A Au­ber­vil­liers, on com­prend la mise à l’écart du Ma­dri­lène

Le Parisien (Paris) - - SPORTS - YVES LE­ROY

STADE AN­DRÉ-KAR­MAN, hier vers 18 heures, à Au­ber­vil­liers (Seine-Saint-De­nis), à quelques ki­lo­mètres du pé­ri­phé­rique nord de Pa­ris. Les joueurs de l’équipe de Cham­pion­nat de France ama­teur (4e division) ar­rivent au comp­te­gouttes pour l’en­traî­ne­ment.

Les di­ri­geants re­çoivent cha­leu­reu­se­ment dans des lo­caux un peu désuets aux im­menses cou­loirs. Tout le monde a en­ten­du par­ler de la sus­pen­sion de Ka­rim Ben­ze­ma, évi­dem­ment. Les sen­ti­ments se mé­langent, les avis di­vergent, comme les lec­tures de cette dé­ci­sion. « J’ai trou­vé Le Graët ( NDLR : pré­sident de la FFF) cou­ra­geux et com­pré­hen­sif, sou­ligne Ka­rim Bel­ke­bla, le di­rec­teur spor­tif du club. Il a sus­pen­du Ben­ze­ma mais à titre conser­va­toire. Ben­ze­ma a fait preuve de beau­coup de lé­gè­re­té, mais en ban­lieue, tout prend des pro­por­tions folles. On peut dire n’im­porte quoi au té­lé­phone… Le Graët a com­pris la di­men­sion hu­maine du truc. »

Même si un joueur, cal­cu­la­teur ou prag­ma­tique, c’est se­lon, es­time que « la France n’a au­cune chance de ga­gner l’Eu­ro sans Ben­ze­ma, et qu’il au­rait peut-être mieux va­lu mettre l’éthique de cô­té », au­cun ne re­met dans le fond en cause la sus­pen­sion. « Mais com­ment s’es­til four­ré dans une his­toire comme ça ? tacle un at­ta­quant qui pré­fère gar­der l’ano­ny­mat vis-à-vis de son em­ployeur. Il n’a rien à faire là-de­dans. Il a tout. L’ar­gent lui a fait pé­ter les plombs. Il a per­du le contact avec la réa­li­té. »

« Ça n’a rien à voir avec notre monde, confirme le mi­lieu de ter­rain et man­ne­quin Dar­ko To­ma­se­vic. Il s’est mis tout seul dans une his­toire comme ça alors qu’il gagne des mil­lions et qu’il est l’un des meilleurs at­ta­quants d’Eu­rope. Il re­pré­sente son pays. Je com­prends sa sus­pen­sion, il faut pré­ser­ver l’image de l’équipe de France. »

Comme dans tous les vestiaires de foot au mo­ment de chaus­ser les cram­pons, ap­pli­quer un peu de pom­made chauf­fante ou se faire po­ser un strap, les plai­san­te­ries fusent. Pour­tant, la por­tée po­li­tique de cette af­faire n’échappe à per­sonne. « On est dé­çus à double titre, avoue l’en­traî­neur Ra­chid You­cef, sans contes­ter la sanc­tion. D’abord sur le plan spor­tif, en tant que sup­por­teur des Bleus. Et aus­si parce que Ben­ze­ma est is­su de l’im­mi­gra­tion. Ses pa­rents sont al­gé­riens, comme les miens. On a un peu les mêmes par­cours et on sait que c’est en­core une his­toire qui va nous faire du mal. Ka­rim a un de­voir d’exem­pla­ri­té. »

Plus que la mise à pied de l’at­ta­quant ma­dri­lène, c’est l’am­pleur prise par l’af­faire dans l’opi­nion pu­blique et dans les mé­dias qui in­ter­pelle les foot­bal­leurs de cette ville de Seine-Saint-De­nis. « Dès qu’une af­faire concerne quel­qu’un d’ori­gine magh­ré­bine ou un mu­sul­man, tout est am­pli­fié », dé­plore po­sé­ment le joueur of­fen­sif qui ne mé­na­geait pas Ka­rim Ben­ze­ma un peu plus tôt.

« Si c’était Gi­roud à sa place, ça n’au­rait pas pris la même di­men­sion », ren­ché­rit un autre, qui sort de son si­lence. Comme Noël Le Graët, leur jeune co­équi­pier Louis La­pouge, 21 ans, pré­fère conclure sur une note d’es­poir : « Si l’his­toire est ré­glée d’ici là, rien ne dit que Ka­rim Ben­ze­ma ne se­ra pas à l’Eu­ro. »

VI­DÉO

le­pa­ri­sien.fr Les foot­bal­leurs d’Au­ber­vil­liers ré­agissent à la sanc­tion de Ben­ze­ma

(LP/Ar­naud Du­mon­tier.)

Au­ber­vil­liers (Seine-Saint-De­nis), hier. Les joueurs ont ap­pris la sus­pen­sion de Ben­ze­ma à l’en­traî­ne­ment. Si la dé­ci­sion leur semble lo­gique au vu des faits, cer­tains d’entre eux ne voient pas la France ga­gner l’Eu­ro sans l’avant-centre.

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