Tout se joue au­jourd’hui

Le se­cond tour des ré­gio­nales est on ne peut plus ou­vert. Avec un FN en force, de nom­breuses tri­an­gu­laires et une mo­bi­li­sa­tion at­ten­due, chaque bul­le­tin peut faire la dif­fé­rence.

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - PAU­LINE THÉVENIAUD ET HEN­RI VER­NET

POUR CE SE­COND TOUR des ré­gio­nales, rien n’est joué. La te­nue de nom­breuses tri­an­gu­laires et la pro­messe de duels ser­rés — à croire les son­dages — dans les deux ré­gions convoi­tées par les Le Pen, tante et nièce, l’in­con­nue de la mo­bi­li­sa­tion, no­tam­ment au­près des élec­teurs de gauche ap­pe­lés à vo­ter pour des can­di­dats de droite, rendent tout pro­nos­tic qua­si im­pos­sible. Il fau­dra at­tendre ce soir pour avoir la ré­ponse à la ques­tion cru­ciale : le FN, qui a do­mi­né le pre­mier tour, fran­chi­ra-til les portes du pou­voir en s’em­pa­rant d’une ou plu­sieurs ré­gions ? C’est aux Fran­çais de dé­ci­der s’ils jugent le par­ti d’ex­trême droite apte à gou­ver­ner. Certes, une ré­gion n’est pas l’Ely­sée ; mais ja­mais le par­ti le­pé­niste n’a ac­cé­dé à un tel éche­lon de res­pon­sa­bi­li­té. Et un suc­cès à ce scru­tin, le der­nier avant 2017, four­ni­rait à Ma­rine Le Pen un trem­plin pour la pré­si­den­tielle.

Vo­lon­té de chan­ge­ment

Mais le FN pour­rait tout aus­si bien se re­trou­ver sans au­cune ré­gion. Il au­rait beau jeu alors de sou­li­gner sa per­cée du pre­mier tour, son an­crage scru­tin après scru­tin sur tout le ter­ri­toire. Et de dé­non­cer, comme à l’époque de Jean-Ma­rie Le Pen, les col­lu­sions du « sys­tème »… l’échec se­rait quand même cui­sant. Car ses lea­deurs re­con­nais­saient, non sans cy­nisme, bé­né­fi­cier de cir­cons­tances por­teuses : crise des mi­grants, dé­fiance pro­fonde des Fran­çais en­vers les po­li­tiques, per­sis­tance du chô­mage de masse, et, sur­tout, le choc des at­ten­tats, il y a un mois jour pour jour. En­fin, ce scru­tin se joue à la pro­por­tion­nelle, le mode le plus fa­vo­rable pour le FN. Mais, faute d’al­liés et donc de ré­serves de voix, il pour­rait une nou­velle fois se bri­ser contre le pla­fond du se­cond tour.

Il n’em­pêche, quel que soit le ver­dict des urnes ce soir, les Fran­çais au­ront mon­tré qu’ils veulent que ça change. Qu’ils aient choi­si le coup de ton­nerre FN ou le si­lence désap­pro­ba­teur de l’abs­ten­tion, ils expriment à la fois un mé­con­ten­te­ment et une at­tente. S’ils ne veulent pas se re­trou­ver à chaque élec­tion ac­cu­lés au choix cor­né­lien entre le front ré­pu­bli­cain et le ni-ni, les res­pon­sables de gauche et de droite doivent en­fin ré- pondre à cette at­tente. Mon­trer aux élec­teurs que la po­li­tique peut en­core quelque chose pour eux. Que tout ne doit pas juste re­com­men­cer comme avant.

Ce­la pour­rait-il pas­ser, comme l’ont sou­hai­té les Fran­çais pen­dant la pé­riode de deuil na­tio­nal, par une union na­tio­nale ? Peu pro­bable, à l’heure où chaque camp est dé­jà ob­sé­dé par la course à l’Ely­sée. Pour Sar­ko­zy, Valls, Hol­lande et tous les autres, il fau­dra en tout cas re­trou­ver un lan­gage au­dible par les Fran­çais.

@Pau­li­ne_Th @Hen­riVernet

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