Les mau­vais comptes de l’opé­ra­tion Pa­ris-Plages

Un rap­port de la chambre ré­gio­nale des comptes pour­rait ter­nir la ma­ni­fes­ta­tion lan­cée par Ber­trand De­la­noë. Par­mi les nom­breux griefs fi­gurent des dé­penses réelles mi­no­rées.

Le Parisien (Paris) - - LE JOURNAL DE PARIS - C.H.

UNE LONGUE BANDE de sable, des pa­ra­sols, des tran­sats. Tous les étés, les berges de la Seine et les abords du bas­sin de la Villette se trans­forment en im­menses plages, at­ti­rant en 2012 et 2013 en­vi­ron 4 mil­lions de vi­si­teurs.

Lan­cé il y a qua­torze ans par Ber­trand De­la­noë, le pré­dé­ces­seur d’Anne Hi­dal­go (PS), pour « créer un mo­ment de convi­via­li­té » sur les quais et of­frir un « lieu de dé­tente » à ceux qui « sont pri­vés de va­cances », cet évé­ne­ment a connu un suc­cès ful­gu­rant, s’ex­por­tant dans d’autres villes en France et à l’étran­ger et as­su­rant des re­tom­bées mé­dia­tiques im­por­tantes pour la ca­pi­tale.

Mais un rap­port de la chambre ré­gio­nale des comptes, dé­voi­lé par Le­point.fr, pour­rait bien ter­nir l’image de cet évé­ne­ment fes­tif. Dys­fonc­tion­ne­ments, des coûts réels mi­no­rés, re­tards dans le rè­gle­ment des fac­tures, « ir­ré­gu­la­ri­tés­dans la mise en oeuvre des par­te­naires », pres­ta­tions qui dé­passent le mon­tant des mar­chés, « ges­tion ap­proxi­ma­ti­vedes droits sur la scé­no­gra­phie ». La liste des griefs for­mu­lés par les ma­gis­trats à l’en­contre de Pa­ris-Plages est longue.

L’édi­tion 2013 n’au­rait pas coû­té 1,5 M€ mais 4,8 M€

Les au­teurs du rap­port, que nous nous sommes pro­cu­ré, re­prochent à la Ville de Pa­ris d’avoir mi­ni­mi­sé le coût réel de l’opé­ra­tion au­près des jour­na­listes et des conseillers de Pa­ris.De­puis son lan­ce­ment, les chiffres com­mu­ni­qués va­rient entre « 1,5 M€ et 2,2 M€ ». Se­lon les Sages, les dé­penses se­raient « deux à trois fois su­pé­rieures ». Ain­si l’édi­tion 2013 n’au­rait pas coû­té 1,5 M€ comme an­non­cé, mais la ba­ga­telle de 4,8 M€. Les ma­gis­trats re­lèvent d’autres ir­ré­gu­la­ri­tés dans la mise en oeuvre des par­te­na­riats. Des ac­cords avec les spon­sors sont si­gnés « un ou deux mois après la fin de l’opé­ra­tion ». Il en va de même avec les fac­tures. « Ces ano­ma­lies faus­sentle bi­lan et rendent presque im­pos­sible pour la Ville le contrôle de la réa­li­té de l’exé­cu­tion des pres­ta­tions », re­grettent les au­teurs du rap­port. Ce n’est pas tout. Cer­tains spon­sors prennent en charge des dé­penses d’or­ga­ni­sa­tion. Un tour de pas­se­passe qui per­met à la Ville de mi­ni­mi­ser les dé­penses ef­fec­tives. Et plu- sieurs dé­pas­se­ments des mar­chés pu­blics sont re­le­vés par les ma­gis­trats. La chambre ré­gio­nale des comptes s’est éga­le­ment in­té­res­sée à la scé­no­gra­phie de l’évé­ne­ment confiée à une en­tre­prise dont l’ac­tion­naire prin­ci­pal n’est autre que Jean-Ch­ris­tophe Cho­blet, un proche de Ber­trand De­la­noë de­ve­nu char­gé de mis­sion au sein du se­cré­ta­riat gé- né­ral d’Anne Hi­dal­go. Autre dé­tail amu­sant : ces der­nières an­nées, les deux tiers des per­sonnes ayant fré­quen­té Pa­ris-Plages sont aus­si par­ties se faire do­rer la pi­lule hors de la ca­pi­tale.

Il est loin le temps où De­la­noë van­tait un ren­dez-vous po­pu­laire pour ceux qui étaient condam­nés à pas­ser l’été dans la ca­pi­tale.

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