Phi­lippe Pou­pon largue les amarres... et les huis­siers

Condam­né en 2012 en ap­pel à ver­ser en­vi­ron 3 000 € à un pré­cep­teur em­bar­qué sur son ba­teau, le na­vi­ga­teur ne s’en est ja­mais ac­quit­té mal­gré les re­lances.

Le Parisien (Paris) - - ACTUALITÉ - Clé­ment Ra­guet, le pré­cep­teur em­bau­ché par Phi­lippe Pou­pon MAT­THIEU PELLOLI

MAIS OÙ est donc pas­sé le na­vi­ga­teur fran­çais Phi­lippe Pou­pon ? Sur le site de «Fleur aus­trale», l’ex­pé­di­tion ma­ri­time qu’il mène de­puis 2014 avec Gé­ral­dine Da­non, son épouse, et leurs en­fants, pour la pro­tec­tion des océans, son na­vire in­dique une po­si­tion GPS à proxi­mi­té des côtes is­lan­daises. Les huis­siers, eux, qui courent après les 3 160,78 € que Phi­lippe Pou­pon doit ver­ser à un ex-sa­la­rié, at­tendent tou­jours… Condam­né en oc­tobre 2010 par les prud’hommes d’Al­bert­ville (Sa­voie), puis en no­vembre 2012 par la cour d’ap­pel de Cham­bé­ry pour des frais im­payés, le ca­pi­taine Pou­pon n’a ja­mais ré­glé ses dettes à Clé­ment Ra­guet.

En 2009, ce Sa­voyard pas­sion­né de ba­teau ré­pond à une an­nonce In­ter­net du ma­rin, qui « re­cherche un jeune homme pour faire la classe à un gar­çon de 9 ans (CM 1) » du­rant un tour du monde à la voile. Clé­ment Ra­guet a dé­jà deux trans­at­lan­tiques au comp­teur et un BTS d’édu­ca­tion à l’en­vi­ron­ne­ment. Il dé­croche le pos- te. Le dé­part est fixé à Saint-Mar­tin, dans les An­tilles, le 25 mai 2009. Mais la croi­sière ne s’amuse pas long­temps. « Ecole, mais aus­si cui­sine, vais­selle, quart de nuit, in­ven­taire... je suis de­ve­nu le lar­bin », sou­pire le jeune pré­cep­teur. Il pro­fite d’une es­cale au Groen­land pour quit­ter le na­vire, au bout de seule­ment six se­maines d’aven­ture. A peine re­tour­né sur la terre ferme, il en­gage la pro­cé­dure ju­di­ciaire.

En trois ans, l’étude d’huis­siers Beu­rey-Ger­bau­let n’est pas par­ve­nue à faire exé­cu­ter la dé­ci­sion de jus­tice. Plu­sieurs re­com­man­dés ont d’abord été adres­sés à la seule adresse connue du na­vi­ga­teur : Pou­pon, De­vé, 97133 Saint-Bar­thé­le­my, dans les An­tilles. Ils sont tous re­ve­nus avec la men­tion « pli avi­sé non ré­cla­mé ». En clair, le fac­teur a lais­sé un avis de pas­sage mais per­sonne n’est ja­mais ve­nu re­ti­rer le re­com­man­dé.

L’an pas­sé, les huis­siers se sont donc tour­nés vers la Di­rec­tion des ser­vices fis­caux dans l’es­poir d’ob­te­nir une autre adresse. « Rien d’autre », leur a-t-on ré­pon­du. Ils ont in- ter­ro­gé le fi­chier Fi­co­ba, qui re­cense tous les comptes ban­caires fran­çais. Néant ! « Son nom ne cli­gnote dans au­cune banque, in­dique-t-on à l’étude Beu­rey-Ger­bau­let. Ce dé­bi­teur est de très mau­vaise foi. Il a par­fai­te­ment conscience que nous cher­chons à le faire payer, mais il se cache dans les îles… »

Joint au té­lé­phone pour li­vrer sa ver­sion des faits, Phi­lippe Pou­pon nous a sè­che­ment rac­cro­ché au nez. Dix mi­nutes plus tard, un SMS : « J’ai mieux à faire et vous aus­si. » «Fleur aus­trale» pour­suit son cap, les huis­siers at­tendent tou­jours.

« Ecole, mais aus­si cui­sine, vais­selle, quart de nuit, in­ven­taire... Je suis de­ve­nu le lar­bin »

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