Vers un sur­saut ci­toyen ?

Après la pous­sée spec­ta­cu­laire du FN au pre­mier tour, la par­ti­ci­pa­tion de­vrait être plus éle­vée de­main. En ef­fet, le nombre de pro­cu­ra­tions a ex­plo­sé.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - VA­LÉ­RIE HACOT ET PHI­LIPPE MARTINAT (AVEC P.E.) @vha­cot1

Le pre­mier tour a été mar­qué par un fort taux d’abs­ten­tion. Mais de­main, de nom­breux Fran­çais de­vraient re­trou­ver le che­min des urnes. Et rien n’est en­core joué.

C’EST UNE FIN de cam­pagne qui res­te­ra, quel que soit le ré­sul­tat fi­nal, par­mi les plus ren­ver­santes de la Ve Ré­pu­blique. « Gé­né­ra­le­ment, le se­cond tour est pré­pa­ré par le pre­mier, re­lève un élu. Mais là, on ne s’est ja­mais trou­vé face à une telle in­cer­ti­tude. » Du fait de leur date in­ha­bi­tuelle, des at­ten­tats du 13 no­vembre, de l’état d’ur­gence qui a sui­vi et d’un Front na­tio­nal qui n’a ja­mais été aus­si près de ga­gner une ou plu­sieurs ré­gions, ces élec­tions ne res­semblent en ef­fet à rien de connu.

Dans la ma­jo­ri­té d’entre elles, l’is­sue est si in­cer­taine que tout dé­pen­dra des re­ports de voix et de la mo­bi­li­sa­tion des abs­ten­tion­nistes (50 % di­manche der­nier). Deux fac­teurs clés qui dé­ci­de­ront de la co­lo­ra­tion po­li­tique des 13 nou­velles su­per­ré­gions. La pers­pec­tive de voir le par­ti de Ma­rine Le Pen aux portes du pou­voir, même ré­gio­nal, sus­ci­te­ra-til un sur­saut de par­ti­ci­pa­tion pour l’em­pê­cher d’y ac­cé­der ? Un in­di­ca­teur per­met de pen­ser que l’abs­ten­tion se­ra moins im­por­tante de­main : la hausse sen­sible des pro­cu­ra­tions dans la plu­part des grandes villes de France.

Cette se­maine, elles ont fait un bond de plus de 25 % à Pa­ris où 12 000 pro­cu­ra­tions avaient été en­re­gis­trées lors du 1er tour, alors qu’on en était dé­jà à 15 000 jeu­di soir ! L’at­tente dans les com­mis­sa­riats s’al­longe aus­si à Stras­bourg (BasR­hin), où l’on dé­nom­brait jeu­di mi­di 1 193 nou­velles pro­cu­ra­tions par rap­port au pre­mier tour. « On voit pas­ser beau­coup de gens, no­tam­ment des étu­diants », in­dique un fonc­tion­naire. A Lille (Nord), près de 400 pro­cu­ra­tions ont été dé­li­vrées au com­mis­sa­riat cen­tral ces trois der­niers jours, tan­dis qu’à Bé­thune (Pas-de-Ca­lais) le com­mis­sa­riat, dé­bor­dé, ren­voyait, faute d’im­pri­més, vers le tri­bu­nal d’ins­tance.

A la mai­rie de Bor­deaux (Gi­ronde), on n’avait ja­mais vu ça pour une élec­tion in­ter­mé­diaire. « On de­vrait at­teindre les 2 000 pro­cu­ra­tions. C’est 500 de plus qu’au pre­mier tour », ex­plique-t-on à l’hô­tel de ville. Et de s’éton­ner : « C’est la pre­mière fois qu’il y a une telle dif­fé­rence pour une élec­tion de ce type. » A Tou­louse (Haute-Ga­ronne), c’est 650 pro­cu­ra­tions de plus pour le 2d tour. A Mar­seille (Bouches-duR­hône), qui semble dé­te­nir la palme du sur­saut ci­toyen, on se­rait pas­sé de 3 833 pro­cu­ra­tions au 1er tour à… plus de 8 000. « Le ser­vice élec­tions est en feu », plai­sante un em­ployé de la mai­rie. A Nice (Alpes-Ma­ri­times), près de 1 000 pro­cu­ra­tions ont été en­re­gis­trées pour le se­cond tour, un re­cord pour des ré­gio­nales. Et la ten­dance de­vrait en­core s’ac­cen­tuer au­jourd’hui, puisque les com­mis­sa­riats res­te­ront ou­verts toute la jour­née. C’est la ruée aus­si à Rennes (Ille-et-Vi­laine). De­vant les com­mis­sa­riats, les files d’at­tente, com­po­sée à 90 % de jeunes, s’étirent jusque sur le trot­toir. De­puis le 7 dé­cembre, la ca­dence est in­fer­nale : « 400 de­mandes de pro­cu­ra­tion par jour », s’étonne-t-on à la Di­rec­tion dé­par­te­men­tale de la sécurité pu­blique. Reste à sa­voir à qui pro­fi­te­ra ce re­gain de mo­bi­li­sa­tion. Hier, la plu­part des per­sonnes que nous avons in­ter­ro­gées di­saient vou­loir faire bar­rage au FN. Ver­dict de­main soir.

A Mar­seille, le nombre de pro­cu­ra­tions entre les deux tours a dou­blé

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