Ma­nau­dou triomphe

Florent Ma­nau­dou, élu spor­tif de l’an­née 2015

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - Mar­seille (Bouches-du-Rhône) De nos en­voyés spé­ciaux Pro­pos recueillis par ÉRIC BRU­NA

LE TEMPS D’UN ÉTÉ DORÉ, il a illu­mi­né le sport fran­çais. Aux Mon­diaux de na­ta­tion de Ka­zan (Rus­sie), Florent Ma­nau­dou, 25 ans, s’est of­fert un somp­tueux tri­plé (50 m nage libre, 50 m pa­pillon, 4 x 100 m nage libre). Sur­tout, le co­losse du Cercle des na­geurs de Mar­seille a bou­clé son pa­ri. Il dé­tient dé­sor­mais tous les titres in­ter­na­tio­naux (et na­tio­naux) pos­sibles sur son 50 m nage libre fé­tiche, quelle que soit la taille du bas­sin… Un oeil sur le tro­phée, ins­tal­lé dos à la Mé­di­ter­ra­née sur la grande ter­rasse en teck du CNM, le cham­pion de l’an­née des in­ter­nautes et des ré­dac­tions de RMC, BFMTV et « le Pa­ri­sien » - « Au­jourd’hui en France » se confie.

Que vous ins­pire cette ré­com­pense ?

FLORENT MA­NAU­DOU. C’est vrai­ment un grand hon­neur parce que je sais qu’en France il y a pas mal de concur­rence. Je pense no­tam­ment à Ted­dy Ri­ner ou à Mar­tin Four­cade, in­vain­cus ou presque dans leur sport.

Pen­sez-vous la mé­ri­ter ?

(Sou­rire.) Ce n’est pas à moi de le dire. J’ai fait une belle sai­son. Je suis sa­tis­fait de ce que j’ai ac­com­pli, j’ai ga­gné les trois titres que je vou­lais et ça fait plu­sieurs sai­sons que je car­bure bien. C’est une an­née su­per qui au­rait été gé­niale avec un re­cord du monde… Qui dit tro­phée dit louanges. Qu’ai­mez-vous lire ou en­tendre sur vous ? J’aime bien qu’on dise que j’ai quand même bos­sé pour en ar­ri­ver là. Donc, je n’aime pas qu’on dise que j’ai juste du ta­lent et que c’est grâce à ça que j’ai des résultats. Au très haut ni­veau, on a tous du ta­lent et le tra­vail fait la dif­fé­rence. La vé­ri­té n’est-elle pas entre les deux ? Sans doute. Bien sûr, j’ai des fa­ci­li­tés. J’ai la chance d’avoir un pa­tri­moine gé­né­tique as­sez fort et d’être bon dans plu­sieurs sports. Main­te­nant, un mec comme Nathan Adrian (NDLR : sprin­teur amé­ri­cain qu’il a no­tam­ment de­van­cé sur 50 m NL à Ka­zan) fait la même taille et le même poids que moi. On est à peu près sur les mêmes mo­da­li­tés et peut-être que le men­tal et les en­traî­ne­ments font que j’ai réus­si à pas­ser un cap su­pé­rieur. En ma­tière d’in­ves­tis­se­ment dans votre dis­ci­pline, pour­riez-vous vous com­pa­rer à un Mi­chael Phelps ? On ne fait vrai­ment pas le même sport. Dé­jà parce qu’on a des mor­pho­lo­gies dif­fé­rentes. On s’est mis tous les deux sur des dis­tances dif­fé- rentes. C’est sûr que lui a beau­coup na­gé de­puis qu’il est avec son coach

(NDLR : Bob Bow­man). Pour moi, c’est le plus grand spor­tif de tous les temps. Phelps, c’est 18 titres olym­piques et 22 mé­dailles. (Rire.) Moi j’en ai un ! Aux ré­cents Cham­pion­nats de France en pe­tit bas­sin, votre coach, Ro­main Bar­nier, a fus­ti­gé votre « com­por­te­ment in­digne » parce que vous avez zap­pé le 100 m. Se­riez-vous un en­fant gâ­té ? Je suis un en­fant gâ­té par la vie parce que je fais 2 m et 100 kg, mais je n’ai pas été en­fant gâ­té quand j’étais pe­tit et mal­gré ma non­cha­lance j’ai quand même bos­sé dur. Ceux qui me connaissent bien le savent. Je ren­voie l’image de quel­qu’un qui se moque de tout et joue juste sur le ta­lent, mais je ré­flé­chis plus que ce que pensent les gens. En fait, je me fous de ce que pensent les gens. J’agis se­lon mes en­vies, pas les leurs. Le fait de vou­loir re­fu­ser l’obs­tacle donne l’im­pres­sion que vous êtes mau­vais per­dant… Je suis très mau­vais per­dant ! Main­te­nant, ce n’est pas la rai­son pour la­quelle je n’ai pas fait ce 100 m à An­gers. Mais je n’étais pas pré­pa­ré parce que j’ai eu ma bles­sure (NDLR :

au poi­gnet gauche), j’ai fait mon dé­mé­na­ge­ment et je ne me suis pas for­cé­ment in­ves­ti à 100 % en dé­but de sai­son parce que c’était la fin d’un cycle. Il fal­lait que je me re­con­centre sur moi-même et je ne l’avais pas fait jus­qu’à An­gers. Je com­prends les résultats que j’ai eus et cet élec­tro­choc m’a fait du bien aus­si.

