Le FN est-il un par­ti ré­pu­bli­cain ?

Cette ques­tion n’est pas seule­ment théo­rique. Elle sous-tend les stra­té­gies pri­vi­lé­giées par le Par­ti so­cia­liste et les Ré­pu­bli­cains entre les deux tours : front ré­pu­bli­cain ou main­tien des listes.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - JAN­NICK ALIMI

À LA VEILLE du se­cond tour des ré­gio­nales, le Front na­tio­nal reste au coeur des stra­té­gies po­li­tiques des deux grandes for­ma­tions concur­rentes, le PS et ses al­liés et les Ré­pu­bli­cains (LR) et les cen­tristes. A l’is­sue du pre­mier tour, le par­ti d’ex­trême droite est ar­ri­vé en tête dans six ré­gions, en étant très bien pla­cé pour l’em­por­ter dans au moins trois d’entre elles (Nord-Pas-deCa­lais - Pi­car­die, Paca et Grand Est). Certes, à la veille du se­cond tour, les der­niers son­dages don­naient le FN per­dant dans le Nord et en Paca où Ma­rine Le Pen et Ma­rion Ma­ré­chalLe Pen sont en duel face à la droite. Mais rien n’est joué : le par­ti le­pé­niste a for­te­ment pro­gres­sé lors de ce pre­mier tour. To­ta­li­sant 25 % aux dé­par­te­men­tales, en mars der­nier, il a re­cueilli di­manche en mé­tro­pole plus de 28 % des suf­frages, de­van­çant LR et le PS. Ils étaient six mil­lions à vo­ter ex­trême droite le 6 dé­cembre, dont beau­coup, agri­cul­teurs, ar­ti­sans, chô­meurs ou em­ployés, pour la pre­mière fois.

A gauche, Ma­nuel Valls, fi­dèle à son com­bat, a ap­pe­lé de nou­veau les listes so­cia­listes ar­ri­vées en troi­sième po­si­tion à faire un front ré­pu­bli­cain contre le FN, c’est-à-dire à se dé­sis­ter au pro­fit des listes de droite et du centre. « Quand on aime son pays, on n’hé­site pas, mar­te­lait le chef de la ma­jo­ri­té au len­de­main du pre­mier tour. Nous sommes dans un mo­ment his­to­rique. Dans ces mo­ments-là où l’es­sen­tiel est en jeu, il faut être au clair. » Un ap­pel qui a été en­ten­du en Nord-Pas-de-Ca­lais - Pi­car­die et en Paca, mais au­quel est res- té sourd le chef de file so­cia­liste — tom­bé, du coup, en dis­si­dence — dans le Grand Est, ce qui pour­rait in­duire la vic­toire de Florian Philippot (FN), tête de liste dans cette ré­gion.

Fran­çois Hol­lande reste dis­cret

Hier, le Pre­mier mi­nistre ti­rait en­core la son­nette d’alarme : « Il y a deux op­tions pour notre pays […], celle de l’ex­trême droite qui, au fond, prône la division, cette division peut conduire à la guerre ci­vile, et […] celle de la Ré­pu­blique et des va­leurs, qui est le ras­sem­ble­ment. »

Cette vo­lon­té d’ex­clure le FN du pé­ri­mètre ré­pu­bli­cain, Ni­co­las Sar­ko­zy ne la par­tage pas. « Je condamne le Front na­tio­nal ma­tin, mi­di et soir, a af­fir­mé l’an­cien pré­sident, mais dire que le vote pour le Front na­tio­nal est antirépublicain, ça n’a au­cun sens. » Cette po­si­tion lar­ge­ment par­ta­gée au sein des Ré­pu­bli­cains — à l’ex­cep­tion de Jean-Pierre Raf­fa­rin et de Na­tha­lie Kos­cius­ko-Mo­ri­zet — a conduit au main­tien des listes LR dans toutes les ré­gions, sans dé­sis­te­ment au pro­fit de la gauche.

Quant au chef de l’Etat, il s’est conten­té, mer­cre­di, lors du Con­seil des mi­nistres, d’ap­pe­ler « tous les res­pon­sables po­li­tiques » à la « clar­té » et à dé­fendre « les va­leurs de la Ré­pu­blique ». Une dis­cré­tion qui n’a pas em­pê­ché Florian Philippot de dé­non­cer, comme à son ha­bi­tude, « toute une caste, toute une oli­gar­chie (qui) s’est mise à es­sayer de ter­ro­ri­ser les élec­teurs ». Ver­dict de­main.

@Jan­ni­ckA­li­mi1

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