« Là, j’étais obli­gé de vo­ter, le FN ça me fait peur »

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - Beh­ren-lès-For­bach (Mo­selle) De nos en­voyés spé­ciaux V.MD

AN­THO­NY, CUI­SI­NIER âgé de 25 ans, pé­nètre d’un pas dé­ter­mi­né dans l’un des iso­loirs de la mai­rie de Beh­ren-lès-For­bach, pe­tite ville très po­pu­laire de 7 500 âmes au coeur de l’an­cien bas­sin mi­nier. « C’est la pre­mière fois de ma vie que je vote. Obli­gé là, le Front na­tio­nal, ça me fait peur ! Il faut conti­nuer à vivre tous en­semble dans le quar­tier », ré­pé­tai­til hier mi­di. Et d’of­frir sa voix au pré­ten­dant des Ré­pu­bli­cains, Phi­lippe Ri­chert. Une se­maine plus tôt, ce jeune homme au sur­vêt de l’OM ne s’était pas mo­bi­li­sé à l’ins­tar des 76 % d’abs­ten­tion­nistes de la com­mune, l’un des pour­cen­tages re­cords à l’échelle na­tio­nale.

Hier, Beh­ren-lès-For­bach, qui a pla­cé en pre­mier Phi­lippe Ri­chert (45,93 %) après avoir mis Philippot (FN) en tête di­manche der­nier, a vu sa par­ti­ci­pa­tion grim­per de 18 points, pour at­teindre 42 %. « On voit plus de jeunes », ob­serve Tas­sa­dit Neb­bache, res­pon­sable de l’état ci­vil. Abs­ten­tion­niste le 6 dé­cembre, Sa­muel, 25 ans, a dé­ci­dé de vo­ter blanc sept jours plus tard, his­toire de rendre compte de son mé­con­ten­te­ment. « Je ne me re­trouve ni à droite, ni à gauche, ni au FN. Si tout le monde fait comme moi, peut-être qu’on se­ra en­ten­dus », lâche ce ven­deur.

En­core nom­breux à bou­der les urnes

Ma­rie-Rose, 45 ans, mère au foyer, est fière de nour­rir ce sur­saut ci­toyen. « La se­maine der­nière, je n’y suis pas al­lée par fai­néan­tise », concède-t-elle. « Mais là, on s’est ré­veillées », en­chaîne sa co­pine Zoh­ra, fille d’un an­cien mi­neur. Ab­sente au pre­mier round parce qu’elle n’avait « pas eu le temps de faire une pro­cu­ra­tion », Na­dia a elle aus­si, cette fois, ac­com­pli son de­voir. Celle qui a le coeur à gauche a op­té pour les Ré­pu­bli­cains dans l’es­poir de faire bar­rage au FN.

A l’in­verse, cer­tains abs­ten­tion­nistes du pre­mier tour se sont ex­pri­més en fa­veur du Front na­tio­nal. « J’ai vo­té ça au pif, les élec­tions, j’en ai rien à foutre ! » lance, très sé­rieu­se­ment, un gar­çon de 19 ans, qui re­cherche « un tra­vail d’élec­tri­cien ou dans le bâ­ti­ment ». Dans la ci­té HLM, « une tour de Ba­bel » à deux pas de l’hô­tel de ville, les ha­bi­tants de­meurent nom­breux à bou­der les urnes lors des deux tours à l’image de Phi­lippe, 35 ans, de­man­deur d’emploi en quête de « n’im­porte quel job qui per­met de payer les fac­tures ». « Je ne suis même pas ins­crit sur les listes élec­to­rales. Quoi qu’il ar­rive, c’est un couillon qui sor­ti­ra vain­queur », pro­nos­tique ce « dé­çu des po­li­tiques de tous bords ». Su­per­vi­seur dans la tuyau­te­rie, Fer­nan­do n’a éga­le­ment dé­po­sé au­cun bul­le­tin. « A quoi ça sert ? Plus vous vous in­té­res­sez à la po­li­tique, plus vous êtes dé­goû­té », constate cet an­cien élec­teur qui, en 2012, avait choi­si Fran­çois Hol­lande.

Beh­ren-lès-For­bach (Mo­selle), hier. An­tho­ny, qui s’était abs­te­nu au pre­mier tour, a vo­té pour le can­di­dat LR.

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