A Lyon, les étu­diants se re­mo­tivent « contre le FN »

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - Lyon (Rhône) De notre cor­res­pon­dante Fa­brice Tor­ro, pré­sident de l’Unef à Lyon CA­THE­RINE LA­GRANGE

DANS LA COUR de la Ma­nu­fac­ture des ta­bacs, l’un des sites de l’uni­ver­si­té Jean-Mou­lin à Lyon, les étu­diants prennent le so­leil avant la re­prise des cours. De­puis une se­maine, leurs conver­sa­tions ont chan­gé de tour­nure. Avant le 6 dé­cembre, ils se fi­chaient des élec­tions ré­gio­nales. Dé­sor­mais, elles sont sur toutes les lèvres avec le même re­frain : « Cette fois-ci, il faut al­ler vo­ter ! » Quen­tin Mu­rard, 21 ans, en li­cence de comp­ta­bi­li­té, s’est dé­pla­cé au 1er tour, et il ira de­main. « C’est un de­voir de ci­toyen. Il faut faire bar­rage au FN », as­sène-til, comme pour conju­rer le fait que le par­ti d’ex­trême droite a cap­té un tiers des voix des moins de 25 ans di­manche der­nier !

Quen­tin ne dit pas à quel can­di­dat il don­ne­ra sa voix de­main, et s’exas­père de voir ses ca­ma­rades hé­si­ter en­core. C’est le cas de Maxime Gau­ché, éga­le­ment en comp­ta, qui n’a pas en­core dé­ci­dé quel bul­le­tin il met­tra dans l’urne. « Je vais en par­ler avec mes pa­rents, mais je risque de me dé­ci­der à la der­nière mi­nute », confie-t-il avant d’al­ler pas­ser ses par­tiels.

Un peu plus loin, sur un banc, un groupe d’étu­diants en deuxième an­née d’école de com­merce dis­cute ré­gio­nales. Maëlle Mu­gnier, Gre­no­bloise de 19 ans, se dit ébran­lée par les scores du FN. Elle a sé­ché le 1er tour, mais s’est cette fois lais­sée convaincre par ses pa­rents qu’il fal­lait y al­ler. Elle leur a confié sa pro­cu­ra­tion, pour qu’ils votent à Gre­noble en fa­veur de Laurent Wau­quiez (les Ré­pu­bli­cains). Son ca­ma­rade de pro­mo­tion Guillaume Bas­so, qui vient d’Al­sace, a pris la même dé­ci­sion. Pas de vote au pre­mier tour, mais une pro­cu­ra­tion confiée à sa soeur au se­cond. « Je n’ai vrai­ment pas en­vie que ma ré­gion tombe aux mains du Front na­tio­nal », ex­plique le jeune homme, qui vo­te­ra à droite. Clé­mence, 19 ans, ori­gi­naire de Loire-At­lan­tique, peste contre les dif­fi­cul­tés des votes par pro­cu­ra­tion. Au se­cond tour, comme au pre­mier, elle n’a pas réus­si à s’or­ga­ni­ser. « Je vou­lais confier mon vote à ma mère, mais elle avait dé­jà ce­lui de ma soeur et ne pou­vait pas en prendre deux », re­grette Clé­mence. Pas ques­tion non plus de faire huit heures de route di­manche pour al­ler vo­ter. « Je vou­drais moi aus­si me mo­bi­li­ser dans les urnes contre le

« Nous avons fait cam­pagne pour les in­ci­ter à al­ler vo­ter »

FN, mais dans ces condi­tions, c’est dif­fi­cile. »

A Lyon, l’Unef s’est éga­le­ment mo­bi­li­sée toute la se­maine. « Nous avons fait cam­pagne, par af­fi­chage, sur les ré­seaux so­ciaux, par confé­rence de presse, pour in­ci­ter les étu­diants à al­ler vo­ter et contrer le Front na­tio­nal », ex­plique Fa­brice Tor­ro, pré­sident de l’Unef à Lyon. Il se ré­jouit des files d’étu­diants qui se sont al­lon­gées toute la se­maine dans les com­mis­sa­riats pour éta­blir des pro­cu­ra­tions. Ont-ils peur pour au­tant de voir le par­ti de Ma­rine Le Pen triom­pher ? « Non, quand même pas », clament la plu­part de ces jeunes. Une moindre in­quié­tude, voi­là ce qui a peut-être chan­gé avec la gé­né­ra­tion d’avril 2002, celle qui dé­fi­lait dans l’entre-deux-tours de la pré­si­den­tielle en criant « No pa­sa­ran » !

(LP/Phi­lippe Merle.)

Lyon (Rhône), hier. Guillaume (au pre­mier plan) est ori­gi­naire d’Al­sace. Comme ses ca­ma­rades ins­crits dans une autre ville, il a fait une pro­cu­ra­tion à un proche : « Je n’ai vrai­ment pas en­vie que ma ré­gion tombe aux mains du Front na­tio­nal. »

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