Gas­cogne ont dé­jà eu beau­coup de monde le week-end der­nier », ob­serve Ma­rie-Pierre Pé. Du coup, les prix n’ont guère bou­gé. « Il y a tou­jours des opé­ra­tions pro­mo­tion­nelles à Noël, mais rien d’au­tre­pour le mo­ment, ajoute la spé­cia­liste. On ver­ra si les gens boudent… »

On ver­ra aus­si si les pro­duits sont tou­jours en nombre sur les étals en fin d’an­née et au-de­là. « L’in­ci­dence de l’épi­dé­mie sur les éta­lages pour­rait ar­ri­ver plus tard car il va fal­loir dé­con­ta-

« Les achats ont dé­jà

bien com­men­cé »

mi­ner tous ces éle­vages et la re­lance des ex­ploi­ta­tions prend du temps », sou­ligne-t-on au mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture. D’au­tant que d’autres foyers pour­raient être concer­nés. « Pour l’ins­tant, on es­saie de me­su­rer quelle est l’éten­due de l’épi­dé­mie, pré­cise Jean-Luc Gué­rin, vi­ro­logue. Ce­la peut prendre plu­sieurs se­maines voire plu­sieurs mois pour re­trou­ver une si­tua­tion saine. » * En­quête Ci­fog/CSA, me­née en oc­tobre 2015 au­près de 1 004 Fran­çais âgés de 18 ans et plus.

(LP/Pa­trick Ber­nard.)

Pé­ri­gueux (Dor­dogne), mer­cre­di. Alain (à droite), 70 ans, est ve­nu vendre sa production au mar­ché au gras. « Eh oui, ça in­quiète quand même cette grippe aviaire », constate cet éle­veur de ca­nards et d’oies.

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