Notre pla­nète, elle, a ga­gné

C’est par un ac­cord uni­ver­sel en­ga­geant les 195 na­tions réunies contre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique que s’est ter­mi­née hier soir la COP21. Qui en sort ren­for­cé, qui perd ? Notre ana­lyse.

Le Parisien (Paris) - - ACTUALITÉ - É.T. F.M. FRÉ­DÉ­RIC MOUCHON AVEC ÉMI­LIE TORGEMEN

IL EST 21 H 15 hier soir au Bourget (Seine-Saint-De­nis). « Vous l’avez fait. Plus tard, vous pour­rez dire : Le 12 dé­cembre 2015, j’étais à Pa­ris et vous pour­rez en être fier de­vant vos en­fants et vos pe­tits-en­fants. » Le pré­sident de la Ré­pu­blique, Fran­çois Hol­lande, se fé­li­cite de l’ac­cord si­gné à la COP21 par 195 na­tions réunies au che­vet du cli­mat. Après deux se­maines de né­go­cia­tions ten­dues, Ni­co­las Hu­lot dit avoir « re­noué avec l’es­poir car le monde marche en­fin dans la même di­rec­tion ». Si cet ac­cord n’est « pas par­fait » comme le sou­lignent de nom­breux ob­ser­va­teurs et qu’il y au­ra for­cé­ment ce ma­tin des heu­reux et des dé­çus, l’ob­jec­tif, lui, est dé­sor­mais clai­re­ment af­fi­ché : que la pla­nète en res­sorte ga­gnante.

