« Ça fait mal au coeur de vo­ter Es­tro­si »

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - Mar­seille, Mar­tigues (Bouches-du-Rhône) De notre cor­res­pon­dant MARC LERAS

À 86 ANS et ma­lade, Ahmed n’était pas al­lé vo­ter au pre­mier tour. Hier, cet élec­teur de gauche s’est ren­du au bu­reau de vote du groupe sco­laire Par­men­tier, à Bel­sunce, dans le centre de Mar­seille. Et il a dé­po­sé « sans re­gret » dans l’urne un bul­le­tin Ch­ris­tian Es­tro­si.

Après le re­trait du so­cia­liste Ch­ris­tophe Cas­ta­ner, ce sont les abs­ten­tion­nistes et les élec­teurs de gauche qui dé­te­naient hier les clés du scru­tin en Paca pour ar­bi­trer cette élec­tion, de­ve­nue un duel entre le can­di­dat LR et la fron­tiste Ma­rion Maréchal-Le Pen. « Ça fait mal au coeur de vo­ter Es­tro­si, mais c’est ça ou la guerre ci­vile », lâche Claire, 32 ans. Ad­mi­nis­tra­trice d’une ins­ti­tu­tion cultu­relle, elle est ve­nue vo­ter avec son pe­tit gar­çon dans ce bu­reau où la gauche a réa­li­sé son plus haut score au pre- mier tour à Mar­seille. « On en a beau­coup par­lé avec mon com­pa­gnon et nos amis. Si, pour cer­tains, il était évident de vo­ter contre le FN, d’autres ont fait le choix du vote blanc ou de l’abs­ten­tion. »

Lui a vo­té Es­tro­si, elle, blanc

« On a dé­bat­tu toute la se­maine et on n’est pas ar­ri­vés à la même conclu­sion », confirment Pa­trick et Fran­çoise, un couple de re­trai­tés qui avait vo­té so­cia­liste au pre­mier tour. Lui a vo­té Es­tro­si alors qu’elle a glis­sé un bul­le­tin blanc dans l’urne. « J’ai vo­té pour le moins pire, en fer­mant les yeux dans l’iso­loir, ra­conte Pa­trick. Sin­cè­re­ment, je ne vou­drais ni de l’un ni de l’autre à la tête de la ré­gion, mais il en faut un… »

A Mar­tigues, ville com­mu­niste sur l’étang de Berre où Ma­rion Maréchal-Le Pen est ar­ri­vée lar­ge­ment en tête au soir du pre­mier tour, les élec­teurs de gauche sont, là aus­si, di­vi­sés.

« La pre­mière fois que j’ai vo­té, en 1968, c’était pour Alain Kri­vine (NDLR : de la Ligue com­mu­niste ré­vo­lu­tion­naire) et, au­jourd’hui, j’ai vo­té Es­tro­si. Quel par­cours », sou­pire Guy, 68 ans. Cet an­cien DRH qui avait vo­té Front de gauche au pre­mier tour a op­té pour Es­tro­si. « Même en 2002, je n’avais pas vo­té pour Chi­rac, pré­cise-t-il. De­puis qua­rante ans, c’est la pre­mière fois que je vote à droite ! Je me suis lais­sé convaincre après beau­coup de dé­bats, mais tous mes amis n’ont pas fait le même choix. » « J’ai mis les deux bul­le­tins dans l’en­ve­loppe, je ne pou­vais vrai­ment pas vo­ter Es­tro­si, même si j’ai eu un cruel di­lemme toute la se­maine », ex­plique Jean-Mi­chel, un mi­li­tant so­cia­liste des Pennes-Mi­ra­beau, une com­mune de la ban­lieue de Mar­seille : « En conscience, je ne pou­vais pas vo­ter pour lui, mais j’es­père au fond de moi qu’il va ga­gner. »

Mar­seille, hier. Claire (à d.), élec­trice de gauche, a fi­na­le­ment choi­si de vo­ter Es­tro­si pour contrer le FN, après une se­maine de ré­flexion et de dé­bats avec ses amis.

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