Qui hé­ri­te­ra des « Mé­moires d’outre-tombe » ?

Un no­taire pa­ri­sien a vou­lu vendre aux en­chères un exem­plaire du ma­nus­crit de Cha­teau­briand, qu’il te­nait de son tri­saïeul. La jus­tice a blo­qué la vente.

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS ET SPECTACLES - Le no­taire Pas­cal Du­four CÉ­CILE BEAULIEU

C’EST UN MA­NUS­CRIT in­es­ti­mable et ten­ta­cu­laire qui a tra­ver­sé les siècles avant de re­sur­gir au coeur d’une tour­mente ju­di­ciaire : pour avoir ten­té de vendre aux en­chères les qua­rante-deux tomes des « Mé­moires d’outre-tombe », de Cha­teau­briand, Pas­cal Du­four, un no­taire pa­ri­sien de 58 ans, a été condam­né hier à 25 000 € d’amende pour abus de confiance. Quant aux pré­cieux feuillets si­gnés du maître et pla­cés sous scel­lés de­puis le dé­but de la pro­cé­dure, le tri­bu­nal en a or­don­né la confis­ca­tion.

Nous sommes en 1836 lorsque Fran­çois-Re­né de Cha­teau­briand, sans le sou et aux abois, cède à ses édi­teurs, Del­loye et Sa­la, ses droits pour la pu­bli­ca­tion post­hume de ses Mé­moires contre 156 000 F et une rente via­gère men­suelle de 12 000 F. Un se­cond exem­plaire de l’oeuvre est confié à une étude no­ta­riale et cou­ché dans un coffre pro­té­gé par trois ser­rures. Cha­teau­briand s’éteint en 1848, mais le ma­nus­crit, lui, n’a ja­mais quit­té le bu­reau de son no­taire… un cer­tain Jean Du­four, ar­rière-ar­rière-grand-père de Pas­cal, qui a fi­na­le­ment dé­ci­dé de vendre aux en­chères l’oeuvre trans­mise par son tri­saïeul, en 2013.

Mais, à l’hô­tel Drouot où doit se te­nir la vente, il est fi­na­le­ment an­non­cé que les « Mé­moires d’outre-tombe » se­ront cé­dées, moyen­nant 550 000 € à la Bi­blio­thèque na­tio­nale de France (BNF), ce dont se ré­jouit im­mé­dia­te­ment la mi­nistre de la Culture de l’époque, Au­ré­lie Fi­lip­pet­ti. Sa joie se­ra de courte du­rée, car le par­quet de Pa­ris, in­tri­gué par l’af­faire, dé­cide de s’in­té­res­ser de plus près à Pas­cal Du­four, et le ma­nus­crit est pla­cé sous scel­lés.

Le no­taire peut-il se consi­dé­rer comme le pro­prié­taire lé­gi­time de l’oeuvre de Cha­teau­briand, clas­sée, par ailleurs tré­sor na­tio­nal ? « Non, il n’est qu’un simple dé­po­si­taire », a clai­re­ment ré­pon­du la jus­tice. Mais l’homme, qui compte faire ap­pel de la dé­ci­sion, offre une ex­pli­ca­tion au tri­bu­nal : « Les ou­vrages que mon aïeul avait fait re­lier au XIXe siècle ris­quaient de se dé­té­rio­rer ou d’être vo­lés, c’est pour­quoi j’ai dé­ci­dé de les vendre. » Ja­mais, d’ailleurs, Pas­cal Du­four n’a ten­té de ca­cher que l’oeuvre était entre ses mains, au­to­ri­sant même les ex­perts à se pen­cher sur les pré­cieux do­cu­ments. La vente elle-même avait été pré­pa­rée et an­non­cée dans les règles de l’art… au point que le par­quet en avait été lui-même in­for­mé. Cent soixante-sept ans après la mort de Cha­teau­briand, ses Mé­moires, eux, de­meurent sous scel­lés. Tout au moins jus­qu’au pro­cès en ap­pel à l’is­sue du­quel les ma­gis­trats lui of­fri­ront peut-être un autre des­tin.

« Les ou­vrages que mon aïeul avait fait re­lier au XIXe siècle ris­quaient de se dé­té­rio­rer ou d’être vo­lés »

(AFP/Tho­mas Samson.)

L’exem­plaire des « Mé­moires d’outre-tombe » de Cha­teau­briand (sur le ta­bleau ci-des­sous), pré­sen­té ici à l’hô­tel des ventes Drouot, est au­jourd’hui sous scel­lés en at­ten­dant une dé­ci­sion de jus­tice.

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