Abaaoud lo­ca­li­sé à Lé­ros en sep­tembre

Le Belge, co­or­don­na­teur des at­ten­tats de Pa­ris, était sans doute en Grèce à la fin de l’été. Y était-il pour « ac­cueillir » des com­plices dé­bar­qués le 3 oc­tobre par­mi le flot des mi­grants ?

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - ÉRIC PEL­LE­TIER ET STÉ­PHANE SEL­LA­MI

AB­DEL­HA­MID ABAAOUD se trou­vait-il, lui aus­si, sur l’île de Lé­ros, en Grèce, en sep­tembre der­nier ? Se­lon une in­for­ma­tion trans­mise par les ser­vices an­ti­ter­ro­ristes ma­ro­cains, consi­dé­rée comme « très fiable » par les au­to­ri­tés fran­çaises, le co­or­don­na­teur des at­taques ter­ro­ristes du 13 no­vembre à Pa­ris et à Saint-De­nis (Seine-Saint-De­nis) a été lo­ca­li­sé à la toute fin de l’été sur ce bout de terre, à une tren­taine de ki­lo­mètres des côtes turques en mer Egée. S’il était là, ce n’était cer­tai­ne­ment pas pour po­ser sa ser­viette sur une plage.

« Ce ren­sei­gne­ment n’a, pour l’heure, pas été cor­ro­bo­ré par des preuves ju­di­ciaires », sou­ligne ce­pen­dant un proche de l’en­quête. Lé­ros… De­puis les at­ten­tats de Pa­ris, ce nom ne sonne plus seule­ment comme une des­ti­na­tion tou­ris­tique. Les com­pa­rai­sons d’em­preintes di­gi­tales, réa­li­sées sur les ka­mi­kazes du Stade de France, ont en ef­fet prou­vé que deux d’entre eux y avaient dé­bar­qué, le 3 oc­tobre, par­mi un flot de 109 ré­fu­giés. Là, les mi­grants ont été « si­gna­li­sés » (prises de pho­to et d’em­preintes) par la po­lice grecque. Après les at­ten­tats, tous ces cli­chés ont été pas­sés au crible pour sa­voir si Abaaoud fi­gu­rait par­mi eux. La ré­ponse est né­ga­tive. Si Abaaoud était sur place, l’hy­po­thèse pri­vi­lé­giée est qu’il était là pour ac­cueillir des com­plices.

Bien qu’iden­ti­fié comme l’un des hommes les plus dan­ge­reux au sein de Daech, ce Bel­go-Ma­ro­cain de 28 ans s’est en tout cas pro­me­né à son aise en Eu­rope au cours de l’an­née 2015. En jan­vier, Ab­del­ha­mid Abaaoud se trouve à Athènes, co­or­don­nant à dis­tance l’ac­tion d’une cel­lule clan­des­tine à Ver­viers, en Bel­gique. Son té­lé­phone émet de­puis la ca­pi­tale grecque. Lorsque l’ap­par­te­ment dans le­quel il est cen­sé se trou­ver est per­qui­si­tion­né, il a dis­pa­ru, mais deux hommes sont in­ter­pel­lés. Des em­preintes gé­né­tiques et di­gi­tales « non iden­ti­fiées » sont re­le­vées dans ce lo­ge­ment et « des per­mis de conduire, faux ou fal­si­fiés », sai­sis.

Té­moins ca­pi­taux

Après les at­ten­tats de Pa­ris, Belges et Fran­çais ont de­man­dé aux Grecs l’exa­men de ces traces gé­né­tiques in­con­nues, et dé­couvrent qu’Abaaoud, alias Abou Omar, avait bien fré­quen­té les lieux. Les deux per­sonnes ar­rê­tées dans ce même ap­par­te­ment de­viennent alors des té­moins ca­pi­taux. L’un d’eux a été in­car­cé­ré en Bel­gique. Le se­cond, lui, avait été re­mis en li­ber­té, faute d’élé­ment à charge. Il fait dé­sor­mais l’ob­jet d’un man­dat d’ar­rêt in­ter­na­tio­nal. Cet homme a-t-il pu jouer un rôle dans les at­ten­tats du 13 no­vembre ? « La ques­tion peut lé­gi­ti­me­ment se po­ser », re­con­naît un haut fonc­tion­naire.

Le 12 no­vembre, Abaaoud au­rait quit­té Bruxelles, dans un convoi de trois voi­tures, à des­ti­na­tion de Pa­ris. Le 13, vers 21 h 30, il mi­traille les ter­rasses pa­ri­siennes. Il se rend en­suite à Mon­treuil d’où il prend le mé­tro, pour re­ve­nir dans le quar­tier du Ba­ta­clan… A 0 h 28, Abaaoud quitte les lieux. Se­lon nos in­for­ma­tions, à 1 heure, son té­lé­phone émet à Au­ber­vil­liers (Seine-Saint-De­nis), dans une zone d’en­tre­pôts. Sa cou­sine Has­na l’y re­trouve le 15 en fin de jour­née, ca­ché der­rière un buis­son. Le lun­di, l’étau po­li­cier se res­serre. Le len­de­main, les en­quê­teurs, grâce à une vi­déo­sur­veillance, le voient quit­ter son buis­son et re­joindre sa cou­sine pour ga­gner, vers 22 heures, sa planque de Saint-De­nis. Le ter­ro­riste ignore qu’il est cer­né et que l’ap­par­te­ment se­ra son tom­beau : le mer­cre­di 18, au pe­tit ma­tin, le Raid donne l’as­saut.

Au cours de l’an­née, Abaaoud a pu cir­cu­ler dans plu­sieurs pays eu­ro­péens alors qu’il était dé­jà iden­ti­fié comme l’un des hommes les plus dan­ge­reux au sein de Daech.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.