Ver­dict sous haute ten­sion

Des in­ci­dents ont sui­vi le ver­dict des as­sises de l’Isère hier, où dix des douze ac­cu­sés des meurtres de Ke­vin et So­fiane ont été condam­nés à des peines de huit à vingt ans.

Le Parisien (Paris) - - ACTUALITÉ - Gre­noble (Isère) De notre cor­res­pon­dant La soeur d’un mi­neur condam­né SERGE PUEYO

CRIS, IN­SULTES, ba­garre dans le box avec les gen­darmes, le ver­dict du pro­cès des 12 meur­triers pré­su­més de Ke­vin et So­fiane, 21 ans, lyn­chés à mort en 2012 à Echi­rolles (Isère), s’est dé­rou­lé dans un cli­mat ex­trê­me­ment ten­du hier ma­tin de­vant la cour d’as­sises de l’Isère. Lorsque le pré­sident Jean-Pierre Pra­dier a an­non­cé les peines al­lant de huit à vingt ans de pri­son, et sur­tout l’ac­quit­te­ment d’Ibra­him Ca­ma­ra, 24 ans, le prin­ci­pal ac­cu­sa­teur dans ce dos­sier, un vent de vio­lence a souf­flé sur la salle d’au­dience. Les condam­nés ont in­sul­té le pré­sident. Puis ont pro­fé­ré des me­naces à l’en­contre de Ca­ma­ra, consi­dé­ré comme « une ba­lance » : « T’es mort », lui a lan­cé un condam­né. Un autre a crié : « Il a mis des coups de lame », pour l’im­pli­quer dans le lyn­chage de Ke­vin et So­fiane. Des ac­cu­sés, fous de rage, ont alors ten­té d’es­ca­la­der la cage en verre du box de la cour d’as­sises pour ve­nir s’en prendre à Ibra­him Ca­ma­ra, qui com­pa­rais­sait libre. Les gen­darmes ont été obli­gés d’uti­li­ser leur ta­ser pour les maî­tri­ser. La soeur d’un mi­neur condam­né a ac­cu­sé Ca­ma­ra : « Tu étais là, as­sas­sin ! » Elle s’est fait ex­pul­ser, mais sa co­lère ne s’est pas apai­sée dans le hall du pa­lais de jus­tice : « Vous tuez, vous par­lez, vous dé­non­cez et on vous ac­quitte, on vous li­bère ! C’est ça, la France ? Mon frère, lui, a pris douze ans alors qu’il n’y a au­cune preuve contre lui ! » C’est Ilyès Ta­fer, 21 ans, re­con­nu coupable d’avoir por­té des coups de cou­teau, qui a éco­pé de la plus lourde peine, vingt ans de ré­clu­sion cri­mi­nelle. Ulas Ce­tin, 21 ans, et Na­de­rha­man Del­li, 21 ans, ont été condam­nés à seize ans de pri­son. Les deux ac­cu­sés mi­neurs à l’époque des faits ont éco­pé d’une peine de douze ans. Cons­tant Mu­ka­la We­tu, contre qui vingt ans avaient été re­quis, a fi­na­le­ment été condam­né à neuf ans de pri­son. Bé­rat Ka­ra­bor­ku, 22 ans, est le deuxième ac­cu­sé ac­quit­té alors que l’ac­cu­sa­tion avait ré­cla­mé dix ans. Mo­ha­med El­hadj, 23 ans, le mi­li­taire à l’ori­gine de l’ex­pé­di­tion pu­ni­tive, a lui été condam­né à huit ans de pri­son. Comme Ibra­him Ca­ma­ra, il avait beau­coup par­lé dans cette af­faire, contrai­re­ment aux autres ac­cu­sés. Les fa­milles des vic­times n’ont pas ca­ché leur dé­cep­tion après ce ver­dict. « A l’époque des faits, le pré­sident de la Ré­pu­blique et le mi­nistre de l’In­té­rieur, Ma­nuel Valls, étaient ve­nus nous dire que jus­tice se­rait ren­due. Au­jourd’hui, la jus­tice a été très mal ren­due. Les peines sont très faibles. Ce n’est pas juste à l’égard de nos en­fants qui ont été as­sas­si­nés, dé­pe­cés, lyn­chés, mas­sa­crés », a dé­cla­ré Mo­ha­med Tad­birt, le père de So­fiane, tué de 31 coups de cou­teau. « Au­jourd’hui, le mes­sage, c’est que vous pou­vez tuer froi­de­ment, avec pré­mé­di­ta­tion », a dé­plo­ré Ste­ven Nou­bis­si, le frère de Ké­vin. Un nou­veau pro­cès de­vrait avoir lieu en 2016 ou 2017 car plu­sieurs condam­nés ont an­non­cé leur in­ten­tion de faire ap­pel. « Il nous per­met­tra peu­têtre de connaître en­fin la vé­ri­té sur la mort de nos en­fants », es­père le père de So­fiane. LE PAR­QUET de Pon­toise (Vald’Oise) a ou­vert une en­quête après la dis­pa­ri­tion in­quié­tante de Mi­guel Del­bort, un jeune homme de 18 ans qui n’a plus don­né signe de vie de­puis qu’il a aban­don­né sa voi­ture ac­ci­den­tée mar­di soir vers 22 heures à Taverny, sur l’A 115, dans le sens pro­vince-Pa­ris, au nord de la ca­pi­tale. La po­lice a re­nou­ve­lé son ap­pel à té­moins pour re­trou­ver la trace de l’ado­les­cent d’ori­gine co­lom­bienne d’en­vi­ron 1,70 m qui, au mo­ment de sa dis­pa­ri­tion, « por­tait une veste de cou­leur ca­ra­mel, un jean bleu et une paire de bas­kets Air Max ». « Il n’y a au­cune ex­pli­ca­tion ra­tion­nelle à cette dis­pa­ri­tion », se­lon le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique de Pon­toise, Yves Jan­nier. « On a en­ten­du un cer­tain nombre de per­sonnes, mais, pour l’ins­tant, on n’a rien. »

Mi­guel a per­du le contrôle de sa Clio blanche en s’en­ga­geant dans un vi­rage connu pour sa dan­ge­ro­si­té et a heur­té de plein fouet une ba­lus­trade. Il est par­ve­nu à rou­ler quelques cen­taines de mètres, le temps de sor­tir de l’au­to­route, avant d’ef­fec­tuer un cré­neau pour se ga­rer face à une aire d’ac­cueil des gens du voyage, à proxi­mi­té de la zone d’ac­ti­vi­tés de Taverny. Une ha­bi­tante, voyant la voi­ture abî­mée, lui a of­fert son aide, qu’il a dé­cli­née. Elle a en­suite pré­ve­nu la po­lice, qui a dé­cou­vert la voi­ture vide. Mal­gré les moyens de re­cherche d’am­pleur en­ga­gés de­puis, le jeune homme, sans pro­blème, reste in­trou­vable. Les per­sonnes pou­vant ap­por­ter leur concours à l’en­quête sont in­vi­tées à com­po­ser le 01.34.18.41.70 (24 heures sur 24).

« Vous tuez, vous dé­non­cez et on vous ac­quitte ! Mon frère, lui, a pris douze ans ! »

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