Les ga­gnants

nLa di­plo­ma­tie fran­çaise. « Sur la forme, la France a par­fai­te­ment gé­ré la COP21 car il n’y a eu au­cune crise de pro­ces­sus comme à Copenhague et pas une seule cri­tique de la part des autres Etats », re­con­naît Alix Ma­zou­nie, du RAC-F (Ré­seau ac­tion cli­mat-France). Pas­cal Canfin, l’an­cien mi­nistre éco­lo­giste et fu­tur di­rec­teur du WWF France, est content d’avoir pous­sé en 2012 Fran­çois Hol­lande à ac­cueillir la COP à Pa­ris. « Même les di­plo­mates bri­tan­niques, qui sont avares de com­pli­ments à notre égard, re­con­naissent que cette COP a été pré­pa­rée de fa­çon exem­plaire, ex­plique l’éco­lo­giste. La France, qui dis­pose du se­cond ré­seau di­plo­ma­tique au monde après les Etats-Unis, a por­té le su­jet cli­mat par­tout de­puis des mois, du G 7 au G 20 en pas­sant par le FMI ou la Banque de dé­ve­lop­pe­ment. » n La mo­bi­li­sa­tion ci­toyenne. Mal­gré les at­ten­tats qui ont contraint à an­nu­ler la grande marche pour le cli­mat pré­vue le 29 no­vembre à Pa­ris, ja­mais la so­cié­té ci­vile ne s’était au­tant mo­bi­li­sée au­tour de la cause cli­ma­tique. « 700 000 per­sonnes ont mar­ché dans le monde le pre­mier jour de la COP21 et plus rien n’ar­rê­te­ra cette mo­bi­li­sa­tion ci­toyenne », es­time le porte-pa­role de la Fon­da­tion Ni­co­las Hu­lot, Mat­thieu Or­phe­lin. La confé­rence a sus­ci­té plus de trois mil­lions de tweets de­puis le dé­but de l’évé­ne­ment. « Pas sûr que l’ac­cord soit suf­fi­sant, mais nous sommes ici pour écrire la suite, ex­plique An­na Co­las, ve­nue hier de Poi­tiers (Vienne) pour ma­ni­fes­ter au Champ-de-Mars avec sa mère, sa soeur et ses deux en­fants. Nous sommes dé­sor­mais des mil­liers et des mil­liers d’hu­mains en­ga­gés. » nLe so­leil et le vent. Gra­tuits, in­épui­sables et in­do­lores pour la pla­nète… l’ave­nir s’an­nonce ra­dieux pour les éner­gies re­nou­ve­lables, no­tam­ment le so­laire, dont les prix ont chu­té de 80 % ces cinq der­nières an­nées. A l’oc­ca­sion de la COP21, la France a inau­gu­ré le plus grand parc so­laire d’Eu­rope près de Bor­deaux. Et de nom­breuses ini­tia­tives ont été an­non­cées au Bourget pour dé­ve­lop­per des pro­jets pho­to­vol­taïques. Une alliance in­ter­na­tio­nale pour le so­laire ras­sem­blant 121 pays s’est en­ga­gée à les pro­mou­voir dans les pays en dé­ve­lop­pe­ment. Un mil­lier de maires se sont « Les di­no­saures ne sa­vaient pas. Mais nous sommes au cou­rant. » C’est ce qu’on pou­vait lire, hier, en an­glais sur la pan­carte d’une ma­ni­fes­tante dé­gui­sée en ty­ran­no­saure d’opé­rette (pho­to en haut) au pied de la tour Eif­fel. Com­prendre : ces lé­zards géants ont été rayés de la sur­face de la Terre à cause du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, évi­tons l’ex­tinc­tion de l’es­pèce hu­maine. Dans l’après-mi­di, hier, 6 500 per­sonnes se­lon la po­lice, 15 000 se­lon les or­ga­ni­sa­teurs ont af­flué sur le Champ-de-Mars, à Pa­ris (VIIe) pour mar­quer la fin de la COP21 et ap­pe­ler les ci­toyens à conti­nuer à se mo­bi­li­ser pour le cli­mat. Chaîne hu­maine, concerts, l’am­biance était fa­mi­liale et la pe­louse avait des airs de car­na­val avec ces militants ha­billés en par ailleurs en­ga­gés à oeu­vrer pour un ob­jec­tif de 100 % d’éner­gies re­nou­ve­lables dans leurs villes d’ici 2050. « Six mil­lions d’em­plois liés aux éner­gies re­nou­ve­lables ont été créés dans le monde, ex­plique Alix Ma­zou­nie. Et ce n’est qu’un dé­but. » n Les cli­ma­tos­cep­tiques. Très pré­sents en 2009 à la COP de Copenhague, les cli­ma­tos­cep­tiques ont cette fois été in­au­dibles. Un col­lec­tif de scien­ti­fiques « cli­ma­to­réa­listes » dé­non­çant la « li­ta­nie ca­tas­tro­phiste » et « les peurs ar­bi­traires » vé­hi­cu­lées au­tour du chan­ge­ment cli­ma­tique a bien vu le jour. Mais au­cun des 150 chefs d’Etat réunis au Bourget n’a re­mis en cause l’im­por­tance de la crise ni l’ur­gence de lut­ter contre les gaz à ef­fet de serre. ours po­laires ou en ange de la mort, « parce que char­bon et pé­trole nous font cou­rir à notre perte ». « Je suis cli­mat », pou­vait-on lire ici ou là. Les par­ti­ci­pants se sont sé­pa­rés dans le calme comme pro­mis à 16 h 30. Près du ca­nal Saint-Mar­tin, une ma­ni­fes­ta­tion non au­to­ri­sée a été, elle, dis­soute : une cen­taine de militants « contre la COP21, le ca­pi­ta­lisme et l’Etat » ont été en­cer­clés un temps par des po­li­ciers an­ti­émeute. Il n’y a pas eu d’in­ter­pel­la­tion.

VI­DÉO

Ma­ni­fes­ta­tion co­lo­rée à Pa­ris « On a tel­le­ment dé­mon­tré les liens de cer­tains d’entre eux avec l’in­dus­trie des éner­gies fos­siles qu’ils ne sont plus en­ten­dus comme ils l’étaient hier », constate Jean-Fran­çois Jul­liard, de Green­peace. « Leur dis­cours ne tient pas la route et moins de 3 % des scien­ti­fiques nient au­jourd’hui l’im­pact de l’homme sur le chan­ge­ment cli­ma­tique », constate Alix Ma­zou­nie. nLes cen­trales à char­bon. Le mi­ne­rai noir n’a plus le vent en poupe. Une tren­taine de banques et de so­cié­tés fi­nan­cières se sont en­ga­gées à Pa­ris à ver­dir leurs pla­ce­ments, no­tam­ment une ving­taine de gros in­ves­tis­seurs ras­sem­blés au sein d’une coa­li­tion pour la dé­car­bo­ni­sa­tion de leurs por­te­feuilles. Plus ques­tion pour eux, donc, d’in­ves­tir dans une cen­trale à char­bon.

