Le Front na­tio­nal rate la marche mais...

Le sur­saut de mo­bi­li­sa­tion a em­pê­ché le Front na­tio­nal de s’em­pa­rer d’une voire plu­sieurs ré­gions. Mais Ma­rine Le Pen a pris ren­dez-vous pour 2017.

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - Un cadre des Ré­pu­bli­cains NA­THA­LIE SCHUCK ET HEN­RI VER­NET

RÉ­GIO­NALES ? Vous avez dit ré­gio­nales ? Ce se­cond tour hors-norme, un mois jour pour jour après les ter­ribles at­ten­tats du 13 no­vembre, a vi­ré au ré­fé­ren­dum an­ti-FN. C’est un « non » franc qu’ont in­fli­gé les Fran­çais à Ma­rine Le Pen et son clan. Dans un sur­saut in­édit de­puis le coup de ton­nerre de la pré­si­den­tielle de 2002, quatre mil­lions d’élec­teurs de plus qu’au 1er tour se sont mo­bi­li­sés hier. Un non franc, clair, mais pas si mas­sif. « On est loin des 80 % de Jacques Chi­rac en 2002 face à JeanMa­rie Le Pen, constate un cadre des Ré­pu­bli­cains. Le front ré­pu­bli­cain n’a pas dé­pas­sé les 60 % : l’alarme sonne en­core. » De fait, le par­ti le­pé­niste, qui a bat­tu son re­cord de voix (plus de 6,7 mil­lions), im­pose pour de bon un tri­par­tisme qui bous­cule le clas­sique cli­vage droite-gauche. Certes, faute d’al­liés, il ne perce tou­jours pas ce pla­fond de verre des 50 %. Mais il s’ins­crit, scru­tin après scru­tin, dans toutes les couches de la po­pu­la­tion, s’in­filtre dans la qua­si­to­ta­li­té des ter­ri­toires. Sa pa­tronne, Ma­rine Le Pen, conserve toutes ses chances de vi­rer en tête du 1er tour de la pré­si­den­tielle en 2017…

Reste à sa­voir qui, des Ré­pu­bli­cains ou des so­cia­listes, se re­trou­ve­raient face à elle. Car au vu des résultats hier, il n’y a ni per­dant ni ga­gnant. Voi­là la France des ré­gions cou­pée en deux, rose et bleu à parts qua­si égales. Mais pour la droite, qui rê­vait il y a quelques se­maines en­core de vague bleue, c’est la dé­cep­tion. Ni­co­las Sar­ko­zy au­ra du mal à se tar­guer des vic­toires contre les Le Pen tante et nièce, au nord et au sud, lui qui ne vou­lait pas en­tendre par­ler de front ré­pu­bli­cain. Xa­vier Ber­trand n’a-t-il pas pris soin d’em­blée, hier soir, de re­mer­cier ses élec­teurs de gauche, sans qui rien n’au­rait été pos­sible ?

Certes, l’an­cien pré­sident fait dé­jà va­loir en pe­tit co­mi­té que c’est sa ligne, droi­tière et sé­cu­ri­taire, qui a fait ga­gner la droite, et no­tam­ment Laurent Wau­quiez, proche du gou­rou Pa­trick Buis­son. De même in­siste-t-il sur la dé­faite de la ligne cen­triste d’Alain Jup­pé, avec sa pro­té­gée Vir­gi­nie Cal­mels ba­layée en Aqui­taine, tout comme les can­di­dats cen­tristes en Bour­gogne et dans le Centre — Her­vé Mo­rin ne s’im­po­sant que d’un che­veu en Nor­man­die. Il n’em­pêche : avec sept ré­gions conquises — dont l’Ile-de-France —, la pro­messe de vic­toire écra­sante n’est pas te­nue… et la jeune gé­né­ra­tion piaffe, prête à lan­cer l’hal­la­li, à moins d’un an de la pri­maire.

« A droite, 2016 doit être l’an­née du re­nou­veau, nos élec­teurs at­tendent de nou­veaux vi­sages », charge Bru­no Le Maire, qui rêve tout haut d’Ely­sée. « Le Maire et Wau­quiez pré­parent une of­fen­sive contre Sar­ko, croit d’ailleurs sa­voir un cadre LR. Sur le thème Re­gar­dez au FN, ils ont tous 30 ans ! »

A gauche, on souffle de soulagement. Avec cinq ré­gions sau­vées, le PS ré­siste dans ce scru­tin in­ter­mé­diaire, tra­di­tion­nel­le­ment né­faste au pou­voir en place. « Ma­rine Le Pen est hu­mi­liée, ses can­di­dats écra­sés, c’est une belle soi­rée pour la Ré­pu­blique, un beau week-end pour la gauche. Entre la COP21 et les élec­tions, c’est qui le plus fort ? C’est Fran­çois », s’ex­ta­sie un fi­dèle du chef de l’Etat ! Ma­nuel Valls, qui avait fait le pa­ri de sa­bor­der son camp, ap­pe­lant so­len­nel­le­ment à vo­ter pour Es­tro­si, Ber­trand et même Ri­chert dans l’Est, se trouve confor­té. Hol­lande, lui, met dé­sor­mais le cap sur 2017. Fort de son ha­bit de chef d’Etat et de chef de guerre, il compte po­ser en pro­tec­teur de la Ré­pu­blique, face à la me­nace ter­ro­riste… et au FN. « L’idée qu’il y au­rait un meilleur can­di­dat à gauche a dis­pa­ru des écrans ra­dar », as­sène un mi­nistre de poids.

« Le Maire et Wau­quiez pré­parent une of­fen­sive

contre Sar­ko. Sur le thème

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