NIm­pli­qué

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos recueillis par HÉ­LÈNE HA­NON

de­puis tou­jours dans la vie lo­cale de Rou­baix (Nord), Bru­no Les­tienne a créé en 2002 l’as­so­cia­tion Je pense donc je vote, quand Jean-Ma­rie Le Pen s’est his­sé au se­cond tour de la pré­si­den­tielle. Pré­sident du co­mi­té de quar­tier de l’Hom­me­let, où près de 80 % des ha­bi­tants s’étaient alors abs­te­nus, il vou­lait les convaincre de vo­ter. De­puis, à chaque élec­tion, avec une tren­taine de bé­né­voles mo­ti­vés, il va à la ren­contre de la po­pu­la­tion. Di­manche der­nier, mal­gré les ef­forts conti­nus de son as­so­cia­tion dont l’ac­tion fait fi­gure de ré­fé­rence dans tout l’Hexa­gone, l’abs­ten­tion a dé­pas­sé 64 % à Rou­baix. De guerre lasse, Bru­no et ses aco­lytes n’ont pas re­con­duit leur ini­tia­tive cette fois-ci. Il nous ex­plique pour­quoi. Pour­quoi ne pas re­con­duire votre ac­tion de mo­bi­li­sa­tion pour vo­ter ? BRU­NO LES­TIENNE. Parce que notre mes­sage ne passe plus. Ici, on n’ar­rive plus à convaincre les gens de vo­ter. Avant, les gens nous ré­pon­daient : D’ac­cord, on va y al­ler, même s’ils ne le fai­saient pas tous. Au­jourd’hui, ils

La plu­part nous ren­voient le manque de ré­ponse des po­li­tiques, parce que leur rue n’a pas été re­faite de­puis vingt ans ou qu’ils n’ont tou­jours pas de bou­lot. Que leur ré­pon­dez-vous ? Face à cette dé­cep­tion, nous n’avons au­cune arme. No­tam­ment parce que les po­li­tiques ne suivent plus. Nous in­vi­tions les ha­bi­tants et les can­di­dats à ve­nir dé­battre, mais, au fil du temps, les po­li­tiques ne sont plus ve­nus. Ils nous en­voyaient quel­qu’un de leur en­tou­rage, to­ta­le­ment in­con­nu. Ça a dé­çu les gens. Quelle se­rait la so­lu­tion ? Le vote élec­tro­nique pour­rait en in­ci­ter cer­tains à vo­ter. Mais, sur le fond, il faut mul­ti­plier les ex­pé­riences par­ti­ci­pa­tives, im­pli­quer les ha­bi­tants dans la ges­tion de leur ter­ri­toire. On pour­rait prendre exemple sur la ville bré­si­lienne de Por­to Alegre, sa­crée ca­pi­tale mon­diale de la dé­mo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive, où la po­pu­la­tion agit di­rec­te­ment sur la ges­tion de sa ville. Ici, ils ont le sen­ti­ment que tout leur est im­po­sé. C’est lo­gique qu’ils n’aient plus en­vie de vo­ter.

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