le­pa­ri­sien.fr La so­cié­té fran­çaise En­gie, ex-GDF, qui en pos­sède en­core une tren­taine a pro­mis de ne plus y in­ves­tir. « On as­siste glo­ba­le­ment à un grand mou­ve­ment de dés­in­ves­tis­se­ment dans les éner­gies car­bo­nées », se fé­li­cite Mat­thieu Or­phe­lin. « Si les banques, les as­su­reurs, les fonds d’in­ves­tis­se­ment re­tirent leurs sous de ces pro­jets, c’est la fin pro­gram­mée des éner­gies fos­siles », es­time Alix Ma­zou­nie. nLes peuples in­di­gènes. In­diens d’Ama­zo­nie, Inuits du Groen­land, chefs pa­pous… les peuples au­toch­tones, prin­ci­pales vic­times de la dé­fo­res­ta­tion, de la fonte des glaces et des aléas cli­ma­tiques, étaient très pré­sents à la COP pour ob­te­nir da­van­tage de pro­tec­tion. Pour­tant, dans la der­nière ligne droite, les né­go­cia­tions ont abou­ti à « l’ex­clu­sion

Il est 19 h 30, hier, et les re­pré­sen­tants de 195 pays se lèvent, comme un seul homme, s’em­brassent et ap­plau­dissent à tout rompre le pré­sident de la COP21, ex­té­nué mais heu­reux. C’est cette image qui fait au­jourd’hui le tour du monde pour illus­trer la si­gna­ture d’un ac­cord qua­li­fié d’his­to­rique par le concert des na­tions. Après d’âpres trac­ta­tions, un texte de 22 pages a fi­na­le­ment été adop­té. Il fe­ra l’ob­jet d’une si­gna­ture of­fi­cielle à New York (Etats-Unis) au prin­temps, et de­vra être ra­ti­fié par chaque pays. Cet ac­cord vise à « conte­nir bien en des­sous de 2 oC » l’élé­va­tion du mer­cure mon­dial et à « pour­suivre les ef­forts pour li­mi­ter la hausse à 1,5 » par rap­port à l’ère pré­in­dus­trielle. Il pré­voit aus­si de ré­vi­ser les en­ga­ge­ments de ré­duc­tion de gaz à ef­fet de serre des Etats « tous les cinq ans » à par­tir de 2025, ain­si qu’une aide fi­nan­cière aux pays du Sud, prin­ci­pales vic­times des aléas cli­ma­tiques. Les as­so­cia­tions éco­lo­gistes sa­luent une étape « his­to­rique » mais at­tendent dé­sor­mais des actes. « De­puis Kyo­to en 1997, c’est la pre­mière fois que le monde en­tier signe un ac­cord cli­ma­tique et s’or­ga­nise à long terme pour agir, re­con­naît Pierre Can­net, du WWF. Mais ce texte ne va pas chan­ger le monde si le ni­veau d’en­ga­ge­ment des na­tions n’est pas plus am­bi­tieux. » « Pour l’ins­tant, le mode d’emploi pro­po­sé reste vague et le ca­len­drier re­pousse à plus tard les ef­forts à four­nir tout de suite, constate Alix Ma­zou­nie, du Ré­seau ac­tion cli­mat. Si­gner un ac­cord est une chose, se don­ner les moyens de le mettre en oeuvre en est une autre. » de la men­tion sur les droits des peuples in­di­gènes du coeur du texte. Le pré­am­bule re­con­naît bien l’im­pact du ré­chauf­fe­ment sur ces peuples mais, en sor­tant ce thème de l’ar­ticle 2, l’ac­cord ne confère plus au­cune obli­ga­tion aux Etats », dé­crypte Fan­ny Pe­ti­bon, de l’as­so­cia­tion Care. Or, s’ils ne pèsent « que » 6 % de l’hu­ma­ni­té, ces peuples se battent no­tam­ment pour pré­ser­ver leurs fo­rêts pri­maires, pou­mons de la pla­nète et tré­sors de bio­di­ver­si­té. L’Equa­to­rien Ushi­gua, qui dé­fi­lait hier à Pa­ris en te­nue d’ap­pa­rat au pied de la tour Eif­fel, s’en dé­sole : « En se bat­tant pour pro­té­ger nos terres, nous évi­tons qu’une quan­ti­té as­tro­no­mique de car­bone ne soit re­lâ­chée dans l’at­mo­sphère. »

Les per­dants

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