Au Ba­ta­clan, la vie re­prend ses droits

Le Parisien (Paris) - - TERRORISME - NACIM CHIKH

C’EST UN BOUT de trot­toir pa­ri­sien de­ve­nu un lieu de re­cueille­ment, un mau­so­lée. Près d’un mois après les at­taques du 13 no­vembre, la de­van­ture du Ba­ta­clan dans le XIe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris conti­nue d’at­ti­rer la foule. Les re­gards sont hap­pés, comme hyp­no­ti­sés, un flux d’ano­nymes dé­file de­vant la salle de spec­tacles pour se re­cueillir, dé­po­ser des fleurs et prendre des pho­tos. En si­lence. « Im­pos­sible de ve­nir à Pa­ris sans pas­ser par ici, ex­plique un couple turc en va­cances. Nous avons dé­po­sé des fleurs, j’es­père qu’elles res­te­ront là un mo­ment. »

Mais, de­puis hier, l’am­biance a chan­gé. Les ser­vices de la ville ont com­men­cé à dé­blayer le par­terre de fleurs et de mes­sages qui jonche le sol du quar­tier.

Les agents « ont agi avec beau­coup d’hu­ma­ni­té et de pré­cau­tion, se­lon Ray­monde, 71 ans, qui ha­bite le quar­tier de­puis douze ans. Ils ont d’abord tout re­ti­ré, puis ont re­mis en place les fleurs fraîches, les dra­peaux et les bou­gies », ra­conte-t-elle. Cette re­trai­tée se ré­jouit que l’en­trée du Ba­ta­clan ait été pré­ser­vée : « C’est im­por­tant qu’il reste quelque chose. Tout le monde n’a pas tour­né la page, et ce se­rait trop violent de tout en­le­ver d’un coup. »

Les mes­sages se­ront sé­chés et nu­mé­ri­sés

« Il faut com­men­cer à li­bé­rer un peu d’es­pace, no­tam­ment sur les trot­toirs aux alen­tours des lieux des at­ten­tats. C’est une de­mande des ri­ve­rains », ex­plique Bru­no Jul­liard, pre­mier ad­joint à la mai­rie de Pa­ris. Car nom­breux sont ceux à être « im­pa­tients d’en fi­nir », comme Ma­thilde, qui tra­vaille dans une agence de com­mu­ni­ca­tion bou­le­vard Vol­taire (XIe). « Je passe de­vant le Ba­ta­clan tous les jours et je n’en peux plus de voir toutes ces fleurs, tous ces mes­sages, qui rap­pellent la bar­ba­rie qui a frap­pé ici. Tant que la rue se­ra re­cou­verte, je ne peux pas pas­ser à autre chose », se dé­sole-t-elle.

Mais pas ques­tion de je­ter ces mor­ceaux d’his­toire, sym­boles de la so­li­da­ri­té des Pa­ri­siens avec les vic­times. « Nous avons com­men­cé à prendre des pho­tos de tous les lieux d’hom­mage dès la se­maine sui­vant les at­ten­tats, ra­conte Guillaume Na­hon, di­rec­teur des Ar­chives de Pa­ris. Main­te­nant, nous ré­cu­pé­rons les pan­neaux et les mes­sages, qu’il va fal­loir sé­cher puis nu­mé­ri­ser. » Cette res­source in­édite, qui in­té­resse aus­si les so­cio­logues et dont le trai­te­ment pren­dra au moins « plu­sieurs mois », « pour­rait être ex­po­sée au mu­sée Car­na­va­let. Ces at­ten­tats font dé­sor­mais par­tie de notre his­toire com­mune », avance Bru­no Jul­liard.

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