Pla­ti­ni, le grand ab­sent

Le Parisien (Paris) - - EURO 2016 - RO­NAN FOL­GOAS

PRI­VÉ de ti­rage au sort, Mi­chel Pla­ti­ni n’est pas sor­ti d’af­faire. Le Tri­bu­nal ar­bi­tral du sport (TAS) a an­non­cé, hier, le main­tien de sa sus­pen­sion de quatre-vingt-dix jours dé­ci­dée par le co­mi­té d’éthique de la Fifa, tout en de­man­dant à l’ins­tance du foot mon­dial « de ne pas la pro­lon­ger » au-de­là de cette pé­riode. Ex­pli­ca­tions.

nQuel est le fond de l’af­faire ?

De­puis le dé­but de la pro­cé­dure, en oc­tobre, le pa­tron du foot eu­ro­péen, in­ter­dit de toute fonc­tion dans le football jus­qu’au 5 jan­vier, doit faire face à un soup­çon de cor­rup­tion. En cause, un ver­se­ment de 1,8 M€ réa­li­sé par la Fifa à son bé­né­fice en fé­vrier 2011, quelques mois avant la ré­élec­tion de Sepp Blat­ter à la pré­si­dence de l’ins­tance mon­diale.

Faute de preuves ir­ré­fu­tables, le co­mi­té d’éthique de la Fifa dé­fend une théo­rie se­lon la­quelle Pla­ti­ni, pré­sident de l’UEFA de­puis 2007, au­rait été ré­com­pen­sé fi­nan­ciè­re­ment pour son sou­tien sup­po­sé à Blat­ter.

Le camp Pla­ti­ni ré­torque que ce ver­se­ment ne cor­res­pond qu’à des ar­rié­rés de sa­laires liés à une mis­sion de conseiller réa­li­sée entre 1999 et 2002. Un contrat oral, par dé­fi­ni­tion sans trace écrite, au­rait été conclu en ce sens dès 1998 entre les deux hommes. L’ac­cu­sa­tion es­time au contrai- re que ce contrat oral n’est qu’une pure in­ven­tion pour ten­ter de ma­quiller un acte de cor­rup­tion.

D’où la me­nace d’une sus­pen­sion à vie pré­co­ni­sée par la chambre d’ins­truc­tion dans le rap­port re­mis à la chambre de ju­ge­ment de la Fifa. Cet or­gane dis­ci­pli­naire doit or­ga­ni­ser une au­dience ven­dre­di et rendre son ver­dict quelques jours plus tard.

nPour­quoi le TAS a-t-il main­te­nu sa sus­pen­sion ?

Les trois ar­bitres du TAS (en fait, il s’agit d’avo­cats spé­cia­listes du droit du sport) ne se sont pas pro­non­cés sur le fond du dos­sier. Ils ont juste re­mar­qué que le main­tien de la sus­pen­sion pro­vi­soire ne cau­sait pas de « dom­mage ir­ré­pa­rable » à Mi­chel Pla­ti­ni. « Même si la sus­pen­sion était im­mé­dia­te­ment le­vée, une telle me­sure ne don­ne­rait au­cune ga­ran­tie à Mi­chel Pla­ti­ni que […] la Fifa va­li­de­rait sa can­di­da­ture pour l’élec­tion pré­si­den­tielle de la Fifa avant le 5 jan­vier 2016 », jus­ti­fient-ils.

Ce­pen­dant, confor­mé­ment aux re­quêtes des avo­cats de Pla­ti­ni, ils or­donnent aus­si à la Fifa de ne pas pro­lon­ger la sus­pen­sion pro­vi­soire de qua­rante-cinq jours sup­plé­men­taires. L’ob­jec­tif : contraindre le co­mi­té d’éthique de la Fifa à ne pas lais­ser traî­ner la pro­cé­dure et à prendre une dé­ci­sion dé­fi­ni­tive le plus ra­pi­de­ment pos­sible. Le temps de lais­ser la pos­si­bi­li­té à Pla­ti­ni de se dé­fendre et de faire va­li­der sa can­di­da­ture avant la date li­mite, fixée au 26 jan­vier.

nEst- ce un coup dur pour le Fran­çais ?

Sym­bo­li­que­ment, oui. Mi­chel Pla­ti­ni, 60 ans, es­pé­rait re­prendre dès ce week-end ses fonc­tions de pré­sident de l’UEFA, un poste qu’il oc­cupe de­puis 2007. Sa pre­mière ap­pa­ri­tion pu­blique au­rait pu in­ter­ve­nir au­jourd’hui à Pa­ris. « Ce­la lui te­nait vrai­ment à coeur d’être pré­sent, ce mo- ment si­gni­fiait beau­coup de choses pour lui », souffle Tho­mas Clay, l’un des avo­cats du Lor­rain.

En re­vanche, sur le plan pro­cé­du­ral, les chances que Pla­ti­ni sorte blan­chi de cette af­faire sont in­tactes. Ma­thieu Reeb, se­cré­taire gé­né­ral du TAS, s’est lui-même char­gé de re­gon­fler le mo­ral du camp Pla­ti­ni. « Pla­ti­ni est ve­nu ici, il a per­du cette manche, mais ce n’est pas dé­fi­ni­tif. […] A mon avis, ce n’est pas la dé­ci­sion ren­due au­jourd’hui (NDLR : hier) qui met un coup d’ar­rêt à sa can­di­da­ture. Il peut aus­si tout à fait être in­no­cen­té par la com­mis­sion d’éthique. » Une ma­niè- re de si­gni­fier que, sur le fond du dos­sier, le re­gard du TAS est plu­tôt bien­veillant à l’égard du Fran­çais. «Un si­mu­lacre de pro­cé­dure» ce sont les mots em­ployés hier en fin de soi­rée par Mi­chel Pla­ti­ni et ses avo­cats . Ils ré­agis­saient «avec co­lère et conster­na­tion» aux pro­pos du por­te­pa­role de la com­mis­sion d’éthique de la Fifa, An­dreas Ban­tel, qui en dé­cla­rant en dé­but de soi­rée à l’Equipe qu’« [il] se­ra[it] cer­tai­ne­ment sus­pen­du pour plu­sieurs an­nées » a com­mis se­lon eux «une vio­la­tion ma­ni­feste de la pré­somp­tion d’in­no­cence ».

(AFP/Fa­brice Cof­fri­ni.)

Lau­sanne (Suisse), mar­di. Mi­chel Pla­ti­ni rê­vait d’un re­tour en scène au­jourd’hui pour le ti­rage au sort de l’Eu­ro. Las, le Tri­bu­nal ar­bi­tral du sport a confir­mé la sus­pen­sion pro­vi­soire du pré­sident de l’UEFA.

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