« J’ai peur pour mon pe­tit frère »

Comme cette jeune fille, les ha­bi­tants de la Mei­nau à Stras­bourg sont sous le choc après la ré­vé­la­tion qu’un des ka­mi­kazes du Ba­ta­clan fai­sait par­tie d’un groupe de jeunes, dont cer­tains du quar­tier, par­tis en Syrie en 2013.

Le Parisien (Paris) - - TERRORISME - Stras­bourg (Bas-Rhin) De nos en­voyés spé­ciaux

DANS LE BROUILLARD épais qui en­toure les im­meubles, les ha­bi­tants pressent le pas, sai­sis par le froid. A la Mei­nau, quar­tier clas­sé zone ur­baine sen­sible (ZUS) de Stras­bourg, il est pour­tant un su­jet qui, mal­gré les tem­pé­ra­tures hi­ver­nales, sus­cite im­man­qua­ble­ment la dis­cus­sion. « Les ma­mans en parlent entre elles, il y a tou­jours chez elles cette pe­tite crainte de se dire : et si mon fils par­tait lui aus­si ? », ré­sume Fa­ti­ma, qui s’at­tarde pour évo­quer le fléau de la ra­di­ca­li­sa­tion. A 31 ans, la jeune femme, por­tant voile et robe longue, avoue pour sa part ne pas com­prendre com­ment des jeunes peuvent choi­sir d’al­ler com­battre en Syrie dans les rangs du groupe ter­ro­riste Etat is­la­mique (EI). « Le ji­had, c’est se­lon le Co­ran une lutte contre soi-même pour s’amé­lio­rer en tant qu’être hu­main… Ceux-là n’ont vrai­ment rien com­pris. » bre — est ve­nue rap­pe­ler l’ur­gence de la pré­ven­tion. Mou­na, 18 ans, ne rate au­cun dé­bat or­ga­ni­sé par le col­lec­tif. « On est vrai­ment libres de par­ler, d’évo­quer ce qu’on lit sur les ré­seaux so­ciaux… L’imam et les ani­ma­teurs du centre cultu­rel passent en­suite le temps qu’il faut pour dé­cons­truire un à un les ar­gu­ments. »

Mou­na, in­quiète pour son pe­tit frère de 15 ans, l’a d’ailleurs traî­né « au sens propre » à plu­sieurs dé­bats. Elle connais­sait per­son­nel­le­ment Yas­sine, l’un des jeunes dé­cé­dés en Syrie. « Je le vois en­core le jour de son dé­part avec ses sacs me dire qu’il par­tait en va­cances à Du­baï ! On n’a ja­mais com­pris com­ment il avait pu être em­bri­ga­dé… Au contraire, c’était le genre à faire la mo­rale, à nous ex­pli­quer qu’il ne faut pas faire de mal à sa famille. C’est à la fois triste et in­com­pré­hen­sible. »

(LP/Yann Fo­reix.)

Stras­bourg (Bas-Rhin), hier. Mou­na, 18 ans, ha­bi­tante du quar­tier de la Mei­nau, ne rate au­cun dé­bat or­ga­ni­sé par le col­lec­tif d’as­so­cia­tions né après le dé­part de dix jeunes en Syrie, et qui a fait de la pré­ven­tion de la ra­di­ca­li­sa­tion une prio­ri­té.

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