« Bon voi­là... »

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - PHI­LIPPE MARTINAT

IL N’Y AU­RA PAS eu d’in­ver­sion de la courbe des son­dages. Et pour­tant, les militants so­cia­listes d’Ilede-France y ont cru hier soir pen­dant une pe­tite heure quand, après une es­ti­ma­tion d’Ip­sos les don­nant net­te­ment per­dants à 20 h 48 sur France 2 (43,8 % pour Va­lé­rie Pé­cresse contre 42,1 % à Claude Bar­to­lone), ils ont vu s’af­fi­cher quelques mi­nutes plus tard sur i > té­lé un autre son­dage, Ifop ce­lui-là, à… 43-43. Les résultats de Pa­ris, tra­di­tion­nel­le­ment plus fa­vo­rables à la gauche, n’étaient pas en­core connus et les sup­por­teurs de Claude Bar­to­lone pou­vaient en­core croire en la vic­toire. « Je ne suis pas pra­ti­quant, mais je suis croyant, ça va ren­trer », lan­çait pour se re­mo­ti­ver un mi­li­tant.

Mais pas plus que la courbe du chô­mage, celle des son­dages ne s’est in­ver­sée. Vers 21 h 45, tous les ins­ti­tuts don­naient fi­na­le­ment Claude Bar­to­lone bat­tu d’au moins 1,2 point. « C’est fi­ni, même avec Pa­ris c’est fi­ni », consta­tait, en ex­pert élec­to­ral, Pierre Sha­pi­ra, l’an­cien ad­joint de Ber­trand De­la­noë à Pa­ris. Pré­sident sor­tant de la ré­gion Ile-deF­rance, pous­sé sans mé­na­ge­ment vers la sor- tie par ses ca­ma­rades, Jean-Paul Hu­chon li­vrait ce com­men­taire la­co­nique et pas vrai­ment at­tris­té : « Bon voi­là ! »…

Le pré­sident de l’As­sem­blée na­tio­nale, qui s’était ris­qué dans cette aven­ture à la de­mande de Hol­lande et Valls, a at­ten­du 22 heures pour s’ex­pri­mer. « J’adresse mes fé­li­ci­ta­tions à Va­lé­rie Pé­cresse que j’ai ap­pe­lée. Je sou­haite bonne chance à l’Ile-de-France. J’ai don­né toute ma force pour ten­ter de ga­gner dans cette élec­tion que je sa­vais très dif­fi­cile. » Avant de se re­ti­rer, Bar­to an­nonce qu’il re­met­tra ce ma­tin son man­dat de pré­sident de l’As­sem­blée à Bru­no Le Roux, le pa­tron des dé­pu­tés so­cia­listes. A charge pour le groupe so­cia­liste de dé­ci­der de le re­con­duire ou non au per­choir. En fait une for­ma­li­té, comme l’ex­pli­quait lui­même Le Roux quelques mi­nutes après.

Fin de cam­pagne mal­adroite pour ne pas dire mal­saine

Après une der­nière se­maine de cam­pagne chao­tique avec la po­lé­mique mal­adroite, pour ne pas dire mal­saine, au­tour de la « race blanche » (un pro­pos at­tri­bué à tort à Va­lé­rie Pé­cresse), les so­cia­listes fran­ci­liens en­re­gistrent une dé­faite claire et nette. « La for­mu­la­tion était mal­adroite et on a fait l’er­reur de ne pas re­ve­nir au fond, c’est-à-dire à la pro­fes­sion de foi in­croyable de Pé­cresse entre les deux tours », ar­gu­mente Ju­lien Dray. Mais sur­tout, les so­cia­listes sont convain­cus d’avoir été bat­tus par la cap­ta­tion des voix du FN par la can­di­date de la droite.

« On a per­du parce qu’il y a des re­ports de voix FN sur la droite, es­time Luc Car­vou­nas, l’un des porte-pa­role de Bar­to­lone. C’était notre seule crainte pour ce se­cond tour. Va­lé­rie Pé­cresse a si­phon­né le FN grâce aux faux nez de l’ex­trême droite qui étaient sur sa liste ». Après avoir ré­gné pen­dant dix-sept ans sur la ré­gion ca­pi­tale, les so­cia­listes ont peu­têtre été tout sim­ple­ment bat­tus par l’usure du pou­voir et la vo­lon­té d’al­ter­nance d’une ma­jo­ri­té d’élec­teurs.

(LP/Del­phine Gold­sz­te­jn.)

Jean-Paul Hu­chon.

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