Xa­vier Ber­trand, mer­ci la gauche

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - Saint-Quen­tin (Aisne) De notre en­voyée spé­ciale PAS­CALE ÉGRÉ

SOUS LES LUSTRES du pa­lais de Fer­vaques, dans son fief de Saint-Quen­tin, les pre­miers chiffres cir­culent dé­jà lorsque Xa­vier Ber­trand monte à la tri­bune. Avec 57,8 % des voix contre 42,2 à Ma­rine Le Pen en Nord-Pas-de-Ca­lais - Pi­car­die, le can­di­dat de la liste LR-UDIMoDem peut se pré­va­loir d’une large vic­toire. « On a ga­gné, on a ga­gné ! » scandent les 350 per­sonnes ve­nues l’écou­ter. Les ap­plau­dis­se­ments fusent, le très court dis­cours du fu­tur pré­sident de la ré­gion se veut tout sauf triom­pha­liste. « L’his­toire re­tien­dra que c’est ici que nous avons stop­pé la pro­gres­sion du Front na­tio­nal, clame-t-il. Mais le ré­sul­tat de ce soir nous oblige à res­ter humbles. Ce soir, nul ne peut dire qu’il a ga­gné. »

A peine quelques sou­rires, un vi­sage grave. Au mi­cro, Xa­vier Ber­trand l’af­firme : cette cam­pagne « chan­ge­ra à ja­mais [sa] fa­çon de faire de la po­li­tique ». Il re­vient de loin, il le sait. Il « n’ou­blie pas le coup de ton­nerre » du 1 tour — ces 25 % contre 40,6 % à son ad­ver­saire fron­tiste. Le dé­sis­te­ment et l’ap­pel à faire bar­rage au FN du PS et de la gauche, sans doute plus que la mo­bi­li­sa­tion des abs­ten­tion­nistes du 1er tour, ont joué à plein. Ces élec­teurs-là, « qui ont vo­té pour faire rem­part », il les re­mer­cie. Il lance aus­si « un ap­pel à l’en­semble des di­ri­geants po­li­tiques » pour mettre en oeuvre de « vé­ri­tables ré­formes ». Il pro­met : « Dès de­main, je se­rai au tra­vail. » Puis le ré­pète en ser­rant les mains de ceux qui le fé­li­citent… avant de s’éclip­ser. Dans la salle, le mot « soulagement » re­vient sur toutes les lèvres. « On a eu tel­le­ment peur ! » sou­pire Da­ny, 70 ans. Claire, 24 ans, du vil­lage voi­sin de Les­dins : « Chez nous, à trois voix près, c’est 50/50. Alors on est ve­nus ici pour sa­voir. » A Jon­court, 320 âmes, à 15 km, le maire, Phi­lippe Ri­court, ex­plique que ses ad­mi­nis­trés ont vo­té en ma­jo­ri­té Le Pen. « On n’a pas de pro­blèmes d’im­mi­gra­tion, mais ce que les ru­raux dé­plorent, c’est l’aban­don de nos va­leurs », glisse cet agri­cul­teur, lui aus­si ras­su­ré dé­sor­mais.

« Main­te­nant il faut com­prendre pour­quoi les gens ont vo­té FN, in­siste An­nick, 51 ans, mé­de­cin et adhé­rente LR. Ce choc, il faut qu’il soit po­si­tif. Le bi­par­tisme, c’est fi­ni. Il est temps que les po­li­tiques fassent de la po­li­tique au­tre­ment. » Ve­nus écou­ter les résultats, un élu UDI et deux militants EELV expriment le même es­poir : « Tout le monde a fait bloc contre les idées nau­séa­bondes, constate Mar­tine. J’ai don­né ma voix à Xa­vier Ber­trand. J’ai une sen­si­bi­li­té de gauche. J’es­père qu’il au­ra l’in­tel­li­gence de re­prendre les pro­po­si­tions des autres par­tis. »

« Ce soir, nul ne peut

dire qu’il a ga­gné »

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