Avez-vous peur de la dé­faite ? Non, quand même pas. Sur une course, je ne crains pas la dé­faite. En fait, la pro­blé­ma­tique est dif­fé­rente. Je n’ai pas peur du 100 m, d’ailleurs je m’en fous un peu du 100 m. J’ai sur­tout peur que le 100 m soit pré­ju­di­ciable pour mon 50 m. Main­te­nant, avec ce que je fais à l’en­traî­ne­ment de­puis An­gers, ça va beau­coup mieux. J’ai re­trou­vé des sen­sa­tions et des chro­nos et je me sens moins « me­na­cé » sur mon 50 m (NDLR : il s’aligne sur les deux dis­tances ce week-end à Am­ster­dam). J’ai eu des mots un peu durs en­vers moi-même, mais j’ai tou­jours été comme ça. Quand ça ne marche pas, je me fla­gelle un

peu et ce­la me per­met de me re­mettre de­dans.

Que fe­rez-vous après les Jeux ? Je sais exac­te­ment ce qui va se pas­ser. Que je gagne ou que je fasse deuxième, je par­ti­rai en va­cances et je souf­fle­rai parce que j’en au­rai be­soin. Vous voyez bien le sens de la ques­tion…

(Sou­rire.) C’est pos­sible que je m’ar­rête. J’entre dans un nou­veau cycle de ma vie où j’ai at­teint les ob­jec­tifs que je vou­lais at­teindre. On pour­rait pen­ser que cette an­née olym­pique en­globe mon cycle de na­geur entre 2012 et 2016, mais ce n’est pas le cas. Mon ob­jec­tif à la base n’était pas de rem­por­ter le titre olym­pique mais tous les titres. C’est fait et je pars sur un nou­vel ob­jec­tif. La seule chose que je sais, c’est que je pré­fère les spor­tifs qui ar­rêtent au top de leur forme…

Sur un titre olym­pique ? Je trouve ça tel­le­ment beau un spor­tif qui ne s’acharne pas pen­dant des an­nées pour un ni­veau de moins en moins bon et qui est obli­gé d’ar­rê­ter… J’es­père ar­rê­ter au bon mo- ment. Après, peut-être que le bon mo­ment ne se­ra pas cet été mais dans une sai­son ou deux. Je n’ai pas en­core dé­ci­dé. Mon but, c’est d’ar­rê­ter sur un titre : cham­pion olym­pique en 2016, cham­pion du monde en 2017, cham­pion d’Eu­rope en 2018… On ver­ra. Le pro­blème, c’est de sa­voir quand, et il faut bien se connaître pour faire ce choix.

Pen­sez-vous dé­jà à votre ave­nir ? C’est un peu trop tôt mais des ex­pé­riences comme Wi­ne­ven (NDLR : le ré­seau so­cial dans le­quel il s’est in­ves­ti) me montrent com­ment marche la vie « nor­male ». Quand tu es spor­tif, tu es dans un co­con, di­ri­gé toute l’an­née par des ki­nés, mé­de­cins, en­traî­neurs qui te disent quoi faire et quand le faire, donc c’est très fa­cile. Vous avez com­men­cé la gui­tare il y a quelques mois. Etes-vous dé­jà mé­daillable ?

(Rire.) Mé­daillable, je ne pense pas. Je suis en­core loin d’avoir un très bon ni­veau, mais ça me per­met vrai­ment de m’éva­der au­tre­ment qu’avec la console ou en re­gar­dant la té­lé. Et j’adore ap­prendre. Vous êtes le cham­pion de l’an­née 2015 et c’est pour­tant Ca­mille La­court qui vient de faire son en­trée au mu­sée Gré­vin. Vous êtes ja­loux ?

(Sou­rire.) Non, je trouve ça gé­nial. Il n’y a au­cune ja­lou­sie entre nous. Quand j’ai vu la pho­to de Ca­mille avec sa sta­tue, je me suis dit que ça de­vait faire bi­zarre. Je ne suis ja­mais al­lé au Gré­vin. Si un jour j’y ai ma sta­tue, je se­rai très fier de moi.

« Je suis très mau­vais per­dant » « Il n’y a au­cune ja­lou­sie entre Ca­mille La­court et moi »

Mar­seille (Bouches-du-Rhône), le 4 dé­cembre. Florent Ma­nau­dou, élu spor­tif fran­çais de l’an­née, se consi­dère avant tout comme un na­geur tra­vailleur, même s’il se re­con­naît des ap­ti­tudes in­nées.

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