Une sus­pen­sion qui pose ques­tion

Comme at­ten­du, Noël Le Graët a an­non­cé hier la mise à l’écart des Bleus de Ka­rim Ben­ze­ma sans tou­te­fois lui fer­mer dé­fi­ni­ti­ve­ment la porte pour l’Eu­ro 2016.

Le Parisien (Paris) - - SPORTS - RO­NAN FOL­GOAS (AVEC HA­ROLD MAR­CHET­TI)

LE PRÉ­SIDENT de la Fé­dé­ra­tion fran­çaise de football s’est li­vré hier à un grand nu­mé­ro d’équi­li­briste. Lors d’une confé­rence de presse de qua­rante-cinq mi­nutes or­ga­ni­sée à Pa­ris au siège de la FFF, Noël Le Graët a d’abord ex­pli­qué la me­sure prise à l’en­contre de Ka­rim Ben­ze­ma, mis en exa­men dans l’af­faire de la sex-tape de Ma­thieu Val­bue­na. De­bout, sans filet, avec seule­ment quelques notes dis­si­mu­lées der­rière un pu­pitre, il a en­suite sla­lo­mé entre les ques­tions, se per­met­tant même en fin de par­cours quelques at­taques ver­bales, à peine voi­lées à l’égard du Pre­mier mi­nistre, Ma­nuel Valls, et très vio­lentes en di­rec­tion de Fré­dé­ric Thi­riez (voir ci-des­sous).

nQuelle est la stra­té­gie de Noël Le Graët ?

C’était écrit (voir nos édi­tions du 4 dé­cembre). Le pré­sident de la FFF a dé­ci­dé de mettre Ka­rim Ben­ze­ma (27 ans, 81 sélections) à l’écart de l’équipe de France, sans pour au­tant lui fer­mer la porte de l’Eu­ro, en juin pro­chain. Il s’agit ain­si d’une me­sure pro­vi­soire, d’une du­rée in­dé­ter­mi­née et sus­cep­tible d’évo­luer à tout mo­ment en fonc­tion des évé­ne­ments fu­turs.

« Au­jourd’hui, Ka­rim Ben­ze­ma n’est pas sé­lec­tion­nable, a an­non­cé hier le Bre­ton. Si la si­tua­tion ju­di­ciaire n’évo­lue pas, il ne se­ra pas sé­lec­tion­nable au mois de mars, ni au mois de juin-juillet. »

Cette ma­nière de pro­cé­der, en de­hors de tout cadre ré­gle­men­taire pré­cis, consti­tue une grande pre­mière dans les an­nales du football fran­çais. Jus­qu’à pré­sent, les joueurs of­fi­ciel­le­ment écar­tés des sélections na­tio­nales avaient fait l’ob­jet au préa­lable d’une sanc­tion dis­ci­pli­naire. Dans le cas pré­sent, le pré­sident de la FFF a choi­si, en fait, de re­mettre l’ave­nir in­ter­na­tio­nal de l’at­ta­quant des Bleus entre les mains de la juge Na­tha­lie Bou­tard, en charge du dos­sier. Le Graët au­rait pu condi­tion­ner le re­tour de Ben­ze­ma chez les Bleus à la re­con­nais­sance par la jus­tice de son in­no­cence, via un non-lieu. Un idéal mo­ral et éthique aus­si loin­tain qu’in­cer­tain. Beau­coup plus prag­ma­tiques, Noël Le Graët et les ser­vices ju­ri­diques de la FFF ont donc fixé la barre bien plus bas. De­puis sa mise en exa­men le 5 no­vembre pour « com­pli­ci­té de ten­ta­tive de chan­tage » et « par­ti­ci­pa­tion à une as­so­cia­tion de mal­fai­teurs », Ben­ze­ma fait l’ob­jet d’un contrôle ju­di­ciaire qui lui in­ter­dit de ren- contrer Val­bue­na. Si la juge dé­ci­dait de le­ver ce contrôle, ce­la consti­tue­rait pour les hié­rarques de la FFF une porte d’en­trée, aus­si étroite soit-elle. La com­mis­sion de dis­ci­pline de la Fé­dé­ra­tion se­rait en ef­fet sai­sie du dos­sier Ben­ze­ma. Une sanc­tion à l’égard de l’avant-centre des Bleus se­rait alors dé­ci­dée. On peut ima­gi­ner qu’elle ne l’em­pê­che­rait pas de dis­pu­ter l’Eu­ro, si l’on s’en tient aux pro­pos du pré­sident de la FFF. « Si nous de­vions prendre une sanc­tion au­jourd’hui contre Ben­ze­ma, ce se­rait sû­re­ment un blâme avec sur­sis », a-t-il lâ­ché, mi-sé­rieux, mi-iro­nique.

