L’ivoire dor­mait dans des va­lises

Un couple de Viet­na­miens fai­sant par­tie d’une fi­lière chi­noise a été in­ter­pel­lé à Rois­sy dans le cadre d’une sai­sie re­cord.

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - NA­THA­LIE RE­VE­NU

95 KG D’IVOIRE dor­maient dans quatre va­lises : des dé­fenses d’élé­phant dé­bi­tées en tron­çons, des cen­taines de bra­ce­lets en ivoire brut et des lots de ba­guettes chi­noises. La plus « im­por­tante sai­sie d’ivoire à Rois­sy sur des pas­sa­gers » avait été soi­gneu­se­ment condi­tion­née : les ser­rures des ba­gages étaient so­li­de­ment ri­ve­tées et plu­sieurs couches de film plas­tique étaient en­rou­lées au­tour de ces coffres-forts.

Lun­di, les doua­niers de Rois­sy sont in­tri­gués par ces co­lis trop bien fi­ce­lés en par­tance pour le Viêt Nam. Leurs pro­prié­taires, un couple de res­sor­tis­sants viet­na­miens, sont en tran­sit en France avec leur pré­cieux et lourd bu­tin, via un vol en pro­ve­nance d’Ad­dis-Abe­ba (Ethio­pie). Les agents sont in­tri­gués par l’iti­né­raire em­prun­té par les deux Asia­tiques. A l’ori­gine, ils avaient em­bar­qué à Luan­da (An­go­la), et pas­ser par Pa­ris n’est pas le che­min le plus court jus­qu’à l’Asie.

Les pre­mières im­pres­sions des doua­niers sont, en fait, sous-ten­dues par un mi­nu­tieux tra­vail d’in- ves­ti­ga­tion. L’Afrique de l’Ouest est ré­pu­tée pour ali­men­ter le com­merce illé­gal de l’ivoire, in­ter­dit à la vente de­puis 1973 par la conven­tion de Wa­shing­ton qui ré­git le com­merce in­ter­na­tio­nal des es­pèces en voie d’ex­tinc­tion. « De­puis quelques mois, nous avions iden­ti­fié une fi­lière en ob­ser­vant des tra­jets et des pas­sa­gers », ex­plique Gil­bert Bel­tran, chef di­vi­sion­naire des douanes de Rois­sy.

Ache­té 1 000 € le ki­lo brut, re­ven­du sept fois plus cher

Après un ré­cent lou­pé à l’aé­ro­port de Du­blin (Ir­lande), l’étau s’était res­ser­ré au­tour d’une fi­lière viet­na­mienne. « Le Viêt Nam abrite les ate­liers où l’ivoire est re­taillé », in­dique l’en­quê­teur. La des­ti­na­tion en est, en­suite, la Chine, où, une fois ci­se­lés, les ob­jets sont ven­dus à une clien­tèle ai­sée. « En Chine, l’ivoire est un sym­bole de luxe et de puis­sance. Pour la classe moyenne, c’est un mar­queur so­cial », sou­ligne Isa­belle Bous­ta­ni-Di­gno­court, se­cré­taire gé­né­rale des douanes de Rois­sy.

Les bé­né­fices ir­riguent en­suite les ré­seaux cri­mi­nels te­nus par les triades (la ma­fia asia­tique) qui ali­mentent ce ju­teux mar­ché. Ache­té brut sur les zones de bra­con­nage « 1 000 € le ki­lo, l’ivoire re­tra­vaillé est re­ven­du sept fois plus cher », pré­cise la di­rec­tion de la douane. Des gains qui mettent en pé­ril la sur­vie des élé­phants (voir in­fo­gra­phie ci-des­sus).

En juin, 136 kg avaient dé­jà été dé­cou­verts à Rois­sy. Cette fois, les dé­fenses avaient été dis­si­mu­lées dans… des pieds de ta­bou­rets.

Le couple de tra­fi­quants in­ter­pel­lé lun­di a été pla­cé en ré­ten­tion doua­nière, quant aux 95 kg d’ivoire, ils se­ront dé­truits, à l’ex­cep­tion des plus beaux ob­jets qui re­join­dront les col­lec­tions du mu­sée na­tio­nal des Douanes à Bor­deaux.

Aé­ro­port de Rois­sy, hier. Dans des co­lis très bien fi­ce­lés, les doua­niers ont dé­cou­vert des dé­fenses d’élé­phant en tron­çons, ain­si que des cen­taines de bra­ce­lets en ivoire.

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