nQuel mes­sage Le Graët a-t-il en­voyé à Val­bue­na ?

Hier, le Bre­ton a d’abord joué sur la corde de l’em­pa­thie. « Val­bue­na est un joueur ex­cep

tion­nel, a-t-il souf­flé […] Trou­vez-moi un match où il n’a pas été à la hau­teur ? Il est la vic­time, il est es­ti­mé, et c’est une af­faire qui le dé­passe ». Très sar­cas­tique, Le Graët n’a pas pu tou­te­fois s’em­pê­cher de glis­ser une re­marque in­dé­li­cate. « Le pro­blème n’est pas Val­bue­na… même s’il a eu l’im­pru­dence de lais­ser traî­ner son té­lé­phone. » Ré­fé­rence à la sex-tape sub­ti­li­sée par un proche de l’an­cien Mar­seillais, di­rec­te­ment sur son smart­phone. Pa­ter­na­liste et beau­coup plus sé­rieux, le pré­sident de la Fé­dé­ra­tion a aus­si en­joint Val­bue­na à mettre de cô­té sa rancoeur à l’égard de Ben­ze­ma, le mo­ment ve­nu. « Il peut y avoir des coups durs dans une famille, ou en ami­tié, mais il faut sa­voir par­don­ner. J’es­père qu’ils trou­ve­ront les moyens de se par­ler et j’es­père qu’ils re­de­vien­dront co­pains. »

nComment va ré­agir Di­dier Desc­hamps ?

Ab­sent hier au siège de la FFF, le sé­lec­tion­neur ne s’est pas en­core ex­pri­mé au su­jet de la mise à l’écart de son avant-centre. Il pour­rait se dé­par­tir dès de­main de ce mu­tisme à l’is­sue du ti­rage au sort de l’Eu­ro. « Cette dé­ci­sion est ac­cep­tée par Di­dier », note Le Graët. Car le sé­lec­tion­neur a bien sûr dé­jà échan­gé sur le cas Ben­ze­ma avec son pré­sident. De toute fa­çon, quand l’un de ses joueurs ren­contre un pro­blème ex­tra­spor­tif, Desc­hamps adopte tou­jours la même ligne de conduite. Il laisse son pa­tron tran­cher, avant d’en­té­ri­ner pu­bli­que­ment son choix.

nLe

ca­pi­taine des Bleus Hu­go Llo­ris a ré­agi hier soir à la sus­pen­sion de Ka­rim Ben­ze­ma. « C’est une ma­nière de pro­té­ger le joueur et la fé­dé­ra­tion, a es­ti­mé le gar­dien de Tot­ten­ham. Il faut lais­ser la jus­tice faire son tra­vail. Ka­rim est un grand joueur, im­por­tant pour l’équipe de France et on es­père qu’il re­vien­dra le plus vite pos­sible. »

Al­lianz Ri­vie­ra (Nice), le 8 oc­tobre. L’avant­centre des Bleus, Ka­rim Ben­ze­ma, doit mettre l’équipe de France entre pa­ren­thèses. Mais la si­tua­tion peut évo­luer se­lon l’avan­cée de l’en­quête.

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